Lettres et allocutions (1878-1883) · Léon XIII
Bref Saepenumero considerantes (18 août 1883) : Sur les études historiques
A Nos Chers Fils les E. Cardinaux de la Sainte Eglise romaine Antonin de Luca, vice-chancelier de la S. E. R., Jean-Baptiste Pitra, bibliothécaire de la S. E. R., Joseph Hergenrœther, préfet des archives du Vatican.
LÉON XIII, PAPE Nos Chers Fils, salut et bénédiction apostolique.
Nous n ' a v o n s p u f r é q u e m m e n t c o n s i d é r e r q u e l s artifices inspirent le plus de confiance à ceux qui s'efforcent de rendre suspectes et odieuses l'Eglise et la P a p a u t é, sans reconnaître, qu'avec beaucoup de force et de perfidie, ils s ' a t t a q u a i e n t à l'histoire des âges chrétiens et s u r t o u t a u x a n n a l e s nui renferment les fastes des Pontifes R o m a i n s d a n s l e u r r a p p o r t et leur liaison avec les destinées italiennes. — Partageant cette observation, p l u s i e u r s é v o q u e s d e cette contrée se sont d é c l a r é s n o n m o i n s é m u s d e s m a u x p a s s é s, qu'effrayés de l'avenir. En effet, il est aussi d a n g e r e u x q u ' i n j u s t e de sacrifier la vérité de l'histoire à l a h a i n e d u Pontife Romain, dans le but manifeste de mettre par force les souvenirs du passé, t r a v e s t i s p a r le mensonge, a u service d e s i n n o v a t i o n s i t a l i e n n e s. — Notre devoir étant donc, nonseulement de revendiquer les autres droits de l'Eglise, mais de v e n g e r c o n t r e u n e i n j u s t e a t t a q u e la dignité et l'honneur du Siège apostolique, voulant qu'enfin la vérité soit victorieuse, et q u e l e s I t a l i e n s s a c h e n t qu'elle fut pour eux dans le passé et q u ' e l l e s e r a d a n s l ' a v e n i r l a p l u s a b o n d a n t e s o u r c e de bienfaits, Nous avons résolu, Nos Chers Fils, de vous communiquer Nos vues sur ce grave sujet, et d'en confier l'exécution à votre sagesse.
Les incorruptibles monuments de l'histoire, à les considérer avec un esprit calme et dégagé des préjugés, sont par eux-mêmes [une apologie magnifique et spontanée de l'Eglise et du Pontificat. On p e u t e n v o i r r e s s o r t i r l a v r a i e n a t u r e et la grandeur des institutions chrétiennes. A travers de redoutables combats et d'éclatantes victoires, l'Eglise apparaît dans sa -force et sa vertu divine ; et par le témoignage évident des faits, se révèlent et brillent les bienfaits considérables que les Pontifes R o m a i n s o n t r é p a n d u s s u r t o u s les peuples, mais avec beaucoup plus d'abondance sur le sol où la divine Providence a placé le siège apostolique. Aussi convenait - i l à ceux qui, par toutes sortes d'efforts, ont assailli le Pontificat, de ne pas épargner l'histoire, témoin de ces grandes choses. Et certes, ils ont entrepris d'attenter à son intégrité, et avec un art et une perversion telle, que les armes les p l u s p r o p r e s à r e p o u s s e r l'injuste agression, sont devenues des traits offensifs.
C'est le genre d'attaque adopté, il y a trois siècles, par les Centuriat eurs de Magdebourg. Comme, en effet, les auteurs et fauteurs des opinions nouvelles n'avaient pu abattre les remparts de la doctrine catholique, par une nouvelle stratégie, ils poussèrent l'Eglise dans les discussions historiques. — L'exemple des Centuriat eurs fut renouvelé par la plupart des écoles en révolte contre l'ancienne doctrine, et suivi, ce qui est d'autant plus malheureux, par plusieurs catholiques de religion et de race italienne. Ainsi, dans le but que Nous avons signalé, on se mit à scruter les moindres vestiges d'antiquités ; à fouiller partout les recoins des archives ; à remettre en lumière des fables futiles, à répéter cent fois des impostures cent fois réfutées. Mutilant souvent ou rejetant habilement dans l'ombre ce qui forme comme les plus grands traits de l'histoire, on se plut à dissimuler par le silence les faits glorieux et les gestes mémorables, p e n d a n t q u ' o n r e d o u b l a i t d ' a t t e n t i o n p o u r s i g n a l e r et exagérer ce qui pouvait être moins prudent et moins irréprochable ; bien qu'éviter tout en ce genre soit plus difficile que ne le comporte la nature humaine. On a même cru permis de scruter, avec une sagacité perverse, les secrets douteux de la vie privée, saisissant ainsi et mettant en relief tout ce qui semblait offrir à la multitude avide de scandales l'appât d'un spectacle et d'une diffamation. Parmi les plus grands Pontifes, même ceux d'une vertu éminente ont été accusés et flétris, comme ambitieux, superbes, impérieux. A ceux dont les gestes glorieux défiaient la haine, on a reproché leurs intentions ; et mille fois on a entendu ce cri insensé, que l'Eglise avait nui au progrès des esprits, à la civilisation des peuples. En particulier, le principat civil des Pontifes Romains fondé non sans un dessein providentiel, pour sauvegarder leur indépendance et leur majesté, cette souveraineté aussi légitime dans son droit de possession que recommandable par des bienfaits sans nombre, a été en butte aux traits les plus acérés de la malveillance et de la calomnie.
Les mêmes trames o n t c o u r s a u j o u r d ' h u i ; et certes plus que jamais, on peut dire en ce temps-ci que l'art de l'historien paraît être une conspiration contre la vérité. Ainsi, les anciennes accusations étant remises en circulation, on voit le mensonge audacieusement se glisser dans de volumineuses compilations et d'exigue. p a m p h l e t s, dans les feuilles volantes du journaliste et sous les décors séduisants du théâtre. — Trop nombreux sont ceux qui veulent que le souvenir des vieux temps soit l'auxiliaire des outrages. — La Sicile en a fourni une preuve, quand, à l'occasion de certains souvenirs sanglants, on a lancé contre l'honneur de Nos prédécesseurs des invectives consignées à perpétuité, en termes grossiers, sur des monuments. C'est ce qu'on vit peu après, quand on rendit des honneurs publics à un homme de Brescia, comme si son génie séditieux et son hostilité contre le Saint-Siège l'eussent recommandé à la postérité. Derechef, on s'est empressé d'exciter les haines populaires, et d'agiter contre les plus grands Papes les torches ardentes de la calomnie. — S'il a fallu pourtant rappeler des traits tout à fait honorables à l'Eglise, où la lumière éclatante confondait toutes les noirceurs de la calomnie, à force d'atténuation et de dissimulation, on a fait en sorte que la moindre part d'éloges et de mérite en revînt aux Pontifes.
Mais le plus grave est qu'une telle méthode de traiter l'histoire a envahi même les écoles. Très souvent, en effet, on donne aux enfants pour les instruire des manuels parsemés de ces mensonges ; et surtout si la perversité ou la légèreté du maître s'y prête, les jeunes lecteurs, familiarisés avec ces récits, sont facilement pris de dégoût pour la vénérable antiquité, et imbus d'un mépris impudent pour les choses et les personnes les plus saintes. Au delà des lettres élémentaires, il n'est pas rare que le danger soit plus considérable ; car, dans les études supérieures, le récit des faits conduit à l'examen des causes ; de cet examen on bâtit des théories sur des préjugés téméraires, le plus souvent en désaccord flagrant avec la révélation divine, et sans autre motif que de dissimuler et cacher tout ce que les institutions chrétiennes ont eu de plus salutaire dans le cours des choses humaines et dans la succession des événements. Ainsi font la plupart, examinant peu combien ils son tin conséquents, à quelles absurdités ils se livrent, et quelle masse de ténèbres ils répandent sur ce qu'on nomme la philosophie de l'histoire. En somme, sans descendre aux détails, le plan général d'enseigner l'histoire a pour but de rendre l'Eglise suspecte, les papes odieux, et de persuader surtout à la foule que le gouvernement pontifical est un obstacle à la prospérité et à la grandeur italienne.
Or, on n e p e u t r i e n d i r e q u i révolte davantage la vérité, au point qu'il faut grandement s'étonner que de telles accusations, si fortement réfutées partant de témoignages, à plusieurs puissent encore paraître vraisemblables. — En vérité, c'est à l'éternelle mémoire de la postérité que l'histoire consacre les immenses mérites du Pontificat Romain envers l'Europe, et surtout envers l'Italie, qui, plus que tout autre, comme il était naturel, a reçu du Saint-Siège la plus grande somme d'avantages et de faveur. Il faut, en premier lieu, tenir compte de ce que les Italiens ont conservé intacte et sans dissidence la concorde religieuse : inestimable bien des peuples, qui donne à ceux qui en jouissent, la plus ferme garantie pour la prospérité de la famille et de la société. — Et pour toucher un point spécial, nul n'ignore que, dans l'effondrement des grandeurs romaines aux formidables invasions des barbares, les Papes opposèrent la plus forte résistance : et qu'on a dû à leur sagesse et à leur constance, si plus d'une fois la fureur des ennemis a été réprimée, le sol italien préservé du carnage et de l'incendie, Rome sauvée de la destruction. Puis, à cette époque, où les empereurs d'Orient portaient ailleurs les soucis de leur politique, l'Italie, dans son isolement et son dénuement, n'eut point d'autres tuteurs de ses intérêts que les Pontifes Romains. En ses calamités, leur insigne charité, concourant avec d'autres causes, donna naissance à leur souveraineté, qui a eu cette gloire, d'être toujours inséparable de la commune utilité. En effet, si le Saint-Siège a pu promouvoir tout ce qui intéresse le droit et la civilisation, s'il a pu étendre sa forte i n f l u e n c e à T o r d r e civil, et embrasser avec ensemble les besoins de la société, il ne faut pas ménager les actions de grâces au pouvoir temporel qui a fourni, pour exécuter ces œuvres considérables, la liberté et les ressources nécessaires. Bien plus, si Nos prédécesseurs ont dû, dans la conscience de leur devoir, défendre leurs droits de souverain contre l'ambition des envahisseurs, par là même ils ont plus d'une fois préservé l'Italie de la domination étrangère. Même aux yeux des contemporains on l'a constaté, alors que le Saint-Siège, tenant ferme devant l e s a r m e s v i c t o r i e u s e s d ' u n t r è s g r a n d e m p e r e u r, obtint du Congrès des Rois -que tous ses droits de souveraineté fussent res-t i tués. — Les peuples d'Italie n'ont pas moins profité de la résistance indépendante des Papes aux injustes passions des princes ; comme de l'héroïsme avec lequel, groupant toutes les forces de l'Europe dans un pacte commun, ils ont soutenu le terrible choc des Turcs, s'avançant à coups redoublés et meurtriers. Deux grands combats, qui ont détruit les bandes ennemies de l'Italie et de la chrétienté, l'un dans les plaines de la Lombardie et l'autre dans les eaux de Lépante, furent préparés et livrés à l'aide et sous les auspices du Siège apostolique. Les expéditions en Terre Sainte, entreprises par l'impulsion des Papes, ont eu pour résultat la gloire et la puissance navale des Italiens. De même, les républiques populaires ont emprunté à la sagesse des Pontifes les lois, la vie, la persévérance.
A l'honneur du Saint-Siège revient la plus grande part du renom que l'Italie s'est acquis dans les sciences et les beaux - arts. Les lettres grecques et latines eussent péri, peu s'en faut, si les Papes et le clergé n'eussent sauvé du naufrage les débris des œuvres anciennes. A Rome, ce qui s'est fait et a c c o m p l i p a r l e e n c o r e p l u s haut : les monuments antiques conservés à grands frais, les chefs-d'œuvre nouveaux créés et perfectionnés par le génie des princes de l'art, les muse'es et les bibliothèques fondées, les écoles ouvertes à T éducation de la jeunesse, l'inauguration de grands lycées ; toutes choses qui ont porté Rome à ce point d'honneur, que d'une voix unanime, elle est jugée la mère des beaux - arts.
Pour ces motifs et d'autres si lumineux, il n'est personne qui ne voie que représenter la Papauté en soi, o u le pouvoir temporel, comme funeste à la race italienne, ce n'est autre que mentir volontairement sur des faits évidents et notoires ; c'est sciemment tromper dans un but criminel ; c'est, par méchanceté, e m p o i s o n n e r l ' his-toi re ; reproche bien autrement grave s'il s'agit de catholiques et nés en Italie ; car ceux-ci, la reconnaissance, l'honneur de leur foi et l'amour de la patrie devraient les porter, non seulement à étudier, mais à défendre la vérité. Et puisque, parmi les protestants mêmes, plusieurs se sont rencontrés, d'un esprit assez pénétrant, assez impartial pour dépouiller une foule de préjugés, et rendre hommage, poussés par la force de la vérité, au Pontificat Romain, en confessant qu'il a rendu de grands services à la civilisation et à l'ordre public, c'est u n e i n d i g n i t é q u e p l u s i e u r s p a r m i n o u s o s e n t p r o t e s t e r ; que, dans l'enseignement de l'histoire, ils préfèrent les thèses hasardées ; partisans et preneurs d'étrangers, les admirant d'autant plus qu'ils i n s u l t e n t d a v a n t a g e l e s i n s t i t u t i o n s c a t h o l i q u e s, restant pleins de mépris pour nos plus grands écrivains qui, dans les récits de l'histoire, n'ont pas voulu séparer d u d é v o u e m e n t à la patrie le respect et l'amour du Siège apostolique.
Et cependant, on a peine à croire q u e l m a l m e u r t r i e r c'est de rendre l'histoire esclave de l'esprit de parti et des passions mobiles des hommes. Elle ne sera plus la maîtresse de la vie et le flambeau de la vérité, telle qu'à bon droit les anciens l'ont définie. Mais elle flattera les vices et courtisera la corruption, surtout dans la jeunesse, dont elle remplira l'esprit d'opinions insensées, et qu'elle détournera des mœurs honnêtes et modestes. Car l'histoire saisit, par de très vifs attraits, l'âme prompte et ardente des jeunes gens. Ce tableau de l'antiquité, ces images de personnages évoqués par le récit et comme rendus à la vie, sont avidement embrassés par l'adolescent, et restent pour la vie profondément gravés dans son esprit. Aussi le poison, une fois imbibé dans le jeune âge, il est difficile et presque impossible d'y remédier ; car il y a peu d'espoir qu'avec l'âge vienne un jugement plus droit, en désapprenant ce qu'on avait appris, d'autant que peu se prêtent à étudier l'histoire mûrement et à fond ; et que, dans un âge plus avancé, le commerce de la vie offre peut-être plus d'occasions de confirmer que de corriger les erreurs.
Il est donc hautement important de pourvoir à ce danger pressant, et d'empêcher à tout prix qu'on ne transforme le très noble métier d'historien en fléau public et domestique des plus graves. Il faut que les hommes de cœur, doctement versés en ce genre d'études, se dévouent à écrire l'histoire de telle sorte qu'elle soit Je miroir de la vérité et de la sincérité ; et que les accusations insultantes, depuis trop longtemps accumulées contre les Pontifes Romains, soient dissipées doctement et convenablement ; à de maigres narrations qu'on substitue des investigations laborieuses et conduites à maturité ; qu'on oppose aux arrêts téméraires un jugement prudent ; aux opinions frivoles, une critique savante. Il faut énergiquement s'efforcer de réfuter les mensonges et les faussetés, en recourant aux sources ; ayant surtout présent à l'esprit, que la première loi de l'histoire est ; de ne pas oser mentir; la seconde, de ne pas craindre de dire mal; en outre, que l'historien ne prête au soupçon ni de flatterie, ni d'animosité. Il faut, pour l'usage des écoles, des manuels qui, laissant la vérité sauve, écartant tout danger des jeunes gens, honorent et étendent l'art de l'historien. De telle sorte qu'après avoir d'abord rédigé des œuvres plus amples, conformes aux documents jugés les plus certains, il ne reste plus qu'à extraire de ces ouvrages les points sommaires, exposés avec clarté et brièveté, tâche facile, à vrai dire, mais qui ne sera pas de médiocre utilité, très digne, par conséquent, d'occuper le labeur des nobles esprits.
Ce n'est pas, d'ailleurs, un nouveau champ d'étude inexploré ; même de grands hommes y o n t laissé plus d'un vestige ; car l'histoire ayant été jugée par les anciens plus accessible aux choses religieuses qu'aux profanes, l'Eglise, dès son origine, en a aimé la culture. Au début de l'ère chrétienne, à travers des tempêtes de sang, nombre d'actes et de documents historiques ont été sauvés intégralement. Aussi, à l'aurore des temps plus calmes, l'Orient et l'Occident ont vu les travaux des Eusèbe, des Socrate, des Sozomène et d'autres. Après la chute de l'empire romain, il en fut de l'histoire comme des autres arts libéraux. Elle trouva son seul refuge dans les monastères, et n'eut que les clercs pour la cultiver ; de telle sorte, assurément, que, si les cloîtres eussent négligé la rédaction des annales, pendant un long intervalle de temps, nous n ' a u r i o n s p r e s q u ' a u c u n e c o n n a i s s a n c e m ê m e des événements civils.
Parmi les modernes, il suffit d'en nommer deux qui n'ont pas été égalés : Baronius et Muratori : l'un qui, à la force du génie, à la pénétration du jugement, ajouta par surcroît une incroyable érudition ; l'autre qui, bien que souvent digne de censures en ses écrits (1), a rassemblé pour illustrer les fastes de l'Italie une masse de documents que nul n'a surpassée. A ces noms, il serait aisé d'en ajouter d'autres, aussi grands que renommés, parmi lesquels Nous sommes heureux de rappeler Angelo Mai, l'honneur et l a gloire de votre amplissime Collège.
Quant à la philosophie de l'histoire, le grand docteur de l'Eglise Augustin, le premier de tous, en a conçu et exécuté le plan. Après lui, ceux qui ont mérité d'être mentionnés ont eu le plus grand soin de prendre Augustin pour maître et pour guide, et de s'inspirer de ses écrits et de ses commentaires. Au contraire, quiconque s'est écarté des vestiges du grand homme, par toutes sortes d'erreurs, s'est éloigné du vrai, parce qu'il lui a manqué, en parcourant les évolutions et les phases des sociétés, la science des causes qui régissent l'humanité.
Si donc de la science historique l'Eglise, à toute époque, a bien mérité, à elle de mériter encore, d'autant mieux que la raison des temps lui impose cet honneur. Car, ainsi que Nous l'avons dit, puisque l'ennemi puise surtout ses traits dans l'histoire, il faut que l'Eglise combatte à armes égales, et là où plus violente est l'attaque, qu'elle redouble d'efforts pour repousser plus vaillamment l'assaut.
Dans ce dessein, Nous avons statué qu'il serait permis d'user de toutes les ressources que nos dépôts littéraires offrent au développement de la religion et des bonnes études. De même, aujourd'hui, Nous déclarons que, pour faire les œuvres historiques dont Nous avons parlé, Notre Bibliothèque vaticane fournira les matériaux opportuns. — Nous ne doutons pas, Nos chers Fils, que l'autorité de Vos charges et le renom de Vos mérites ne Vous concilient l'aide des hommes érudits, exercés dans l'art d'écrire l'histoire, à qui Vous puissiez assigner une tâche à chacun selon ses facultés, conformément à certaines règles sanctionnées de Notre autorité. Quant à ceux qui contribueront à ce but par leur zèle et leur travail, Nous leur commandons ardeur et courage, et pleine confiance en Notre singulière bienveillance.
L'œuvre, en effet, mérite Nos empressements et Notre patronage, et d'elle Nous attendons de nombreux avantages. Il faut nécessairement qu'aux arguments convaincants cède le jugement de l'opinion \ et la vérité, malgré les efforts persévérants contre elle, les brisera et triomphera ; un moment, elle peut être obscurcie, mais jamais éteinte.
Plaise à Dieu qu'en foule accourent ceux qui aiment la recherche du vrai, pour recueillir des monuments dignes de mémoire. Toute l'histoire crie qu'il y a un Dieu, modérateur, par sa Providence suprême, du mouvement varié et perpétuel des choses humaines, et qui, malgré les mortels, fait tout concourir à l'accroissement de l'Eglise; l'histoire encore proclame que, malgré les combats et les assauts violents, le Pontificat Romain est toujours resté victorieux, et que ses adversaires, déçus dans leur espérance, n'ont fait que provoquer leur perte. L'histoire, non moins évidemment, atteste ce qui a été divinement prévu dès l'origine de Rome, c'est qu'elle d o n n e r a i t a u s u c c e s s e u r d u b i e n h e u r e u x P i e r r e u n e d e m e u r e et un trône, pour gouverner d'ici, comme d'un centre, indépendant de toute puissance, l'universelle république de la Chrétienté, Nul n'a osé s'opposer à ce plan divin de la Providence, que, tôt ou tard, il n'ait senti sa vaine entreprise échouer.
Voilà ce qu'on peut voir, comme huriné sur un monument au grand jour, dans le témoignage de bientôt vingt siècles, et qu'on ne s'attende p a s à ce qu'autrement déposent les âges futurs. Aujourd'hui que prévalent les sectes conjurées des hommes ennemis de Dieu et de l'Eglise, dans la guerre livrée au Saint - Siège, il n'est hostilité qu'on n'ose contre le Pontife Romain. En quoi on prétend énerver les forces et mettre en pièces le pouvoir des Papes, et même, s'il était possible, anéantir le Pontificat. Ce qui s'est passé ici, après la prise de la Ville, ce qui se passe encore ne laisse aucun doute sur les projets des architectes et des chefs du nouvel œuvre. — Il en est peut - être plusieurs qui se sont faits c o m p l i c e s d a n s u n a u t r e but, celui de reconstituer et d'agrandir le pouvoir public. Par là s'est accru le nombre des assaillants de la Papauté, et le Pontife Romain en est venu à la misérable condition que déplorent unanimement les nations catholiques. Toutefois, ceux-ci n'auront pas meilleur succès que d'autres, *qui o n t e u m ê m e p r o j e t, même audace. En ce qui concerne les Italiens, ce violent combat livré au Saint-Siège, avec autant d'injustice que d'imprudence, est l'origine, au dedans et au dehors, de grands désastres. — Pour aliéner les esprits de la foule, on a dit que le Pontife était ennemi des intérêts italiens, accusation inique et déraisonnable, comme le démontre assez ce que nous avons rappelé. Lui, au contraire, comme il le fut de tout temps, sera dans l'avenir, pour les nations italiennes, un gage de prospérité et de salut, parce qu'il est dans sa constante et invariable nature de faire le bien et d'être universellement utile. Il n'est donc pas admissible, que des hommes soucieux de l'intérêt public privent l'Italie de ce*** grande source de bienfaits ; il n'est pas digne de patriotes italiens de taire cause commune avec ceux qui méditent uniquement la ruine de l'Eglise. Il n'est, par conséquent, ni expédient ni prudent de se mettre en conflit avec une puissance qui a pour garant de sa perpétuité Dieu même, l'histoire l'atteste,, et quine peut être religieusement vénérée des catholiques du monde entier, sans que leur intérêt soit de la défendre de toute manière, laquelle puissance enfin est telle, qu'elle est nécessairement reconnue et grandement respectée des princes préposés au gouvernement public : surtout en ces temps d'alarmes, où semblent trembler les fondements sur lesquels repose la société humaine.
Donc, à tous ceux qui ont un véritable amour de la patrie, s'ils ont la sagesse et l'intuition du vrai, il incombe de consacrer leurs méditations et leurs sollicitudes dans le but d'éliminer les causes de ce fatal conflit, et de satisfaire, par le mode qui seul convient, l'Eglise catholique dans ses justes réclamations et dans l'anxieuse revendication de ses droits.
Rien, du reste, ne Nous est plus à cœur que de voir ces considérations p é n é t r e r aussi profondément dans l'esprit des hommes Datum Romse apud S. Petrum die XVIII augusti, anno MDCGCLXXXIII ; Pontificatus Nostri anno Sexto.
LEO PP. XIII.
qu'elles sont consignées v i s i b l e m e n t d a n s les monuments historiques. A cette œuvre, Nos chers Fils, il Vous appartiendra d'apporter la diligence et l'activité la plus grande. — Afin que Votre labeur et celui de Vos auxiliaires soit plus fructueux, à Vous comme à eux tous, en gage de la protection céleste, Nous accordons avec amour la bénédiction Apostolique.
Donné à Rome près saint Pierre, le 1 8 d'août de Tan 4S93, de notre Pontificat la sixième année.
LÉON XIII, PAPE
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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