Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Lettres et allocutions (1920-1921) · Benoît XV

    Allocution au Sacré Collège du 24 décembre 1920

    Les vœux sont d'autant mieux agréés que plus lourds sont les chagrins de celui qui les reçoit et plus grand son besoin d'être réconforté. En Nous offrant les souhaits du Sacré Collège à l'approche des fêtes de Noël, vous avez eu, Monsieur le Cardinal (\), le triste devoir de le constater: bien qu'on ait mis un terme presque partout aux opérations militaires, « le monde continue de porter un immense poids de convulsions et de souffrances, encore alourdi par la guerre civile et les luttes de classes ». Et, par une délicatesse qui Nous est allée profondément au cœur, vous avez rappelé le deuil de famille qui Nous a récemment frappé.

    Epreuves personnelles, malheurs publics, voilà donc ce qui, en Nous donnant un double besoin de consolation, Nous rend particulièrement agréables, Monsieur le Cardinal, les vœux que vous Nous avez présentés au nom du Sacré Collège.

    Une autre circonstance concourt à Nous les faire accueillir avec plus de complaisance encore : le retour de la journée qui, des ténèbres de la terre, élève nos regards vers l'horizon serein de joie et de paix ouvert au monde par la naissance du Rédempteur.

    C'est cet horizon serein qu'évoquait précisément, en un si beau langage, l'Eininentissime Cardinal doyen, quand il disait, il y a un instant, que, «malgré le poids de tant de malheurs, la voie reste toujours ouverte à de meilleures espérances, fondées sur l'abondance de célestes bienfaits qu'a valus au genre humain le miséricordieux avènement du Sauveur ». Certes, Nous avons de sérieux motifs de croire que Celui qui Nous a fortifié de son appui, qui Nous a permis durant cette année d'opérer le peu de bien que l'EmiiienLisMme Doyen s'est complu à signaler, daignera Nous soutenir encore dans l'avenir et Nous guider par la force et la lumière de sa grâce dans la réalisation, au moins partielle, de «l'œuvre immense » qui restée accomplir.

    Il reste encore, disiez-vous, Monsieur le Cardinal, une tâche telle qu'aucune époque de l'histoire n'en connut d'aussi grave et d'aussi difficile. Le but à atteindre est, avant tout, la pacification des esprits, sans doute là où la guerre n'a pas encore cessé, mais tout autant dans les régions où le choc matériel a fait place aux luttes intimes des âmes; et à cette m i s i ó n de pacification vient s'ajouter l'œuvre aussi urgente de la restauration de l'ordre et de la morale, fondements essentiels de toute civilisation.

    Allumée voilà sept ans, apaisée depuis deux ans, sans qu'elle soit encore éteinte sur tous les points du globe, la guerre a semé des ruines {{) S. Em. le cardinal Vincenzo Vannutelli, doyen du Sacré Collège, matérielles qui ont déchiré l'humanité et qui, aujourd'hui encore, font frémir tous les cœurs, surtout lorsqu'on songe aux enfants qui en furent victimes; mais plus graves encore sont les ruines morales, dont n'a jamais fait cas la sagesse humaine, uniquement préoccupée des questions de puissance, de frontières et de richesses.

    Or, ce sont précisément ces ruines morales qui s'offrent à Notre mission morale. Il en est cinq, les cinq plaies de notre époque, que Nous devons particulièrement déplorer, car elles sont funestes pour le bien des âmes non moins que pour le bien-être matériel du peuple chrétien: la négation de l'autorité, la haine entre frères, la folie des plaisirs, le dégoût du travail, l'oubli enfin de cette unique chose nécessaire ici-bas et au regard de laquelle tout le reste est accessoire : porro unum necessarium.

    Pour conjurer ces fléaux, les nations et leurs Conseils s'évertuent à trouver des remèdes. Mais c'est ici qu'il est opportun de répéter l'avertissement antique: « Si ce n'est pas le Seigneur qui reconstruit les Etats, en vain travaille qui veut les rebâtir. » (Ps. cxxvi.) C'est le même avertissement qui découle de la nature même de Notre mission ou du caractère de l'œuvre confiée au Chef de l'Eglise : il faut retourner au Christ, retourner à la lumière de ses enseignements, en un mot retourner à l'Evangile.

    Oui, qu'ils retournent à l'Evangile, les individus et les peuples, que nous voyons aujourd'hui impatients de discipline, d'autorité, de soumission! Que toute âme se soumette aux autorités placées au-dessus d'elle, puisque c'est de Dieu qu'émane tout pouvoir.

    Individus et peuples, retournez à l'Evangile, et, par l'Evangile, retournez à l'amour fraternel. Nous n'avons qu'un seul Père, le Père qui est dans les cieux : dès lors, tous les hommes sont frères. Mais si tous les hommes sont frères, pourquoi donc, se demande saint Jacques, pourquoi les guerres, pourquoi les altercations? Unde bella et lites in vobis? (Jac. iv, 1.)

    Le même apôtre résout la question quand il dit que « les guerres et les altercations sont le fruit des concupiscences qui agitent les hommes » : Nonne hinc? ex concupiscentiis vestris, quae militant in membris vestris? (Ibid.)

    Le retour des individus à l'Evangile, le retour des peuples à la simplicité des mœurs, à l'austérité chrétienne, guérira en même temps deux des cinq plaies morales que Nous déplorons. On verra disparaître, en effet, la soif de jouir, l'avidité de posséder, l'envie du sort d'autrui. Car, qui ne voit que l'Evangile, en guérissant la plaie morale que produit la folie des plaisirs, peut guérir également la plaie des haines fraternelles? Le bien des individus, la paix des familles, le progrès social sont liés au refoulement des passions humaines.

    Autre plaie de la société actuelle, cette répugnance au travail qui enfante les grèves, entrave le développement des arts et des industries, arrête la vie commerciale. Pour guérir cette autre plaie, il est nécessaire de rétablir dans les esprits l'idée du travail. Or, nulle école ne peut mieux que l'atelier de Nazareth, nul maître ne peut mieux que l'Ouvrier divin, qui travailla dès son enfance, nous donner la vraie notion du travail. Et c'est ainsi que s'affirme une fois encore la nécessité de retourner à l'Evangile pour apprendre que le travail est tout ensemble source de bien-être, école de sainteté, garantie de paix.

    Ces retours à l'autorité, à la fraternité, à la pureté des mœurs, au travail, se résument, pour les individus et les peuples, dans le retour à la pensée et au respect pratique du surnaturel, si généralement oublié de nos jours. Seul le retour à l'Evangile, principe et témoin de la transformation opérée jadis par Jésus-Christ dans le monde, pourra produire dans la société cette régénération redevenue plus nécessaire que jamais aujourd'hui après les néfastes déformations amenées par la guerre.

    Il faut donc que, sous les auspices de l'Eglise, on continue aujourd'hui, et avec plus d'ardeur encore, d'étudier, de rechercher, de vénérer le livre auguste qui renferme la formule du salut et où on lit: « Non est in alio aliquo salus: Nous n'avons pas d'autre Sauveur. » (Act. iv.)

    C'est à dessein que Nous Nous sommes attardé quelque peu à énumérer les conditions de la restauration de l'ordre et de la morale qui, avec la pacification des esprits, sujet d'une récente Encyclique spéciale adressée à l'épiscopat (Enc. Pacem Dei manibus), constitue la tâche qu'il Nous reste à mener â bien. C'est là cette « œuvre immense » qui s'offre, disions-Nous, à Nos efforts, après ce « peu » de bien dont, avec trop d'indulgence, PEminenlissime Cardinal Doyen a voulu rappeler la réalisation par Nous au cours de l'année qui va finir.

    Devant la grandeur de cette œuvre, Nous apprécions davantage le vœu du Sacré Collège qui, par la bouche autorisée et toujours éloquente de son Eminenlissime Doyen, Nous souhaitait les grâces nécessaires pour accomplir l' « œuvre de salut » confiée par Dieu à son Vicaire.

    Ce qui donne enfin un prix tout particulier à ces \ œ u x, c'est qu'ils émanent de coeurs dont les sentiments dans le passé à Notre égard sont le gage évident de leur dévouement pour l'avenir. La grande part prise par le Sacré Collège à Notre récent deuil de famille comme aux solennités que Nous avons ordonnées en l'honneur de saint Jérôme, témoigne assez de l'union étroite qu'il entend garder avec Nous.

    Quant à Nous, Nous saisissons cette occasion du joyeux retour des fêtes de Noël pour remercier Notre auguste Sénat de l'aide précieuse qu'il Nous apporte dans le gouvernement de l'Eglise.

    Assuré de son concours dans l'avenir, comme gage de grâces et témoignage de souhaits réciproques et de vœux sincères, Nous accordons à tous ses membres et à tous ceux qu'ils ont voulu associer aujourd'hui à leur filiale démarche la Bénédiction Apostolique.

    BENOIT XV, PAPE.

    [Traduit de l'italien.]

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Lettres et allocutions (1920-1921)

    8 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.