Les révélations de sainte Brigitte · Sainte Brigitte de Suède
Abrégé de la vie de sainte Brigitte, princesse de Suède
Brigitte ou Birgitte était fille de Birger, prince du sang royal de Suède, et législateur d’Upland (i) et de S igrid e, qui descendait des rois des Goths. Les deux époux étaient fo rt reconnu andables par leur piété, et avaient une dévotion singulière à la passion de Jésus-Christ. Brigitte naquit vers Tan i 3 û 2. Durant les trois premières années, elle fut privée entièrement de l ’usage de la parole, et l’ on craignait qu ’el- (1) On voit encore aujourd'hui dans la cathédrale d’Upsal, ville qui était autrefois la capitale de toute la Suède, le tombeau du père de Brigitte parmi ce ns des anciens rois et des anciens archevêques.
le ne demeurât muette toute sa vie, lorsqu’elle commença enfin à parler, non en bégayant comme les enfants, mais avec toute la facilité et aussi nettement que les personnes d’un âge mûr. Ce fait est consigné dans la bulle de sa canonisation. Elle perdit sa mère peu de temps après, et Birger la mit sous la conduite d ’une de ses tantes, dont il connaissait la vertu. L a je u n e Brigitte faisait tous les jours des progrès sensibles dans la piété. Il parut dès lors que l’esprit de Dieu avait choisi les voies extraordinaires de la vision ou de la ré vé lation pour se communiquer à elle. Elle n’avait encore que dix ans lorsque, ayant été vivement touchée d’un sermon qu’elle avait entendu sur la passion de Jésus-Christ, le Sauveur lui ap paru t en songe, la nuit suivante, dans le même état où il était sur la croix, tout couvert du sang qui coulait de ses plaies. Brigitte croyant qu’il venait d’y être tout nouvellement attaché, il lui sembla qu’ elle lui avait demandé qui l ’avait ainsi cru cifié, et que le Seigneur lui avait répondu que c ’étaient ceux qui méprisent ses préceptes, et qui sont insensibles à son amour. Depuis ce moment le souvenir de la passion de Jésus-Christ fut gravé dans sa mémoire et dans son cœur, et il fut le sujet continuel de ses méditations A l’exemple des premiers chrétiens, elle se levait souvent pendant la nuit pour vaquer avec plus de liberté à ce saint exercice.
Lorsqu’elle eut atteint l’ âge de seize ans, son père lui fit épouser U lp bon, prince de Néricie, en Suède, qui en avait dix-huit. Elle avait constamment désiré de consacrer à Dieu sa virginité ; mais elle préféra d’obéir. Elle obtint cependant la permission de passer dans la continence la première année de son mariage, et elle em p lo y a ce temps à demander à Dieu, par de ferventes prières et par des jeûnes, qu’il lui plût de bénir son mariage et de la sanctifier dans cet é ta t avec son mari et les enfants qu’il voudrait lui donner. Ils entrèren t l ’u n et 1 autre dans le tiers-ordre de S ain t-F ran çoîs, et leur m aison devint un modèle de régularité et de pénitence.
Ils eurent huit enfants, quatre garçons et quatre filles. Charles et Birger se croisèrent pour la Terre-Sainte ; Benoît et G u d m a moururent en bas âge ; Marguerite et Cécile furent mariées ; Ingeburge et Catherine embrassèrent la vie religieuse. Catherine est honorée d’un culte public. Les deux époux s’engagèrent ensuite par vœu à garder la continence le reste de leur vie, et Brigitte parvint à retirer tout-à-fait ÏJlphon de la cour, où il tenait l’un des premiers rangs. Elle fonda, de son co n sentem ent, un hôpital dans le lieu de sa demeure, et ils y allaient servir les pauvres de leurs propres mains.
Pour satisfaire leur dévotion p artiu clière à l ’apôtre saint Jacques, et se fortifier de plus en plus dans l’esprit de pénitence, les deux époux firent ensemble un pèlerinage à Compostelle. A leur retour, le prince tomba dangereusement malade à Arras. Brigitte priait sans cesse pour obtenir sa guérison, et Dieu lu i fit connaître qu’elle serait exaucée. Lorsqu’ils furent arrivés en Suède, Ulphon prit un tel dégoût du monde, qu’il voulut se retirer dans un monastère. On prétend qu’il était entré dans celui d’Alvastre, de l’ordre de Cîteaux, lorsque Dieu l’appela à lui en i - Il est nommé dans le martyrologe de Gît eaux, le 12 février.
Brigitte, devenue parfaitement libre de suivre tout son attrait pour la vie intérieure, fit le partage des biens de son mari entre ses enfants, et disposa de tout ce qui pouvait la distraire du service de Dieu. Elle prit occasion de son deuil pour changer d’habit, et s’en donner un conform e à la vie pénitente qu’elle était résolue de continuer jusqu’à sa mort. Elle fonda le célèbre monastère de VYastein, au diocèse de Lincopen, en Suède, et y admit soixante re ligieuses, qui étaient dirigées par treize prêtres réunis dans un bâtiment séparé du monastère. Elle leur donna à tous la règle de saint Augustin, à laquelle elle ajouta quelques constitutions particulières, qui fu re nt dans la suite approuvées par le Saint-Siège. Elle se retira dans ce monastère, et y donna aux religieuses l’exemple des plus rares vertus. On ne manqua pas de blâmer sa conduite dans le m onde, et surtout à la cour, et de V attribu er à une faiblesse d ’esprit j mais l’esprit de Dieuu, qui la conduisait, lui apprit à s’ élever au-dessus des jugements des hommes, et lui fit connaître les desseins qu’il avait sur elle.
Jésus-Christ lui apparut, et se plaignit de l’ingratitude des hommes qui suivaient aveuglément leurs passions, oubliaient tout ce qu’il avait fait et souffert pour sauver leurs âmes, et se livraient entièrement aux suggestions de Satan. « J’ai voulu, lui dit-il, que mon corps, qui n’a jamais contracté la moindre souillure, fût cruellement déchiré depuis le sommet de la tête jusqu'à la plante des pieds, qu’il endurât le supplice de la croix, et que tous les jours il fût encore immolé sur l’autel, afin que, touchés de plus en plus d’amour pour moi, les h om mes ne pussent perdre le souvenir de tous mes bienfaits. Mais je suis aujourd’hui en tièrem en t oublié et méprisé, comme un roi chassé de son royaume, et dont le plus méchant des voleurs occupe la place. C e v o leur, c’est le démon, qui, par de funestes suggestions et de fausses promesses, me r a v it l’âme de l’homme, que j ’ai rachetée au prix de tout mon sang : non qu’il soit plus puissant que moi, car je puis d’une seule parole faire tout ce qu’il me plaît ; mais je suis juste, et toute la cour céleste m e prie ra it en v a in de faire la moindre chose contre la justice. Or l’homme étant doué du libre arbitre, et méprisant volontairement mes commandements pour obéir au démon, il est ju ste qu’il éprouve sa tyrannie. Je l’ai créé bon, cet ange rebelle ; m ais, depuis que sa volonté, p ervertie p a r l ’o r gueil, l ’a précipité du Ciel, il est devenu comme l’instrument de m a vengeance contre les méchants. Cependant, tout méprisé que je suis par les hommes, je suis si bon et si miséricordieux que tous ceux qui s’humilient et implorent m a miséricorde reçoivent le pardon de leurs péchés, et sont aussitôt délivrés de la servitude de ce cruel ennemi. Quant aux pécheurs qui persévéreront dans leur iniquité, je les visiterai dans ma justice ; et alors, saisis de la plus grande terreur, ils s’écrieront : Malheur à nous, parce que nous avons provoqué le courroux du Dieu de toute majesté ! Pour vous, ma fille, je vous ai choisie pour épouse, afin de vous révéler mes secrets, car telle est m a volonté ; vous m’appartenez d ’une manière toute spéciale, depuis qu’après la mort de votre mari, vous vous êtes dépouillée de votre volonté pour ne faire que la mienne. Vous avez désiré et demandé de pratiquer la pauvreté pour l’amour de moi : c’est pourquoi il est juste que je récompense un si grand amour.
» Bien des personnes s’étonnent, continua le Sauveur, que je vous aie choisie pour m’entretenir avec vous de préférence à tant d’autres, dont la vie est plus sainte, et qui sont consacrés depuis long-temps à mon service; mais il m ’ a p lu d’ en agir a in si, non parce que vous êtes plus digne de cette faveur, mais parce que telle est la volonté de votre Dieu, qui donne la sagesse aux insensés et la justification a u x p é cheurs ( i). L es paroles que je vous adresse ( 1 ) lleveL • lib. a, c, j6.
étancheront la soif de ceux qui sont altérés, réchaufferont ceux qui ont froid, ren dront la p a ix à ceux qui sont troublés, et la santé aux malades ( i).
« Je suis comme un grand seigneur dont l’ennemi a tellement opprimé les enfants et fasciné leurs yeux qu’ils se glorifient de leur captivité, et ne veulent plus s’occuper de leur père ni de leur héritage. C’est pourquoi écrivez tout ce que je vous dis, et faites connaître mes paroles à mes enfants et à mes amis, afin qu’ils les répandent parmi les fidèles. Peut-être qu’ils reconnaîtront enfin leur ingratitude et ma grande p a tience à leur égard. Qu’ils sachent que je viens à leur secours, moi qui suis leur Dieu, pour leur montrer ma justice et ma charité. Mes paroles ne produiront ici tout leur effet que dans la suite des temps, après avoir atteint la plénitude de leur maturité. La multitude de crimes dont est souillé ce royaume, et qui restent impunis, s’oppose à ce qu’elles produisent en ce moment ( i) Lib. 5, c. il de grands fruits ; mais elles vont en porter ailleurs (j). Quand vous les annoncerez aux peuples de ma part, ne cherchez pas à vous procurer par ce moyen des lo u a n ges et des honneurs, et que la crainte de déplaire et d’être persécutée ne vous empêche point de les publier (■»). Croyez ferm em cn tq u e c’est moi, Jésus, qui suis né d’une vierge sans tache, ai souffert et suis mort pour le salut de tous les hommes, que c’est moi-même qui vous parle, non pour vous seulement, mais pour tous les chrétiens. Tout ce que vous entendrez de moi, dites-le à celui qtii est chargé de l’écrire, et gardez-vous bien d ’y ajo u ter un seul m ot de vous-même ( ). Il vous paraît étrange qu’étant le créateur de toutes choses, je ne m’adresse pas à un savant, ou que je ne m’exprime pas dans une langue qui puisse être entendue de tout le m onde ; mais il y a eu bien des prophètes à qui j’ai parlé, (1) Rt 'v ei Lîb. 6, c. loi.
(2) Ib., c. 12.
(5) Lib. 7, r. 27.
et qui n’ont pu faire connaître mes paroles que par des interprétés. J’ai bien des a»* mis dont je me sers pour faire connaître mes volontés ; mais il me plaît en ce moment de me servir de votre organe pour annoncer aux hommes des vérités an cien nes et nouvelles, afin que les superbes en soient humiliés et les humbles glorifiés (ï). »
Brigitte, loin de se prévaloir d ’une si grande faveur, en fut effrayée. Dieu se plaît à se communiquer aux humbles; mais une âme véritablement humble ne croit pas facilement que Dieu daigne s’en tretenir familièrement avec elle. Elle avait pour directeur de sa conscience un hom m e pieux et savant, le docteur Matthias, chanoine de l’église de Lincop eu, et pro fesseur de théologie, auteur d ’une bonne traduction de la Bible en suédois, et mort évêque de Worms. Craignant d ’être to m b ée dans l’ illusion, elle lui fit part de tout ce qui se passait en elle, décidée à se sou- (1) licvel. extravag*, c. 47 et 48.
mettre à son jugement. Par son avis, elle consulta aussi l’archevêque d ’Upsal, et trois autres évêques renommés par leur science et leur piété, dont l’un, nommé Alphonse, ancien évêque cl’lé n a, en A n dalousie, célèbre par ses vertus et sa grande capacité, accompagna dans la suite Brigitte à Rome et à Naples. Tous ces prélats décidèrent, d’un commun accord, que ces révélations venaient de l’esprit de Dieu, et qu’elle devait les recevoir avec respect et reconnaissance.
Malgré cette décision, Brigitte ne laissa pas de craindre d’être trompée; et comme elle doutait encore si c’était l’esprit de Dieu ou le démon qui lui parlait, Jésus* Christ lui apparut, lui reprocha ses per plexités, jet voulu t bien lu i exposer les motifs qui devaient la convaincre que le démon n’était pour rien dans ces communications. Après lui avoir prouvé qu’il n’y avait rien que de raisonnable et de saint dans tout ce qu’il lui avait dit et prescrit de faire, il ajouta : « Ne doutez jamais que ce ne soit mon esprit qui vous parle, lorsque Votre cœur ne désire rien autre chose que Dieu, et qu’il est tout enflammé d’amour pour lui : car il n’y a que moi qui puisse produire cet effet, et alors il est impossible au démon d’approcher de vous (l)- » Aussi était-ce presque toujours lorsqu’elle était en oraison que l’âme de Brigitte, ravie en extase et toute consumée d’amour, voyait et entendait Jésus-Christ, la Sainte-Vierge, les anges ou les saints.
Aussitôt qu’elle était sortie de cet état, elle écrivait dans sa langue maternelle tout ce qui lui avait été révélé, conformément à l’ordre qui lui en avait été donné par le Sauveur et Pierre, sous-prieur du monastère d’Alvastre, ancien religieux de Cîteaux, le traduisait en latin. Quel que fût son respect pour Brigitte, dont il connaissait mieux que personne la modestie et la simplicité, ce bon religieux ne put pendant longtemps se résoudre à lui servir d’interprète, quoique la sainte lui eût déclaré que telle était la volonté du Sei- (i)lteveL ttb. i, c. 4- gn eu r, tan t il redoutait l’illusion ! Un jour qu’il persistait opiniâtrem ent dans sa resolution, il se sentit frappé avec une telle violence qu’il en demeura comme privé de tout sentiment, sans cependant perdre connaissance. Les religieux le transportèrent dans sa cellule, où il resta comme demi-mort pendant une grande partie de la nuit. Enfin il lui vint dans la pensée que l’état où il se trouvait pouvait bien être un châtiment de son opiniâtreté à ne vou loir point traduire les révélations de sainte Brigitte, et alors il fit intérieurement cette prière : O mon Dieu, si c’est à cause de cela que j ’ai été frappé, pardonnez-moi, me voici prêt à faire tout ce que vous exigez de moi.» Et à l’instant même il fut com plètem ent gu éri. Aussitôt il se ren d it a u près de Brigitte, pour l’informer de ce qui venait de se passer, et de là résolution qu’il avait prise de lui obéir1.
Brigitte, après avoir passé deux ans dans le monastère de Wastcin, se rendit à Rome, en i, par ordre du Seigneur. Il lui commanda de demeurer dans cette ville jusqu’ à ce que le pape y v in t lui-meme, ainsi que l’empereur Charles de Bohêm e *y qu ’alors elle leur présenterait les ré vé la tions qui ont pour objet la réforme de l’Eglise. Il y avait en1 rirou qua ra n te -hu it ans que le pape avait cessé de résider à Rome. Brigitte fut accompagnée, dans le voyage, de Pierre, devenu prieur d’Alvastre, et du docteur Matthias, auxquels elle obéissait comme un enfant, s’étant fait une règle de ne jamais faire sa volonté. Sa fille Catherine l’y su ivit cinq ans après. Ce ne fut que quinze ans après son arrivée dans la capitale du m onde chrétien que le pape Urbain Y v in t enfin y fixer sa résidence. L’empereur Charles IV y arriva l’année suivante i
Brigitte vivait à Rome dans la plus grande retraite. Elle ne sortait que pour aller visiter les églises, ou servir les malades dans les hôpitaux. Elle portait un rude cilice, jeûnait tous les vendredis au pain et à l’eau, et n’accordait de repos à son corps que dans l’accablement du sommeil, qu’elle prenait sur un tapis étendu sur le carreau au bas de son lit. Du reste, elle était aussi douce envers les autres qu’elle était sévère envers elle-même. Jamais on ne l’entendit se plaindre de ceux qui la persécutaient. Elle aim ait ta ut les pauvres, que chaque jour elle en nourrissait douze chez elle et les servait à table. Le jeudi elle leur lavait les pieds pour honorer l’humilité du Sauveur, et raccom m odait ellemême leurs habits. Quoi qu’elle fît pour se dérober aux yeux du public, l ’éclat de ses vertus et surtout ses grandes charités la firent bientôt connaître, ce qui l’affligeait beaucoup.
Mais rien n ’alarm a tant cette humble servante de Dieu que les communications intimes qu ’ elle avait avec Dieu : car elle ne se croyait pas même digne du simple don de la fo i, à plus forte raison de ces faveurs extraordinaires qui ne sont accordées qu ’à des âmes d ’une éminente sainteté. Qu’on juge combien il lui fut pénible d’en donner connaissance aux papes, aux évêques, aux empereurs et rois, et au x personnes les plus distinguées dans l’Eglise et dans l ’em p ire. Elle s’en plaignit plusieurs fois à son divin époux. « O mon Seigneur, lui disait-elle, pourquoi daignez-vous vous entretenir avec moi, qui ne suis qu’une chétive veuve, si pauvre en bonnes œuvres si faible d’esprit et accablée sous le poids de ses péchés ? O roi de gloire, qui donnez aux hommes la sagesse, et formez toutes les vertus dans leurs cœurs, comment se fait-il que vous ayez choisi une aussi grande pécheresse que je suis pour faire connaître au x hom m es vos divines volontés ? Car que suis-je, au fond, de plus qu’un stupide animal privé de toute espèce de vertus, et ne faisant rien pour me corriger de mes défauts ? » La sainte Vierge lui ayant fait un jour cette question : c Q u e disent dans votre royaume les femmes orgueilleuses ? » elle lui répondit : « Je suis moi-même une de ces femmes superbes ; c’est pourquoi j ’ ai honte de paraître devant vous. »
La réputation de Brigitte s’ étant rép an due au loin, plusieurs personne» considérables par le rang qu’elles tenaient dans l’Eglise lui écrivirent pour lui demander des conseils. Nous en citerons un exemple, pour donner une nouvelle preuve de l’h u m ilité de cette sainte v eu ve. L ’é v è q u e, qui gouvernait alors la marche d’Ancône pour le Saint-Siège, se voyait avec peine trop éloigné de son diocèse pour pouvoir rem p lir convenablem ent les devoirs d’un pasteur envers ses ouailles. Il dem anda à Brigitte s’il pouvait en conscience conserver la charge qui lui avait été confiée. « Mon seigneur et révérend Père, lui répondit la sainte, vous avez bien voulu vous adresser à une certaine femme inconnue, afin qu’elle priât Dieu pour vous. Je dois vous d ire, eu toute vérité et selon m a conscience, qu ’une pécheresse, hélas ! aussi grande que je le suis, est incapable de vous rendre le service que vous lui demandez. Cependant, comme vous désirez de recevoir de moi quelques avis spirituels pour la conduite de votre âme, le Seigneur, oubliant mes péchés, et ne considérant que votre foi et votre humilité, a bien voulu satisfaire lui-même vos désirs. » Après lui avoir fait p a rt de la réponse de Jésus-C lir is t, qui est fort sévère contre les p ré lats qui n ’ont point de zèle et ne résident point dans leur diocèse, elle ajouta : « Pardonnez, Monseigneur, à une femme ignorante et pécheresse, de vous écrire ces choses. Je prie notre véritable et bon Pasteur, qui a daigné donner sa vie pour ses ouailles, qu’il vous remplisse de la grâce du Saint-Esprit, afin que vous puissiez gouverner dignement celles qu’il vous a co n fiées, et que vous fassiez sa très sainte et glorieuse volonté jusqu’à la mort. »
La sainte veuve fit plusieurs pèlerinages de dévotion en Toscane, dans le royaume de Naples, et jusque dans la Palestine, où elle alla visiter les lieux consacrés par la naissance, les miracles et la mort du fils de Dieu. Ce fut à Jérusalem que le S a u v e u r lui prédit la ruine prochaine du royaume de Chypre, si les habitants du pays, plongés la plupart dans la débauche, ne se convertissaient à lui par une prom pte et sincère pénitence. En retournant à Rome, elle s’arrêta dans cette île, et v it, ù. Fam agouste, le jeune roi et la reine-m ère. Elle le r fit part, ainsi qu’aux grands du royaume, de la révélation qui les concernait fi ). Quelques années après la mort de Brigitte, ce royaume fut entièrement bouleversé, comme l’attestent plusieurs historiens, et entre autres Nicolas Sanderus, qui fait remarquer l’exact accomplissement de la prophétie de la sainte (2).
Etant arrivée à Naples, la reine et l’archevêque Bernard l’engagèrent à prier pour les habitants de la v ille. Jésus-Christ lu i fit connaître les crimes énormes qui s’y commettaient, la terrible vengeance que le Sauveur devait tirer des coupables s’ils (1) R eref.,}ib. 7, c. 19.
(2) Quam revelatiouem vere divinam exlilisse ex eo «ciiuiifi quod ita res futuras p ræ d m t, ut cas evenisse tune vide mas; nam sancta B n g illa rnullis a uni* prius morlua est quam tôt a G ræ cornin respublica penilus delerctnr (Demonarchia risibdi Eccledœ, lil>. 6, u° i o 4 *>). Yoy. aussi Y Histoire de C hypre, par Garnier.
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ne changeaient de conduite, et les moyens qu ’ils devaient prendre pour rentrer en grâce avec lui. Cette révélation fut remise à l’archevêque, qui l’examina avec trois professeurs en théologie et deux docteurs en droit canon. Ils l’approuvèrent unanimement, comme inspirée par le Saint-Esprit, et elle fut lue, par ordre de l’archevêque et de la reine, dans la cathédrale, à tout le peuple assemblé (i ).
Ce fut pendant ce voyage dans le ro ya u me de Naples que Brigitte guérit m ira cu leusem ent un des prélats qui l’accompagnaient. L ’évêque de Wexsio, en Suède (2), était peu éloigné d'elle lorsqu’ elle descendait le m ont Gargau pour se rendre àMafredonia, ville de la Pouille. Il tomba si rudem ent de cheval qu’il se rompit deux (1) Epi«t. ad regps pro dcfensionc revelationum S. BrigiUæ, ab Àlphotiso, episcopo Gien- 11 en si, cap. 6.
(a) Vçxsio est une ville de la province de Smalande» dont Calmar est la capitale.
côtes. Comme la sainte se proposait de partir le lendemain pour Bary, l’évêque malade la fit prier de se rendre auprès de lui, et lui dit : ce II me serait très pénible, Madame, de rester ici pendant votre absence ou de vous y retenir jusqu’à ce que je pusse vous suivre, exposée surtout co m me vous l’êtes dans ce pays aux incursions des voleurs ; mais je vous supplie, par l’a m our que Jésus-Christ a pour nous, de prier Dieu pour moi, et de toucher le côté de mon corps où je souffre de grandes douleurs, car j’ai la ferm e confiance que vous pourrez me guérir. » Brigitte, touchée de compassion et fondant en la rm es, lui dit : « N’attendez pas cela de moi, Monseigneur, car je ne suis devant Dieu qu ’une misérable pécheresse $ mais implorons tous la bonté du Seigneur, et il accordera à votre foi ce que vous désirez. » Ils se m irent donc tous en prières. Brigitte se leva ensuite, et, touchant le côté malade de l’ évêque, elle lui d it : « Que le Seigneur Jésus vous guérisse!» Dès qu’ elle eut prononcé ces paroles, les douleurs cessèrent entièrement, et l’é v ê que continua de l’accompagner jusqu’à son retour à Rome (1).
Les papes Clément V I, Urbain V et Grégoire XI, reçurent des avertissements très sévères par l’organe de la sainte veu ve (?.). Urbain, durant son séjour à Rome, n’eut pas assez d’ énergie pour résister aux instances de ses amis qui le pressaient de retourner à A vignon. La Sainte-Vierge apparut à Brigitte, et la chargea d’exhorter le pape à rester dans la capitale de ses états, et de lui faire savoir que, s’il persistait à retourner à Avignon, il mourrait bientôt (, : ce qui arriva en effet environ trois mois après son départ d ’Italie. P latina dit qu’il mourut en route, étant à M arseille. Quant à Grégoire XI, elle l’engagea plusieurs fois de la part du Sauveur à retourner à Rome ; et quoiqu’il n’y eût pas d’apparence qu’il se déterminât jamais (ïj Keveî., l’ï).. c. 12.
(a) Rcrel., lib. 6, c. ; lib. *S8r l g et 142-
( ) fievel, ib. 4» c*.
à quitter sa patrie, Jésus-Christ prédit à Brigitte qu’il viendrait certainement à Rome (i) • et il y vint en effet au mois de janvier 1 8 7 7, plus de trois ans après la mort de la sainte.
Il est très remarquable que, Brigitte ayant reçu une nouvelle révélation pour presser Grégoire XI de se rendre en Italie au plus tard au mois d ’avril *3 72, elle chargea le comte de Noie de se rendre auprès du pape avec deux exemplaires de cette ré vé la tion, de lui en remettre un plié et cacheté, et de lui donner lecture de l’autre, qu ’il déchirerait ensuite par morceaux, en disant au souverain pontife : « De même que cette lettre, qui ne formait qu’une seule pièce, est maintenant divisée en plusieurs morceaux, ainsi les terres de l’ E glise, qui sont aujourd’hui sous votre d o m ination, seront partagées par ses ennemis, si vous 11e vous rendez à Rome à l ’époque que je viens de vous fixer ; et alors tous les efforts que vous ferez pour (1) RevciM lib. 4 » c. i38.
les ranger sous votre obéissance seront inutiles t ï). » Tous les historiens du temps attestent qu’une partie de l’ État ecclésiastique se révolta avant le retour de G ré goire XI à Rome, et que l'autre fut occupée par des seigneurs qui en usurpèrent le domaine à la faveur des troubles qui désolaient l’Italie.
Les factions des G uelphes et des Gibelins déchiraient depuis long-temps la ville de Rome. Grégoire XI se croyait plus en sûreté en France, où il trouvait d’ailleurs plus de moyens d’accélérer l’ expédition de la croisade. C’est pourquoi la Sainte-Vierge lu i lit dire par Brigitte : « Je fais également savoir au pape que la paix ne sera jam ais assez bien établie en France po ir qu e ses habitants puissent y vivre dans une parfaite sécurité. Il faut aupai avant que le le pe pie de ce royaume apaise par de grandes œuvres de piété et d ’ humilité l’in dignation et le courroux de leur Dieu, mon fils, qu’ils ont provoqués par un si grand nombre de péchés j qu’il sache aussi que le projet de pèlerinage au S a in t-S é pu lcre, formé par des sociétés d’hommes sans piété, n’est pas plus agréable à mon fils que l’ or donné par le peuple d’Israël pour en former, à l’instigation du démon, l’idole du veau d ’or : car c’est bien moins pour l’am our et l’honneur de Dieu qu ’ils entreprennent ce voyage que pour satisfaire leur orgueil et leur cupidité ' i ). »
Les Romains n’avaient pas moins p ro voqué la colère de Dieu par toute sorte d ’excès j mais ils ne reçurent pas a ve c au tant de docilité que les habitants de Naples les sages et ferm es remontrances que leu r fit Brigitte, par ordre du Seigneur, avant l’arrivée d’ Urbain V. Les uns la menacèrent de la brûler toute vive \ les autres la traitaient de pythonisse et d’hérétique. La sainte v eu ve souffrait avec patience tous ces opprobres ; mais elle craignit enfin que sa famille, et plusieurs de ses amis qui demeuraient aussi à Rome, ne fussent scam ( t ) f ie veL, lib. 5, c. 140.
dalisés de tant d’invectives et effrayés de toutes ces menaces : elle songeait donc à s’absenter pendant quelque temps ; mais elle voulut auparavant consulter le Seigneur, qui lui répondit en ces termes : « Quand je suis avec vous, vous ne devez craindre qui que ce soit. Je saurai bien, par la puissance de mon bras, mettre un frein à la malice de vos ennemis, et ils ne pourront vous nuire en aucune manière (2). 9
Brigitte fut souvent, mais surtout dans les dernières années de sa vie, attaquée de diverses maladies, qu’elle souffrit avec une patience et une résignation admirables. Durant celle qui devait la conduire au tombeau, elle fut privée des consolations divines qui l’avaient jusque alors soutenue dans sa pénible carrière. Enfin Jésus-Christ lui apparut et lui dit : a J’ ai agi à votre égard comme un époux qui se dérobe pendant quelque temps à la vue de son épouse, afin de se faire désirer avec {1) Revel. extrav., c. 8.
plus d’ ardeur. » Il la combla de nouvelles grâces, et lui prédit qu’elle lui serait réunie dans le ciel le matin du cinquième jour après qu ’elle au rait reçu les derniers sacrements, et que son corps serait porté dans son monastère en Suède. Il lui ordonna ensuite de remettre le voltim e qui contenait toutes ses révélations à Alphonse, ancien évêque de Jéna, qu’il remplirait de son esprit, afin qu’ il en fit un usage convenable. « Un temps viendra, ajouta le Sauveur, que tout ce que je vous ai dit sera accompli. J’ ai été contraint de refuser ma grâce à plusieurs de ceux qui en pourraient profiter aujourd’hui, à cause de leur ingratitude envers moi ; mais il en viendra d ’autres, après eux, qui l’obtiendront (i). »
La sainte veuve conserva jusqu’au dernier moment sa parfaite connaissance. Jésus-Christ lui apparut de nouveau au point du jour qu’il lui avait prédit être celui de sa mort, et remplit son âme de consolation. Brigitte, après avoir reçu de (1) Revel., lib. 7, c. 5i.
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Nouveau le Saint-Viatique avec de grands sentiments de foi et de ferveur, expira tranquillement après avoir prononcé ces paroles : « Mon Dieu, je remets mon âme entre vos mains. » Elle mourut à Rome, le juillet 1873, âgée de plus de soixante-treize ans. Un an après sa mort, son corps fut levé de terre et transporté en Suède.
Dès qu’elle eut rendu le dernier soupir, le bruit s’en répandit par toute la ville, et le peuple se rendit en foule dans la maison où elle était décédée, pour y vénérer le corps de la sainte veuve, en louant et glorifiant Dieu d ’une voix unanime. Ce sont les expressions de la bulle de sa canonisation. Elle nous apprend aussi que le concours du peuple fut si prodigieux dans l’église des religieuses de Sainte-Claire, où son corps était déposé, qu’il fut, pendant deux jours, impossible d’ achever la cérémonie de ses funérailles. La même bulle rapporte deux m iracles notables opérés dans la v ille de R oine, par l’intercession de sainte Brigitte, avant sa sépulture. Le pape y ajoute un grand nombre de guérisons m iraculeuses. « L e Dieu tout-puissant, y dit—il, a, par les mérites de cette sainte veuve, fait entendre les sourds, fait parler les muets, redressé les boiteux, rendu la vue aux aveugles, fait marcher les paralytiques et autres privés de l’ usage de leurs membres, procuré une heureuse délivrance aux femmes en couches et en danger de mort, guéri des maladies in cu rables, etc. ( i). »
Quant au livre des révélations, le souverain pontife s’exprime à cet égard dans les termes suivants : « Cette généreuse veuve fut trouvée digne de recevoir du Saint-Esprit la grâce de manifester à plusieurs per- (i) Sed qnîd plcmbns imniornmur? Quum Deus omnipolens, bu jus almæ viduæ mm tis, surdis auresaperuerü, miitîs linguæ olïïciurn solverit. Ire mu lis paralyticis solidilatem præ buerit, cnrvîs ereclinnem, contraclis et iiivaUdis liberum benoficititn gradiendi, cæcis visu m, mulieribus partu pcriclitantibus liberadonem, morbis mourabilibus sauilatem, «le. ( B j I). canon, a pap. B onifac, IX* } sonnes leurs pensées, leurs affections et leurs actions les plus secrètes, comme aussi d ’avoir diverses visions et révélations, et d ’être douée de l’esprit de prophétie, qui lui a fait prédire bien des événements, dont quelques uns sont déjà accomplis, com me on peut le voir fort au long dans le livre de ses révélations (i). » Enfin le pape déclare que la multitude de ses occupations, dans les circonstances où se trouvait l’Eglise, ne lui perm ettait pas de rapporter tous les miracles opérés par la sainte pendant sa vie et après sa mort, mais que les fidèles pouvaient satisfaire leur pieuse curiosité à cet égard en lisant (i) Hæc genero«a vidua, per gratiam Sancti. Spiritus, promeruit mullis cogitatîones, et affecliones intimas, et gesta secretissima propal are, visiones ac varias revelaliones videre et audire, ac spiritu prophetiro multa prædicere quorum nonuulla jam compléta fuere, pconl hæc et alla in ejus révélaiionum volomine plenissime describunliir. (lu prologo cardtnalis de Turre-Cremata, in defensorium super Révélât. »» Br., c..) le livre qui en a été com posé, et où ils sont fidèlement rapportés.
On lit dans le rapport fait au concile de Bâle sur les révélations de sainte Brigitte, par le cardinal de Turre-Cremata, alors professeur de théologie et maître du sacré p a la is, qu’elles furent présentées au pape Grégoire XI, la seconde année après la mort de la sainte, par sa fille Catherine de Suède, Pierre, alors prieur du monastère d ’A lu 'astre, et P. O la iis, con fesseur de sainte Brigitte \ que le souverain pontife les fit aussitôt examiner par plusieurs savants cardinaux, auxquels il adjoignit le docteur M artin de S a lv a, a r chevêque de Pampelune, le maître du sacré palais, et le docteur Jean d ’Espagne, qui, le premier, proposa dans un consistoire général, devant le pape, le collège des cardinaux et tout le clergé de la cour romaine, la canonisation de sainte Brigitte. Le volume qui contenait toutes ses révélations fut exam iné avec le plus grand soin dans plusieurs conférences, et fut a p p ro u vé en son entier* La mort de Grégoire X I mit fin à cette procédure, et, suivant l’usage de la cour romaine, le nouveau pape Urbain VI ordonna qu’ on en commençât une nouvelle. Il nomma donc cinq autres cardinaux, deux évêques et plusieurs savants professeurs de théologie, pour examiner ce même ouvrage. Les commissaires firent ensuite leur rapport au pape, qui « approuva les révélations, ainsi que l’avait fait son prédécesseur Gré goire XI, comme étant authentiques, pleines de v é r ité, et véritablement inculquées par l’esprit de Dieu, de sorte qu’on doit les considérer à perpétuité dans la sainte Eglise de Dieu avec respect et d é v o tion, com me renfermant une doctrine très pure et utile aux fidèles qui les liront ou les entendront lire ( i). n
(î)Tterum a!> ipso Urbauo sicut a Gregorio prædecessore uostro comportas sunl esse aullienticæ atquc verilale plenæ, et a Dei spïritu veraciter edoeïæ, neenon ad ulilitaLem legenlîam sea audientium, pro saluberrîuio fidelium dogmale Enfin le pape Boniface IX, successeur d ’U rbain VI, canonisa la sainte en » 3 gT 7 d ix -hu it ans après sa bienheureuse mort.
Quelques années après, le clergé et la noblesse de Suède députèrent au concile général de Constance des personnes graves, témoins oculaires d’un grand nombre de miracles opérés en Suède par l’intercession de la sainte, afin d’y faire confirmer sa canonisation. Le conc ile, après un mur exam en de la cause, déclara, le i er fév rie ri 4 i 5, que la bienheureuse Brigitte avait mérité d’être mise au nombre des saints. Martin V confirma de nouveau, en 1 4 1 9, à la sollicitation d’Éric, roi de Suède, la canonisation de la servante de Dieu. Le pape ra p p o r te, dans sa bulle, tout ce qui avait été fait p ar ordre de ses prédécesseurs Grégoire XI et U rbain VI, pour constater sa sainteté, et les miracles opérés p ar son intercession, et enfin la sancta ecclesia Dei, in perpetuum cura devotione et revcrentia sUidiosissime observaud®» (Ibid. ic. 1.)
décret de Boniface IX, où il déclare que la vénérable Brigitte est sainte, et doit être honorée comme sainte dans toute l’É glise, et que sa fête doit être célébrée chaque année daus to ut le m onde catholique le dixième jour des calendes du mois d ’août. Martin V cite ensuite la bulle de canonisation de Boniface, l'approuve, et la confirme en son entier.
On conçoit facilement l'intérêt et P imp ortan ce que donnaient aux révélations de sainte Brigitte tan t d ’augustes témoignages. On chercha donc partout à se les p ro cu rer. Plusieurs souverains, entre autres l'empereur d’Allemagne, le roi de F r a n ce, la reine de Castille et d'autres princes, envoyèrent des députés à Rome pour s’y en procurer des copies exactes, et ils les obtinrent. Ces copies se multiplièrent en peu de temps, et il s’y glissa un grand nombre de fautes. E n ï 435 * quelques Pères du concile de Baie présentèrent certains articles extraits de ces révélations, qu'ils jugèrent susceptibles de censure. Jean de Turre-Cremata, maître du sacré p a lais, fut chargé de les examiner avec quelques autres savants théologiens. Dans le rapport qu ’il en fit au concile, il prouve d’abord fort au long que les révélations de sainte Brigitte ont tous les caractères qui, au jugement des saints Pères et de tous les théologiens, doivent distinguer les vraies révélations d ’avec les illusions du démon ou celles de l’imagination. C ’est le sujet des cinq premiers chapitres de son rapport, que nous avons tout entier. Il y soutient en suite que, des cent vingt-trois articles qui avaient paru sujets à la censure, les uns ne se trouvent pas dans la collection a u thentique des révélations, les autres ne sont que des extraits tronqués et qu’en général ces articles, loin d etre opposés en aucune manière à la doctrine des Saintes-Ecritures, à l’enseignement des Pères de l’Eglise et au sentiment commun des théologiens, y sont au contraire parfaitement conformes en les interprétant b én ign em enl • qu’on peut par conséquent les lire dans la sainte Eglise de Dieu, comme on lit les ouvrages de plusieurs autres docteurs et les histoires des saints. Le concile approuva donc les révélations de sainte Brigitte com me très utiles pour P iiislru ction des fidèles.
Ce fut Alphonse, ancien évêque de Jéna, qui partagea le volume des révélations en huit livres, auxquels Je vénérable Pierre, prieur d’Alvastre, qui les avait reçues de la sainte et les avait traduites en latin, ajouta quelques autres omises p ar A lp h o n se. Ces dernières sont placées à la suite des huit livres, sous le titre de Rèi Hâtions e.rtra~ vaoantts, par allusion aux décrétales pu bliées après les Clémentines; elles furent présentées comme les autres au pape G ré goire XI, par le prieur d’Alvastre et la bienheureuse Catherine, fille de sainte Brigitte, et déclarées authentiques par ce pontife et ses successeurs.
Le recueil complet des révélations de sainte Brigitte a été imprimé pour la première fois à Lubeck en r 4 f)2 * ^ ^ en " suite à Nuremberg en i 5 ai, à Rome en 16 2 1, i 55 ti, 1606 et 1608. Ces deux dernières éditions furent publiées par Gonsalve Durant, docteur et professeur de théologie, qui les a enrichies de notes savantes, a corrigé, sur d ’anciens manuscrits, près de mille fautes qui s'étaient glissées dans les anciennes éditions, et expliqué avec une grande sagacité tous les textes qui paraissaient obscurs ou peu orthodoxes. Ces éditions parurent avec l’approbation du pape Paul Y, donnée à Rome le 24 juillet 1606- Les notes du docteur Durant avaient été approuvées au mois de décem b re de l ’année précédente, par le maître du sacré palais. C ’est de cette édition, réimprimée à Cologne en 1628, que nous nous sommes servi dans le présent o u v rag e, sans nous astreindre toutefois à la même division des chapitres.
Révélations de sainte Brigitte, PRINCESSE DES LÈDE.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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