Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Lettres et allocutions (1927-1928) · Pie XI

    Chirographe au cardinal Gasparri sur l’Opera nazionale Balilla

    au sujet des décrets concernant l'Institut italien,

    qui a pour nom « Œuvre nationale Balilla ».

    MONSIEUR LE CARDINAL,

    Nous avons sous les yeux, et Nous avons lu et médité attentivement, le texte de la loi du 3 avril 1926 n. 2247, sur l' « Institution de l'Œuvre nationale Balilla, pour l'assistance et l'éducation physique et morale de la jeunesse »; le texte du décret-loi royal du 9 janvier 1927, n. 5, modifiant la loi précédente; le texte du décret royal du 9 janvier 1927, n. 6 approuvant les règlements administratifs et. technico-disciplinaires pour l'exécution de la loi du 3 avril 1926, n. 2247 sur l'OEuvre nationale Baiilla.

    N'ayant pas à Notre disposition d'autre texte officiel ou même autorisé, Nous devons nécessairement limiter aux susdits documents les considérations et déclarations que ce grave sujet exige de Nous. Et d'abord, que, dans la rédaction et la promulgation des ordonnances contenues dans les textes indiqués, on ait eu l'intention de ne pas léser les divines prérogatives de la Sainte Eglise et les droits spirituels d'un peuple catholique comme le peuple italien, Nous l'admettons volontiers et l'apprécions hautement, il Nous presse de le déclarer. Mais Nous devons dire aussitôt que le but n'a pas été atteint, et que les textes mêmes, comme ils ont été rédigés, ne justifient que trop ces préoccupations et ces craintes, que Nous exprimions déjà dans Notre dernière allocution consistoriale du 20 décembre dernier. Nous voulons aussi ajouter immédiatement que, ce disant, Nous n'entendons point du tout créer des difficultés au gouvernement du pays ou en affaiblir le prestige et la force, mais Nous entendons avant tout dégager Nos graves responsabilités devant Dieu et devant les hommes, et Nous croyons coopérer, si on Nous comprend et seconde comme il faut, au commun avantage de tous.

    Nous avons dit : « dégager nos responsabilités », parce qu'il est trop évident que Notre silence pourrait trop facilement laisser croire et faire croire que ce n'est pas sans Notre concours et Notre coopération qu'ont été prises les dispositions législatives selon lesquelles est prévue et projetée une organisation d'assistance religieuse par le ministère de prêtres préposés à cet effet, ayant pour chef un Supérieur-Inspecteur central, assistance et direction qui, dépassant les limites de chaque diocèse, ne peuvent, avoir d'autorité nécessaire et de mandat légitime, s'ils n'émanent du Saint-Siège Apostolique.

    Or, il s'agit de disposition» législatives, où se trouve prescrit l'enseignement d'une doctrine, que Nous avons motif d'appréhender comme fondement ou couronnement d'une conception de l'Etat, qu'en vertu du devoir de vigilance apostolique, déjà dans deux allocutions consistoriales, Nous avons dû signaler comme non conforme à la conception catholique. Il s'agit de ces ordonnances qui, d'une part semblent étendre leurs prescriptions et leurs défenses à toutes les œuvres d'éducation même morale et spirituelle, champ réservé, s'il en est un, au divin mandat de l'Eglise, ordonnances qui, d'autre part, à cause des imprécisions, ne semblent pas à beaucoup devoir exclure tout sujet de doute et de préoccupation sur le sort des organisations mêmes de l'Action catholique et qui frappent directement l'organisation des jeunes Eciaireurs catholiques, soumettant à la dissolution plus de la moitié de ses mille sections, et ne permettant aux autres sections de se maintenir qu'en adoptant un nouvel insigne et en même temps, comme c'est inévitable, une nouvelle dénomination et personnalité juridique.

    Il est par trop clair et évident que Nous ne pourrions permettre que les catholiques en général, mais spécialement les catholiques d'Italie, et plus spécialement entre nos chers et bien aimés jeunes gens, nommément les jeunes Eciaireurs catholiques italiens, eussent même une seule apparence de raison ou un prétexte quelconque de croire ou seulement de penser que Nous fussions coresponsables de telles ordonnances; pour ce motif précisément, Nous avons considéré et considérons comme un devoir précis de Notre ministère apostolique, à Nous divinement confié, de sortir du silence et de décliner expressément une telle responsabilité.

    Pour épuiser quant à Nous ce thème des jeunes Eciaireurs catholiques italiens, Nous avons d'abord tourné Notre attention vers les troupes sujettes à la dissolution (ce sont celles des lieux de moins de 20 000 habitants), et Nous avons considéré que ces chers jeunes gens, comme jadis le saint roi David, disent au Seigneur : « Si nous devons mourir, que ce soit de votre main, Seigneur, plutôt Que de la main des hommes », et de même qu'ils s'étaient formés par obéissance au Vicaire de Jésus-Christ, et sous sa bénédiction, ainsi ils préfèrent se dissoudre, à la même voix et sous la même bénédiction, comme en effet Nous les déclarons dissous en date de la présente lettre. Le bon Dieu sait et voit quelle peine coûte à Notre cœur paternel une telle mesure, à la seule pensée du douloureux sacrifice que la conformité à cette disposition ne peut manquer de coûter au cœur de tant de chers et bien-aimés fils. Mais nous savons pouvoir compter (et c'est pour Nous un indicible réconfort dans cette heure de peine) sur leur générosité et sur leur fidélité, comme Nous savons pouvoir compter sur la charité et sur le zèle de leurs évêques, de leurs curés, de leurs assistants ecclésiastiques auxquels Nous les recommandons in visceribus Christi, afin que, dans les formes que la charité et le zèle ne manqueront pas de leur suggérer, ils continuent et intensifient auprès d'eux ces soins, qui déjà ont ensemencé leurs sillons et fait grandir une moisson si belle, qu'avec une abondance vraiment admirable on a vu naitre en eux les plus hautes et généreuses vocations.

    Il Nous semble superflu d'ajouter d'autres paroles : tout homme de cœur et de bon sens voit et comprend que ce serait injuste et indigne d'attribuer la mesure que Nous avons prise à quelque inspiration, si faible et si éloignée soit-elle, d'animosité ou, pour ainsi parler, de représailles préventives. Nous croyons au contraire épargner à d'autres la tâche ingrate de dissoudre ou faire dissoudre tant de troupes de bons et pacifiques jeunes Eclaireurs qui faisaient la joie et aussi l'ornement particulier et aimé de tant de bonnes petites populations.

    Quant aux troupes des jeunes Eclaireurs catholiques italiens, que la nouvelle loi n'oblige pas à se dissoudre, Nous avons décidé de leur laisser toute liberté d'adopter la loi, en les déclarant à cette fin, comme Nous le déclarons dorénavant, pleinement autonomes, Nous voulons dire libres de tout regard et lien de solidarité collective et, disons-le, officielle avec le reste des organisations de l'Action catholique; libres aussi, s'entend, de continuer à s'appeler Eclaireurs catholiques (comme Nous préférons et avons toujours préféré à Scouts, par amour aussi de la langue maternelle). Confiants et assurés qu'ils sont de faire toujours de plus en plus honneur à cette sainte et glorieuse dénomination de catholiques, en traduisant, dans la pratique de toute leur vie privée et publique, cette plus complète et plus profonde culture et formation religieuse, qui a toujours été leur principale résolution, et, Nous le disons avec une joie profonde, leur grand mérite et leur honneur.

    Cette résolution, telle que Nous l'avons précisée, Nous semble convenir et s'imposer : d'une part, en effet, Nous ne pouvons refuser à tant d'Eclaireurs catholiques, qui sont de beaucoup le plus grand nombre, l'avantage et l'honneur de continuer à être et à se dire tels; d'autre part, l'Action catholique en elle-même et dans toutes ses organisations doit et veut se maintenir en dehors et au-dessus de tout parti politique; or, l'Œuvre nationale Balilla, quoiqu'elle se déclare nationale, est indubitablement dans le sillage d'un parti politique, comme il appert de tout le règlement, et, avec plus d'évidence encore, de quelques-uns de ces articles. En signalant, au début, des désignations incertaines, source de doutes et de préoccupations pour beaucoup, à l'endroit des organisations mêmes de l'Action catholique, Nous voulions faire allusion au dernier point de l'article 2 du D. L. R. du 9 janvier 1927, où il est dit que les précédentes dispositions ne regardent pas « les organisations et œuvres à finalités par-dessus tout religieuses ». Nous sommes heureux, ramenant ainsi la tranquillité chez un grand nombre, de pouvoir dire qu'à des signes et indices indubitables il semble certain que, parmi ces œuvres et organisations, celles de l'Action catholique sont précisément comprises. Personne ne peut en être plus consolé que Nous, parce que, justement, ces finalités religieuses, Nous avons toujours entendu et voulu qu'elles soient non seulement prédominantes, mais essentielles à l'Action catholique, d'autant que déjà, dans Notre première Encyclique Ubi arcano, Nous l'avons définie la coopération du laïcat à l'apostolat hiérarchique, et avons déclaré qu'elle doit être considérée par les pasteurs comme appartenant nécessairement à leur ministère, et par les fidèles comme un devoir de la vie chrétienne.

    Il Nous reste à vous confier, Monsieur le Cardinal, Nos paternelles préoccupations sur le point, qui est certainement le plus important de tous, celui de l'assistance religieuse et de l'enseignement religieux pour cette nombreuse et chère jeunesse que la loi appelle à faire partie de l'Œuvre nationale Balilla. Si, en réalité, pour les mêmes raisons historiques que Nous soulignions déjà le 18 février 1926, toute cette si importante et délicate matière ne peut se traiter selon le mode et la forme qu'exige sa nature même, ce ne peut et ne doit être un motif suffisant pour priver toute cette jeunesse d'un élément d'éducation, le plus précieux et le plus essentiel de tous.

    Méditant et cherchant devant Dieu une mesure convenable et opportune, il Nous semble qu'il suffirait d'une marque interprétative du règlement (1 c), pour renvoyer les dirigeants de l'Œuvre nationale Balilla aux évèques respectifs. Ceux-ci, par la parfaite connaissance qu'ils ont de leurs propres prêtres, sauront indiquer les plus aptes à cette OEuvre et pourront de plus près et plus efficacement en surveiller et diriger l'action, et, en outre, aucun saint Canon n'empêche qu'à cette fin les évêques délèguent à l'aumônier général des armées leur juridiction sur les prêtres désignés ainsi réalisant cette unité et centralisation de surveillance dont Nous ne saurions mettre en doute l'utilité et l'opportunité, et Nous ne voulons pas écarter l'idée que, les circonstances changeant, le temps, l'expérience, la bonne volonté, rendent possibles des mesures encore meilleures.

    Nous devions à la sainteté du ministère apostolique qui Nous est divinement confié d'exprimer en toute sincérité et franchise Notre pensée complète, tandis que de toutes parts on regarde vers Nous, on recourt à Nous. Jamais comme aujourd'hui (à propos aussi de ce qui arrive malheureusement en d'autres pays, lointains et voisins) Nous n'avons tant prié et fait prier pour obtenir grâces et lumières de Dieu. Nous avons confiance, Monsieur le Cardinal, que tel est bien également votre avis, comme celui de tous ceux qui Nous liront après vous; Nous ne pouvions rien découvrir et proposer de mieux dans les circonstances actuelles si difficiles et au point où les choses en sont.

    Et c'est dans cette confiance que Nous vous bénissons de tout cœur.

    24 janvier 1927.

    PIE XI, PAPE.

    DECLARATIO

    quoad veniam fegendi commentari urn diurnum, cui titulus l'Action Française, a Sanctitate Sua in indicem rdatum.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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