Lettres et réglemens relatifs au gouvernement du diocèse de Sainte-Agate-des-Goths · Alphonse de Liguori
I : Édit — Messe, habillement, recommandations, sermons
POUR LE GOUVERNEMENT DE SON ÉVÊCHÉ
SB SAIMTK-ACATHK-DES-GOTnS.
îiniT. MESSE, HABILLEMENT, RECOMMANDATIONS, SERMONS.
Personne n ’ignore le respect qui est dû au saint sacrifice de la messe ; nous recommandons instamment aux prêtres de la célébrer avec toutes les cérémonies prescrites par les rubriques et avec la gravité qui convient à un aussi grand mystère, autant pour ce que nous devons à Dieu, que pour l'édification du peuple. C’est pour cela que le concile de Trente a chargé les évêques par précepte spécial d'empêcher toute irrévérence dans la célébration de la messe et d ’employer tous les moyens pour y parvenir, parce que l ’irrévérence en pareille matière se distingue difficilement de l’impiélé : « Decrevit S. Synodus » ut ordinarii locorum episcopi ca omnia prohibere se- » dulo eurent ac teneantur, quæ vel a vari lia vcl irreve- » renlia, quæ ab impiclatc vix sejuncla esse potest, vel » superslitio induxit.» (Trid. sess. 22. de observ.) Or on entend par irrévérence l’inobservation des cérémonies essentielles réglées dans le missel; c’est encore une irrévérence que de dire la messe trop vite. Aussi les docteurs en général condamnent-ils comme coupable de faute grave celui qui dit la messe en moins d ’un quart-d’heure; car pour célébrer la messe d’une manière convenable, il n ’est pas seulement nécessaire de proférer distinctement toutes les paroles du missel, il faut encore observer el accomplir toutes les cérémonies prescrites gravement cl avec décence, ce qui ne peut se faire en moins d ’un quarl-d’heure, même pour une messe de mort ou une messe votive de la sainte Vierge. Que chaque prêtre se tienne donc pour averti que nous exercerons constamment sur ce point une exacte surveillance ; et cet avis s’adresse aux prêtres séculiers comme aux prêtres réguliers, car le même concile a constitué les évêques ses délégués apostoliques en ce qui concerne la célébration de la messe. « Ipsi pro data sibi a sacrosancta » Synodo poleslale, ac etiam ul delegalis sedis aposlolicæ » proliibeanl, mandent, corriganl, statuant, alqueadca » inviolée observanda censuris ecclesiasticis, aliisque pooj»nis, quæ illorum arbilrio conslitucnlur, omnem pres- » bytcrumcompellanl; non obstanlibusprivilegiis, exemp- » lionibus, ac consueludinibus quibuscumquc. » (Loc. cit. in fin. ) Que les prêtres soumis à notre juridiction sachent donc qu’en temps opportun ils seront rigoureusement examinés par nous touchant les cérémonies de la messe. Nous leur faisons savoir en outre que notre intention est que chaque malin du moins ils portent la soulane et que ceux qui seront attachés au service du chœ ur, la portent pareillement les jours de fêle, lorsqu’ils iront à vêpres. Le reste du jour ils auront la liberté de porter l’habit court, mais décent; ils pourront d’ailleurs employer pour les vêpres l’habit long sans manches. Quanl aux clercs, nous entendons qu’ils portent la soutane toute la malinê?.
Que chacun soit prévenu en outre que pendant tout le temps de notre épiscopat nul ne pourra s’abstenir de prendre de nous les recommandations nécessaires, tant pour les ordinations que pour la collation des bénéfices; car auprès de nous la seule recommandation efficace, ce sera le mérite des individus. Nous déclarons donc que tous ceux qui chercheront des recommandations ailleurs qu’en eux-mêmes se rendront par cela même indignes de l’ordination ou du bénéfice.
De plus, nous rappelons aux R. archiprêtres et curés leur obligation de prêcher tous les dimanches et jours de fêtes solennelles, conformément aux dispositions du concile de Trente (Sess.v.cap.2.de refor.), et de prêcher en style simple sur des matières pareillement simples, selon la portée des auditeurs qui, pour la plupart, appartenant aux champs, ne pourraient retirer que peu ou point de profit d’un sermon en beau style, qui même pourraient en recevoir du dommage, parce qu’ayant beaucoup de peine à comprendre ce qu'on leur dirait, ils finiraient peut-être par prendre le sermon en aversion, et n ’y aller que le moins possible. Le P. Gaspard Sanchez disait que les prédicateurs qui employaient des termes choisis et des pensées sublimes étaient pour ainsi dire les plus grands ennemis de l’Église, parce qu’ils sont cause que beaucoup d ’ames se perdent, tandis que des sermons simples et populaires: pourraient les sauver. Le vénérable P. M. Avila appelait traîtres à Jésus ceux qui prêchent vaniteusement pour Obtenir les louanges de leurs auditeurs; et S. François de Sales dit dans ses écrits que les paroles recherchées, les phrases sonores, les descriptions inutiles et les vains ornemens do ce genre sont la perle des sermons qui ne doivent avoir pour but que de pousser les auditeurs vers xx.
le bien, au lieu de chercher à plaire à l'imagination. Et l'expérience en effet nous fait voir que les sermons en style pompeux n ’ont jamais converti personne; et cela parce que Dieu cl la va ni lé humaine ne peuvent s'allier. Que cet avertissement serve à tous ceux qui viendront prêcher dans notre diocèse le carême, l’avcnl ou en tout autre temps de l’année ; nous ne ferons qu'un froid accueil à tous ceux qui ne prêcheront pas au peuple comme le faisaient les apôtres, simplement et sans prétention.Nous leur faisons savoir encore que dans les églises où il sera prêché la semaine de Pâque, nous entendons que le prédicateur fasse aussi les exercices spirituels, sans quoi nous serons obligé d ’envoyer une autre personne pour faire ces exercices, ce qui serait pou honorable pour le prédicateur. Au reste, nous dirons aux curés, avec les pères du même concile, qu’ils doivent au peuple la parole divine, mais qu’il faut que le peuple puisse la comprendre. « Archi- » prosbyteri quoque, plcbani, el quicunique curam ani- » marum obliucnl, per se vel per alios, si légitime impcdili » fucrini, diebus saliem dominicis cl feslis solcmnibus, » plèbes sibi commissas pro sua et eorum capacilale pas- » canl salularibus verbis. » (Eod.)
Nous aimons à penser que tout ce que nous recommandons par cet édil à tous ceux qui dépendent de notre juridiction sera fidèlement exécuté par chacun d ’eux, pour que nous n ’ayons pas le déplaisir d ’agir avec la rigueur des dispositions canoniques. Dans cette conviction, el pour assurer l ’exécution du présent, nous enjoignons à nos archiprêtres et curés d ’en tirer copie et de l ’afficher dans la sacristie de leurs églises, afin que chacun en ait connaissance comme s’il lui avait été personnellement notifié : nous les chargeons aussi de faire mention, au dos de l’original, qui nous sera renvoyé, de la copie et de l’affiche, etc.
Donné à Sainte-Agate des Goths au palais episcopal, le 50 juillet 17C2. A., évêque des Sainte-Agate. M. Can. Termieri, pro-canc., etc.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.