Lettres et allocutions (1890-1893) · Léon XIII
Lettre In ipso supremi (1891) : Aux évêques d’Autriche
DE N. Te S. P. LÉON XIII
AUX ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES DE l'EMPIRE
D'AUTRICHE
A Nos chers Fils Cardinaux-Prêtres de la S. E. R. Frédéric Furstenberg, Archevêque d'Olmutz, François de Poule Schœnborn, Archevêque de Prague, et à Nos Vénérables Frères les Archevêques et Evêques de l'empire d'Autriche.
LÉON XIII, PAPE
Nos Chers Fils et Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.
Aux premiers jours du souverain Pontificat auquel la Providence de Dieu Nous a élevé, en promenant Nos regards sur toute l'étendue du monde catholique, Nous avons trouvé, à la vérité, un sujet de joie dans le grand nombre et l'excellence des projets et des œuvres en toutes sortes de bien que poursuivaient avec sollicitude, Dieu aidant, les évêques, l'un et l'autre clergé et les fidèles; mais Nous avons éprouvé aussi une amère douleur en voyant les ennemis de l'Eglise, unis dans une détestable conjuration, tout entreprendre pour assiéger et même, s'ils le pouvaient, pour renverser entièrement cet édifice que Dieu lui-même a élevé pour servir de refuge au genre humain.
Cette guerre engagée au loin et au large contre l'Eglise de Jésus-Christ, bien qu'elle soit menée avec des manœuvres et des armes variées suivant la variété des lieux, a un seul et même plan, qui est celui-ci : Dans les familles, dans les écoles, dans les lois, dans les institutions, effacer tout vestige de la religion; dépouiller l'Eglise elle-même de ses moyens et de la vertu insigne qu'elle possède pour procurer le bien général, infiltrer dans toutes les veines de la communauté domestique et civile le très pernicieux poison des erreurs.
Déjà rien n'a été épargné par les adversaires qui ont agi avec une licence infinie ; ils se sont déchaînés en grand nombre et violemment contre les droits, la liberté, la dignité de l'Eglise, contre les évêques et tous les ordres du clergé, et surtout contre l'autorité et le principat du Pontife Romain. De tels attentats commis contre la religion catholique ont découlé et découlent sur les nations des maux graves et nombreux ; on a à déplorer que la perversité des opinions s'étende de plus en plus, que l'improbité et l'esprit de révolte pénètrent avec elle les esprits et qu'il en résulte pour les affaires publiques et pour les gouvernements des périls chaque jour plus grands. Il n'y avait pas une autre conséquence à prévoir; car si l'on affaiblit, ou, pis encore, si l'on rejette ce très ferme appui de la société : la religion, qui peut seule, par ses justes commandements et ses salutaires défenses, retenir chacun dans son devoir, les fondements mêmes de la société sont continuellement ébranlés et entamés.
Nous n'avons omis aucune occasion de signaler publiquement, par d'importantes lettres, ces vérités et à ceux qui exercent le pouvoir, et à ceux qui leur sont soumis, rappelant aux uns combien étroitement sont liés les intérêts de la religion et ceux de la société, exhortant les autres à respecter comme il convient et à soigneusement pratiquer les divins enseignements de l'Eglise.
Nous Nous sommes particulièrement adressé à Nos Vénérables Frères les évêques, que l'Esprit-Saint a établis pour régir l'Eglise de Dieu et qu'il inonde de l'abondante lumière de sa grâce ; ceux, en effet, qui, en qualité de gardiens vigilants institués dans toutes les contrées de la terre, constatent et savent par expérience quels remèdes sont à employer et quelles embûches à éviter pour chaque nation dans les circonstances présentes, devaient être assurément nos meilleurs auxiliaires dans l'œuvre que Nous poursuivions, que Nous poursuivons de toutes nos forces : le salut des nations catholiques. Nous devons à Dieu d'amples actions de grâces pour l'unanimité admirable e tT ardeur avec lesquelles tout l'ordre des évêques a répondu à Notre exhortation; car toutes les ressources de leur esprit et de leur cœur, tout ce qu'ils peuvent par la parole et par l'action, ils l'emploient à défendre la vérité de la foi catholique, et, en rappelant aux vertus de cette même foi la société humaine, à la préserver des plus grands maux, à la conduire à la vraie prospérité.
Dans cette rivalité si noble du zèle pastoral, les évêques d'Autriche se sont distingués et Nous voulons Vous payer ici le tribut d'éloges qui Vous est dû ; Nous savons, en effet, avec quelle sagesse et quelle constance de labeur Vous travaillez à extirper du milieu du peuple le mauvais grain et à cultiver les semences de la vie chrétienne. De plus, Mous avons appris récemment avec grande joie que Vous aviez adressé aux fidèles de Vos diocèses une lettre collective qui a été pour Nous une preuve éclatante de l'accord intime de Vos volontés lorsqu'il s'agit de défendre les intérêts catholiques.
Toutefois, pour que cet accord se maintienne toujours plus ferme dans l'avenir et que Votre sollicitude et Vos efforts tendent par la même voie à un même but déterminé, rien ne Nous paraît être plus à propos que la tenue, chaque année, par les évêques, de réunions qui soient le principe de cette concorde si efficace d e s e n l i m e n t s et d'action. Ce système de réunions, dont Nous souhaitons l'établissement, est déjà en vigueur dans un certain nombre de pays, et il a donné jusqu'ici des fruits vraiment heureux : les évêques y ont puisé une plus grande abondance de lumières, les âmes y ont été fortifiées, le zèle de la religion excite', et il en est sorti de nombreuses résolutions qui ont été de diverses manières utiles à la religion catholique.
Il faut ajouter qu'une entente et un accord si parfaits des évêques, non seulement ont accru le respect et les bons sentiments de leur* peuples envers eux, mais ont servi d'exemple et d'encouragement aux laïques, même d'autres nations, pour se concerter aussi et s'entendre sur les moyens à prendre dans le but de défendre la religion et également l'ordre civil menacé.
En outre, l'exemple et les exhortations des évêques ont puissamment excité l'ardeur et l'activité des catholiques pour la tenue de congrès nationaux, provinciaux ou locaux; ce qui a été une œuvre pleine de sagesse. Si, en effet, des hommes pervers, puissants par l'audace et par le nombre, se réunissent çà et là et conspirent pour leur ravir perfidement le plus précieux de tous les dons : la foi et les biens qui en découlent, il est tout à fait juste et nécessaire que les catholiques, sous la direction des évêques, associent leurs efforts et leurs forces pour résister; or, par la fréquence de tels congrès, ils pourront avec plus de liberté et de force maintenir la profession de leur religion, repousser les assauts de l'ennemi.
Les sujets de délibérations, et des sujets de grande importance, ne manqueront pas aux futures réunions des évêques.
Dans les temps malheureux dont nous sommes affligés, nous estimons que les efforts et les soins doivent d'abord tendre à resserrer, par des rapports chaque jour plus étroits, les liens de la famille chrétienne avec l'ordre hiérarchique ; de telle façon que les fidèles soient unis à leurs évêques en toute volonté et soumission, et surtout qu'ils gardent avec ardeur et professent hardiment, à l'égard de l'évêque de l'Eglise universelle, une foi, une obéissance et une piété filiales.
Or, puisque vouloir que le Pontife Romain ne soit soumis à aucun pouvoir humain, et qu'il soit pleinement et parfaitement libre, est une obligation sacrée qui regarde les catholiques de toutes les nations, et non pas une nation seule, que les évêques se concertent à cet effet et s'appliquent à entretenir et à exciter le souci des Mêle s pour cette très juste cause, en vue d'en hâter l'heureuse issue.
Dans ces réunions, les évêques auront la facilité d'échanger des conseils sur les difficultés qui seraient survenues dans leurs églises; ils pourront aussi, s'ils le jugent à propos pour quelque point particulier, user de lettres et d'actes collectifs.
Le soin de la formation et de l'éducation du clergé, de tous les soins d'un évêque le plus grand et le plus fécond, aura également sa place dans Vos délibérations; Vous examinerez la manière de conformer la discipline et la règle imposées aux clercs dans les séminaires aux règles du concile de Trente, les principaux moyens de cultiver en eux la piété et une généreuse vertu, les encouragements à donner à L'étude des hautes sciences pour qu'elles fleurissent comme il.convient en nos temps et les mesures à prendre à l'égard de tout te clergé en vue d'une plus ample moisson d'âmes.
Quant aux fidèles, qui sont en butte à tant de périls et d'embûches, il sera du plus grand intérêt de rechercher des moyens variés de leur venir en aide : sermons et catéchismes sur les sujets sacrés, appropriés aux hommes, aux âges, aux lieux; confréries pieuses et diverses de laïques, approuvées et recommandées par l'Eglise; observation et respect absolu des fêtes, et aussi établissements ou œuvres de nature à préserver les fidèles, la jeunesse surtout, de la perversité et de la corruption, et à multiplier la très salutaire fréquentation des sacrements; enfin, livres, journaux et autres publications à répandre pour la défense de la foi et la sauvegarde des mœurs. •
En cette matière, il importe beaucoup de recommander aux évêques ce qui Nous tient depuis longtemps à cœur et sur quoi Nous insistons fréquemment, savoir que le travail des écrivains catholiques, bien réglé, bien ordonné, soit encouragé et développé.
Certes, il faut reconnaître en tous pays à ces écrits excellents, qu'ils soient quotidiens ou périodiques, une grande utilité pour les intérêts religieux et civils, soit qu'ils les soutiennent directement et les fassent prospérer, soit qu'ils repoussent les attaques des adversaires qui cherchent à leur nuire et qu'ils écartent l'impure contagion. Mais, dans l'empire autrichien, il faut leur attribuer une extrême utilité : une foule de journaux y sont, en effet, au service d'ennemis de l'Eglise qui, grâce à leurs richesses, les propagent plus facilement et en plus grand nombre. Il est donc absolument nécessaire, pour lutter à armes égales, d'opposer les écrits aux écrits : ainsi l'on pourra repousser les attaques, dévoiler les perfidies, empêcher la contagion des erreurs et persuader le devoir et la vertu.
C'est pourquoi il serait convenable et salutaire que chaque contrée possédât ses journaux particuliers qui seraient comme les champions de l'autel et du foyer, institués de façon à ne s'écarter jamais du jugement de l'évêque, avec lequel ils s'appliqueraient à marcher justement et sagement d'accord; le clergé devrait les favoriser de sa bienveillance et leur apporter les secours de sa doctrine, et tous les vrais catholiques les tenir en haute estime et les aider suivant leurs forces et leur pouvoir.
La sollicitude des évêques doit se porter encore sur une autre cause importante qui Vous tient justement à cœur, comme Nous l'avons vu par Votre lettre collective adressée aux fidèles; la cause des ouvriers, qui ont besoin à un si haut degré de l'aide de la religion pour bien accomplir leur tâche aussi bien que pour adoucir leurs souffrances. Cette question, qui est du domaine de la question sociale si ardemment débattue de nos jours, exige un remède d'autant plus prompt que les difficultés qui s'opposent à la solution sont plus grandes.
Si les évêques consacraient à cette question, autant que cela leur sera possible, leur attention et leurs efforts, s'ils avaient soin que les préceptes évangéliques de la justice et de la charité soient hautement respectés dans toutes les classes de la société, s'ils arrivaient de n'importe quelle façon à améliorer par leur influence et par leur action la situation précaire des ouvriers, ils auraient bien mérité de la religion comme de la monarchie.
Ces questions et d'autres de la même importance pourront être traitées dans les congrès des évêques que Nous conseillons de tenir chaque année. Nous sommes convaincu que tous les évêques d'Autriche mettront le plus grand zèle et le plus grand empressement à se conformer à ces désirs qui Nous sont inspirés par l'intérêt de la religion et par l'affection bienveillante que Nous ressentons pour les peuples catholiques de l'Autriche.
En attendant, Nous Vous accordons à Vous, cher? Fils et Vénérables Frères, et à tout le peuple autrichien, très affectueusement dans le Seigneur, la Bénédiction Apostolique, comme gage des dons célestes et en témoignage de notre affection paternelle.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 3 mars de l'année 1891, la quatorzième de Notre Pontificat
LÉON XIII, PAPE
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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