Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Réfutation de Maximin, évêque arien · Augustin d'Hippone

    Livre I

    Chapitre II : DE LA CORRUPTION DE L’HOMME.

    J’ai, en second lieu, discuté avec vous sur ces expressions dont vous vous étiez servi que Dieu le Père n’était pas descendu, lui, jusqu’aux contagions humaines, comme si le Christ les avait éprouvées dans sa chair ; et je vous ai fait remarquer l’interprétation qu’on donne ordinairement au mot contagion ; il ne s’entend jamais que dans un sens défavorable, et nous savons, ajoutais-je, que le Christ a été innocent de toute souillure. Ici encore vous avez été incapable de répondre quoi que ce soit. Car les divins oracles que vous avez invoqués, n’ont pu vous être d’aucun secours ; vous n’avez pu en tirer la preuve que le Christ avait participé à la souillure de l’homme. En effet, vous rappelez ce texte de l’Apôtre : « Comme le Christ n’était point pécheur, Dieu l’a fait péché pour nous » ; mais lisez ce passage avec attention, et de peur de tomber à un exemplaire fautif ou d’être entraîné dans l’erreur par une version défectueuse, recourez au grec ; et vous vous convaincrez que le Christ n’a point commis le péché pour nous, mais que Dieu le Père l’a fait péché, c’est-à-dire, victime pour le péché. L’Apôtre dit en effet : « Nous vous conjurons, au nom de Jésus-Christ, de vous réconcilier avec Dieu, qui, pour l’amour de nous, a fait péché celui qui ne connaissait pas le péché »4. Le Christ lui-même ne s’est donc point rendu coupable de péché, mais, par amour pour nous, Dieu l’a fait péché, en d’autres termes, comme je l’ai dit, il a fait de lui la victime pour le péché. Si vous vous donnez la peine de colliger et de relire les livres de l’Ancien Testament, vous trouverez en effet que les sacrifices pour les péchés y sont appelés péchés. Cette chair, semblable à la chair de péché, que le Christ a prise en venant à nous, l’Apôtre l’appelle aussi péché. « Dieu, dit-il, a envoyé son Fils revêtu d’une chair semblable à la chair de péché, et par le péché il a condamné le péché dans la chair »5 : c’est-à-dire, dans cette chair qu’il a prise, semblable à la chair de péché, il a condamné le péché inhérent à cette chair de péché, qui est la nôtre. C’est pourquoi l’Écriture dit encore de lui : « Quant à ce qu’il est mort, il est mort seulement une fois pour le péché ; mais, quant à la vie qu’il a maintenant, il vit pour Dieu »6. Il est mort une fois seulement pour le péché, parce qu’il est mort dans une chair semblable à la chair de péché, quand il s’est dépouillé de sa chair en mourant : figure mystérieuse de ceux qui, ayant été baptisés dans sa mort, doivent mourir au péché, afin de vivre pour Dieu. C’est ainsi encore qu’il est « devenu » par la croix « malédiction pour nous »7. En effet, quand il fut pendu au bois, il attacha à ce bois la mort qui était venue par suite de la malédiction divine, et de cette manière « notre vieil homme a été fixé à la croix avec lui »8, ce qui permet de donner une interprétation véritable à cette parole inscrite dans la loi : « Maudit tout homme qui est pendu au bois »9. Qu’est-ce à dire, « maudit », si ce n’est : « Tu es terre, et tu iras dans la terre »10 ? Et que veut dire : « Tout homme », sinon que le Christ lui-même partagea notre humanité, et quoiqu’il fût la vie, qu’il a cependant souffert, non par une mort fictive, mais par une mort véritable ? Si vous avez l’intelligence de ces choses mystérieuses, vous comprendrez alors qu’il n’a point participé à la contagion du péché. Mais que nous importe, si dans votre langage, contagion signifie la même chose que contact des choses mortelles, pourvu cependant que vous admettiez avec nous que le Seigneur Jésus n’a commis aucun péché, ni de l’esprit, ni de la chair ?

    Source du texte : Wikisource

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