Lettres · Saint François de Sales
Première partie : Le Missionnaire
Lettre I : Au Pere Possevin
Au Pere Possevin, Jesuite. S a in ct F ran çois se rappelle h son sou v en ir et luy parle de ce qui lu y e s t ai-rivé depuis qu’il a q u itté Padoue. Monsieur mon Reverend Pere,
Je fais tant d'estat de l’honneur que j ’ay eu à Padoue d’estre receu en roole avec vos enfans spirituels, que je penserois avoir lait une perte signalée, si j ’estois rayé de ce nombre; et que pour me nourrir en vostre mémoire, et conserver ce bien pour raoy, je vous ay voulu addresser ceste lettre comme une humble requeste pour vous supplyer m’entretenir tousjours en la faveur laquelle une fois vous m’aviez accordée, n'ayant rien fait dés lors qui m’en puisse priver, sinon que ce fust d’avoir tant attendu de vous escrire et saluer. En quoy le peu d’asseurance que j ’avois du lieu où vous estiez et le respect que je dois à vos occupations me pourroit beaucoup excuser, puisque je n’ay pas laissé de demander à toutes occasions de vostre santé, tant qu’il y a quelques mois que j ’en eus des nouvelles par le Pere Jean Lorini; mais le seul souvenir de vostre bonté me promet un total pardon. Et au reste, pour vous rendre quelque compte du vostre, depuis que je suis de retour d’Italie, je me suis tellement fait ecclesiastique que j ’ay célébré messe le jour de S. Thomas, l’apostre, dernier, en nostre eglise cathedrale de Sainct-Pierre de Geneve, où je suis indigne prevost, qui est la premiere dignité après l’Episcopale; et par le commandement de mon Evesque, dés demy-année en ça, j ’ay presché icy et ailleurs parmy le diocese la parolle de Dieu : en quoy je m’accuserois bien fort de témérité si l’obeyssance ne m’en avoit osté le scrupule. C’est ce que j ’ay fait et que je fais encore le mieux que je sçay, vous portant bien souvent avec moy en imagination en chaire : plust à Dieu seulement que j ’y portasse quelque médiocrité de vos perfections pour le service de la divine Majesté, laquelle je prie continuer longuement en santé vostre paternité, à laquelle baysant les mains, je demeureray tres-humble fils et serviteur.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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