Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Réfutation de Maximin, évêque arien · Augustin d'Hippone

    Livre I

    Chapitre I : DES DEUX DIEUX.

    Le langage diffus de Maximin, évêque des Ariens, nous a pris tout un jour dans la conférence, où nous discutâmes ensemble ; ayant maintenant à faire entendre ma réponse, c’est à lui évidemment que je dois m’adresser : soit qu’il juge encore à propos de répliquer, lorsqu’il m’aura lu, soit que, touché au cœur par l’action merveilleuse de la grâce, il se rende à l’évidence de la vérité. Quelle idée avez-vous eue, avocat des Ariens, de dire tant de choses, et de ne rien dire qui ait rapport au sujet qui nous occupe, comme si c’était répondre que de ne pouvoir garder le silence ? Je démontrerai donc, en premier lieu, que vous n’avez pu réfuter ce que j’ai soutenu ; je ferai voir ensuite, autant que je le jugerai nécessaire, l’erreur des doctrines que vous avez avancées.

    Après que vous eûtes parlé sur cette question des deux dieux, répondant à votre affirmation, que vous n’adoriez qu’un seul Dieu ; « La logique », ai-je dit, « veut, ou que vous n’adoriez pas le Christ, ou qu’au lieu d’un seul Dieu, vous en adoriez deux ». Pressé de répondre sur ce point, vous avez, il est vrai, parlé beaucoup, pour affirmer que vous reconnaissiez aussi la divinité du Christ ; mais, quoique vous n’ayez pas nié que vous adoriez deux dieux, vous n’avez pas cependant osé l’affirmer. Vous avez compris en effet que les oreilles chrétiennes ne peuvent supporter qu’on dise qu’il y a deux dieux à adorer. Oh ! que vous seriez près de revenir de votre erreur, si vous craigniez de croire ce que vous avez eu peur d’affirmer ! car l’Apôtre s’écrie : « On croit de cœur pour être justifié, et on confesse de bouche pour être sauvé »1. Si vous pensez que votre croyance conduit à la justice, pourquoi donc ne la confessez-vous pas aussi de bouche, pour arriver au salut ? que si confesser qu’il y a deux dieux à qui est due l’adoration, ne mène pas au salut, il est hors de doute que le croire ne conduit pas non plus à la justification. Pourquoi donc vous, qui ne voulez pas souiller votre bouche par une pareille confession, ne purifiez-vous pas votre cœur d’une croyance semblable ? Tenez-vous-en à la foi pure avec la doctrine catholique, et ne rougissez pas de réformer votre erreur. Avec la foi catholique tenez pour certain que le Père n’est pas le même que le Fils, et que le Fils n’est pas le même que le Père ; et ensuite que le Père est Dieu, que le Fils est Dieu, et que cependant ils ne sont pas ensemble deux dieux, mais un seul. C’est de cette manière seulement que vous adorerez et le Père et le Fils, reconnaissant qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et non deux à adorer ; ainsi, vous mettrez votre conscience à l’abri du reproche d’impiété, quand retentiront à vos oreilles ces divers oracles : « Il n’y a nul autre Dieu que le seul Dieu »2 ; et encore : « Écoute, Israël : le Seigneur ton Dieu est le seul et unique Seigneur » ; et quand vous entendrez ces paroles : « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que lui »3, vous pourrez en sécurité rendre, non-seulement au Père, mais encore au Fils, le culte qui n’est dû qu’à un seul Dieu. Souvenez-vous donc que vous n’avez point répondu à mon objection, savoir : que vous adorez, non pas un seul Dieu, mais deux.

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