Le mémorial de la vie ecclésiastique · Saint Jean Eudes
Deuxième partie : Mémorial des devoirs de l'État ecclésiastique
Mémorial des devoirs de l'État ecclésiastique.
Comme il n'y a point de personnes au monde qui, après la très sainte Vierge Mère de Dieu, aient plus reçu de grâces et de faveurs de la divine libéralité, que les ecclésiastiques, ainsi qu'il est aisé de le voir par toutes les choses qui ont été dites ci-dessus: aussi il n'y en a point qui soient obligés à une plus grande perfection et sainteté de vie, et à rendre à Dieu plus de service et d'honneur, spécialement s'il nous a appelés à la conduite des âmes dans son Église.
C'est pourquoi il est très important et très nécessaire de considérer souvent et sérieusement devant Dieu la dignité et excellence de notre vocation, les obligations et devoirs qui la suivent, et la manière de nous en acquitter dignement.
À cette fin, il est bon d'avoir entre les mains un mémorial et abrégé de ces choses, dans lequel, nous les puissions lire et relire souvent, afin de les graver profondément dans nos coeurs, et de les exprimer en notre vie et en nos moeurs.
En voici un que j'ai dressé à cette intention, et dans lequel j'ai réduit les principaux devoirs de l'état ecclésiastique à trente-quatre chefs, par honneur aux trente-quatre années de la vie sainte et divine du grand Pasteur des âmes, et du souverain Prêtre Jésus-Christ Notre-Seigneur, laquelle est l'exemple et la règle de la vie de tous les pasteurs et de tous les prêtres.
Si donc nous désirons suivre une règle si aimable, si douce et si parfaite, nous devons:
Établir dans nos coeurs un grand dessein et une profonde et véritable résolution de vivre de telle sorte, intérieurement et extérieurement, que notre vie soit irrépréhensible, selon ces paroles du Saint-Esprit, qui s'entendent du prêtre aussi bien que de l'évêque: Oportet episcopum irreprehensibilem esse 181 : et qu'elle soit un Évangile vivant, une prédication continuelle, et une règle parfaite de la vie et des moeurs de ceux que nous avons à gouverner.
Faire une haute et généreuse profession de nous conduire en tout et partout selon les maximes de la foi et de l'Évangile, et à cette fin, les lire et étudier soigneusement. Car pourquoi est-ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ les a apportées du ciel, pourquoi les a-t-il enseignées, et pourquoi les a-t-il laissées par écrit dans son Évangile, sinon afin qu'elles soient suivies ? Et qui est-ce qui les suivra, si les prêtres ne le font pas, eux qui les doivent enseigner et prêcher aux autres chrétiens? Et comment les prêcheront-ils et les suivront-ils, s'ils ne prennent pas la peine de les lire là où elles sont, spécialement dans les chapitres 5e, 6e, 7e de saint Matthieu ?
Faire état de n'être point du monde et de renoncer entièrement à ses maximes, à son esprit et à toutes les choses qui y sont. Car si les vrais chrétiens ne sont point de ce monde, comme Jésus-Christ, leur chef et leur père, n'en est point, selon ces siennes paroles: De mundo non 181 __I Tim. III, 2.__ sunt, sicut et ego non sum de mundo 182 ; combien moins les prêtres en doivent-ils être? Et si le Saint-Esprit défend à tous les fidèles d'aimer les choses qui sont dans le monde, et leur commande de le haïr sous peine d'être l'objet de la haine de Dieu, en ces termes: Nolite diligere mundum, neque ea qua in mundo sunt. Si quis diligit mundum, non est charitas Patris in eo 183 ; combien davantage fait-il cette défense et ce commandement aux prêtres ?
Graver dans notre coeur ces paroles de saint Paul et les suivre fidèlement: Nolite conformari huic saeculo 184 ; et pour cet effet renoncer, autant qu'il est possible, à toutes les modes du monde, soit en nos habits ou en d'autres choses; car cela fait un grand tort à la dignité et à la grandeur de l'état ecclésiastique, lorsque les prêtres qui sont le sel, c'est-à-dire la sagesse et les sages de la terre, suivent le monde qui est un fou, et se conforment à sa folie, qui paraît spécialement dans la légèreté et dans le changement perpétuel de ses modes; car stultus ut luna mutatur 185.
Fuir la conversation familière des laïques, spécialement des enfants du siècle, c'est-à-dire de ceux qui se conduisent par l'esprit et par les maximes du monde, surtout des femmes, si ce n'est par nécessité et par charité, et alors ne leur parler point seul, mais toujours à la vue et à la présence de quelques autres personnes; et soit que l'on converse avec des femmes, ou avec d'autres, parler toujours le langage de notre Père, selon cet enseignement du Saint-Esprit: Si quis loquitur, quasi sermones Dei 186, c'est-à-dire, leur donner toujours quelque bonne instruction en leur parlant des choses de Dieu et de leur salut, afin que, par ce moyen, Christi bonus odor simus in omni loco: providentes bona, non tantum coram Deo, sed etiam coram omnibus hominibus, ut is qui ex adverso est vereatur, nihil habens malum dicere de nobis 187.
Porter toujours la tonsure et l'habit clérical, qui est l'ornement et la gloire d'un ecclésiastique; mais de telle sorte que, d'un côté toute superfluité et vanité en soit retranchée, et qu'il n'y ait rien qui ressente le luxe et la folie des modes du monde; et que d'autre part la propreté et netteté y soit gardée, en sorte qu'on ne voie rien en notre extérieur qui puisse offenser les yeux de personne, mais qu'il soit composé de telle façon que tout ce qui est en nous prêche l'humilité, la simplicité, la modestie et l'honnêteté.
Ne donner aucune entrée dans notre coeur à l'esprit d'avarice; mais, afin de lui en fermer entièrement la porte, y graver profondément ces paroles du Saint-Esprit: Sint mores sine avaritia, contenti praesentibus. Ipse enim dixit: non te deseram neque derelinquam 188. Nam qui volunt divites 182 __Joan. XVII, 14. __ 183 __I Joan. II, 15.__
__Rom. XII, 2.__ 185 __ Eccl. XXVII. 12,__ 186 __ I Petr. IV, 11.__ 187 __II Cor. II, 15; Rom, XII,17; Tit. II, 8__ 188 __ Hebr. XIII, 5.__ fieri, incidunt in tentationem et in laqueum diaboli, et desideria multa inutilia et nociva, quae mergunt homines in interitum et perditionem. Radix enim omnium malorum est cupiditas.... Tu autem, o homo Dei, haec fuge, sectare vero justitiam, pietatem, fidem, charitatem, patientiam, mansuetudinem 189.
Nous souvenir aussi que, lorsque nous sommes entrés dans l'état de la cléricature, nous avons fait profession, par ces paroles: Dominus pars haereditatis meae 190, de ne vouloir point d'autre partage, ni d'autre héritage que Jésus-Christ Notre-Seigneur, et par conséquent que c'est l'unique trésor qui doit posséder notre coeur, et que nous ne devons point chercher ni désirer d'autre héritage en la terre; et de là vient que les Saints Pères nous déclarent que le prêtre qui thésaurise des biens de l'Église, ou qui en fait des acquêts, ou qui en élève ou enrichit ses parents, sera condamné devant Dieu comme coupable d'un larcin et d'un sacrilège: Furtum est, dit saint Bernard, rapina, sacrilegium 191.
Avoir en horreur l'esprit des Pharisiens, c'est-à-dire, l'esprit d'ambition et de vanité, qui aime le point d'honneur, qui dit et ne fait pas, qui recherche l'estime et la gloire des hommes, et qui fait ses actions pour paraître, et pour attirer sur soi les yeux et les louanges d'un chacun, ne craignant point les effroyables anathèmes que Notre-Seigneur a fulminés contre les superbes Pharisiens, et celui qui est marqué en ces siennes paroles: Vae cum benedixerint vobis homines; secundum haec enim faciebant pseudoprophetis patres eorum 192 : «Malheur à vous, quand les hommes vous béniront et vous loueront, car c'est ainsi qu'ils faisaient aux faux-prophètes. » Pour se garantir de cette peste, considérer et tâcher d'accomplir ces paroles du Saint-Esprit: Humilia te in omnibus, et coram Deo invenies gratiam, quoniam ab humilibus honoratur 193 ; et celles-ci du Fils de Dieu: Recumbe in novissimo loco 194. Discite a me, quia mitis sum et humilis corde 195.
Craindre que l'arrêt qui a été prononcé contre le serviteur inutile, en ces termes: Et inutilem servum ejicite in tenebras exteriores 196, ne soit fulminé contre nous: Et afin que cela ne soit pas, fuir l'oisiveté comme une peste et comme la mère de tous les vices. Et pour n'y tomber pas, régler et occuper notre temps par la prière, par l'étude, par les exercices de charité, ou par quelque honnête occupation; et considérer qu'il n'y a point de gens qui soient si obligés de bien employer leur temps comme les prêtres, parce qu'ils sont chargés des affaires les plus importantes de la terre et du ciel, qui sont les affaires de la gloire de Dieu et du salut des âmes.
189 __ I Tim. VI, 9.__ 190 __ 4 Psal. XV, 5.__ 191 __ Epist. ad Falconem.__ 192 __ Luc. VI,26.__ 193 __ Eccli.III,20.__ 194 __ Luc. XIV, 10.__ 195 __ Matth. XI,29__ 196 __ Matth. XXV, 30.__
Détester l'intempérance au boire et au manger, et en fuir soigneusement toutes les occasions; car c'est un vice de bête et de pourceau, et qui par conséquent est extrêmement contraire à la sainteté et à la dignité d'un prêtre, qui doit être un ange visible sur la terre
Abhorrer l'impureté, et éviter avec une très grande diligence les lieux, les personnes et toutes les choses qui portent le moindre péril ou la plus petite ombre de ce vice abominable. Car qu'y a-t-il de plus nécessaire et de plus convenable à une personne consacrée à Dieu, qui est tous les jours dans les saints lieux, proche des sacrés autels, en des fonctions angéliques et parmi les mystères divins, que la pureté d'esprit et de corps ? Et qu'y a-t-il de plus horrible qu'un prêtre impudique ? C'est un monstre effroyable, c'est un Judas, c'est un Antéchrist.
Considérer ces paroles de S. Paul: Si quis suorum et maxime domesticorum curam non habet, fidem negavit, et est infideli deterior 197. Et afin de n'être pas condamnés de Dieu, comme des apostats qui ont renié la foi, établir un si bon ordre parmi nos domestiques et dans notre famille, qu'elle soit un exemplaire de vertu, de modestie, de charité et de piété à toutes les autres familles chrétiennes.
Veiller continuellement sur les besoins et nécessités de notre troupeau, pour y pourvoir autant qu'il nous sera possible, nous souvenant que la seule négligence, en ce qui est d'une chose de si grande importance, nous rend criminels devant Dieu, qu'il nous demandera un compte très rigoureux de toutes les âmes qu'il nous a commises: Sanguinem earum de manu vestra requiram 1 9 8 ; et qu'il nous condamnera comme meurtriers de celles qui périront par notre lâcheté, selon ces terribles paroles de saint Grégoire le Grand: Tot occidimus, quot ad mortem ire tepidi et tacentes videmus 199.
Remédier à tous les maux auxquels nous pouvons apporter remède; procurer tous les biens que nous pouvons procurer; empêcher et détruire, autant que nous pouvons, par nos prières devant Dieu, par notre exemple, par la vertu de la parole de Dieu, en public et en particulier, en faisant ce que saint Paul nous dit en ces termes: Praedica verbum, insta opportune, importune: argue, obsecra, increpa 200, et par tous les autres moyens possibles et convenables, tous les scandales, désordres et mauvaises coutumes; les blasphèmes, les jurements, les imprécations, les injures, les injustices, les concussions et les oppressions des pauvres; les pompes de Satan et tout l'attirail de la charnalité, à savoir: les bals, les danses, les comédies, les livres et les tableaux lascifs, les gorges découvertes et autres vanités et pompes diaboliques des femmes mondaines; le luxe et l'excès des habits, des meubles, des festins, des serviteurs et d'autres choses semblables; les duels, les jeux de hasard, et tous autres jeux excessifs et dans lesquels on emploie beaucoup de temps ou d'argent, ou lorsqu'on s'y laisse emporter à la colère, ou aux jurements ou blasphèmes, ou au 197 __ I Tim., V, 8.__ 198 __ Ezech. III, 18.__ 199 __ Homil. 17.__ 200 __ II Tim.IV, 2,__ mensonge, ou à frauder, ou à quelque autre péché; les mascarades et autres déréglement du carnaval; mais surtout l'ivrognerie et la fréquentation des cabarets, qui est la source d'une infinité de maux.
Se rendre le protecteur, le défenseur, le consolateur, le père et le refuge des pauvres, des veuves, des orphelins, de ceux qui sont indéfendus et oppressés, et de tous les misérables; procurer qu'ils soient assistés dans leurs nécessités, mais spécialement qu'ils soient catéchisés, instruits et confessés aux principales fêtes de l'année; visiter les prisonniers, et leur rendre la même assistance, et prendre soin de tous les affligés et désolés, pour les consoler et pour leur enseigner à faire bon usage de leurs afflictions, en la manière qui sera dite ci-après.
Avoir une charité particulière vers les malades, pour les visiter souvent, leur administrer les sacrements, leur donner toutes les instructions nécessaires, et spécialement pour les assister à l'heure de la mort; et être toujours plus prompt et plus affectionné à rendre tous ces offices de charité aux petits qu'aux grands, et aux pauvres qu'aux riches.
Faire tout notre pouvoir afin que ceux qui sont sous notre charge soient bien instruits de toutes les choses qu'un chrétien est obligé de croire, d'espérer et de faire pour être sauvé, et ce par le moyen des prédications, des catéchismes et des instructions familières, qu'il ne faut pas se contenter de faire en public et dans la chaire, mais aussi en particulier, dans les champs, dans les chemins, dans les maisons et en toute occasion, à l'imitation des premiers prêtres, desquels il est dit que: Omni die non cessabant, in templo et circa domos docentes et evangelizantes Christum Jesum 2 0 1 ; et afin de pouvoir dire avec saint Paul: Mundus sum a sanguine omnium; non enim subterfugi quominus annuntiarem omne consilium Dei vobis; quoniam per triennium nocte et die non cessavi, cum lacrymis monens unumquemque vestrum 202.
Procurer qu'il y ait des maîtres et maîtresses à l'école pour l'instruction des enfants, garçons et filles, ne permettant point, pour quelque prétexte que ce soit, que les filles aillent à l'école chez les hommes.
Visiter quelquefois ces écoles, afin d'exhorter les maîtres et maîtresses d'enseigner le catéchisme aux enfants, et de leur faire faire à genoux les prières du matin et du soir, et surtout de leur apprendre à se comporter dans l'église avec respect, silence et modestie.
S'employer, autant qu'on peut, à pacifier les différends, accorder les procès, éteindre les inimitiés, et faire régner la paix et la charité chrétienne entre ceux que Dieu a commis à notre soin.
Avoir un grand amour pour l'Église, que Dieu nous a donnée pour épouse, et à laquelle nous devons donner tout notre coeur; conserver soigneusement ses intérêts, procurer, autant que nous pouvons, ses 202 __ Act. XX, 26, 31.__ avantages, travailler, pour son accroissement et sa sanctification, et nous exercer perpétuellement dans le zèle du salut des âmes, gravant dans notre coeur ces paroles de saint Denis Aréopagite: Omnium divinorum divinissimum est cooperari Deo in salutem animarum.
Mettre toute notre gloire et notre contentement à faire saintement et décemment toutes les fonctions cléricales et sacerdotales, spécialement le saint sacrifice de l'autel, l'office divin, l'administration des saints sacrements, la prédication et le catéchisme, tâchant de nous établir dans une sainte coutume de faire toutes ces choses, non pas lâchement et par routine, de peur que ce foudre ne tombe sur nos têtes: Maledictus qui facit opus Domini fraudulenter 203 ; mais avec grande application et d'une manière digne de Dieu, comme dit saint Paul, digne Deo 204, c'est-à-dire, digne de sa majesté éternelle et de sa sainteté infinie; et pour cette fin se servir des dispositions et pratiques qui seront mises ci-après sur ce sujet.
Mais particulièrement se rendre assidu à entendre les confessions, regardant cette fonction comme une des principales obligations d'un pasteur, et comme un moyen très nécessaire, très puissant et très utile pour coopérer au salut de plusieurs âmes, et, afin de bien faire cette action, lire avec attention le livre du Bon Confesseur et le pratiquer.
23.
Prendre bien garde de ne violer pas ce commandement de notre bon Maître: Nolite dare sanctum canibus, neque mittatis margaritas vestras ante porcos 2 0 5, en recevant à la participation des saints sacrements ceux qui en doivent être rejetés; et pour cet effet, ne recevoir pas à la sainte table les pécheurs publics et scandaleux; ne donner pas l'absolution à ceux qui sont dans l'occasion prochaine du péché, ou qui la donnent aux autres; qui ont fait tort au prochain et qui ne restituent point, le pouvant faire; qui sont en dissension avec autrui et ne se réconcilient point, et qui sont dans les habitudes du péché mortel dont ils ne s'amendent point. N'admettre pas au sacrement de mariage ceux qui ont quelque empêchement à le recevoir validement et licitement, ni ceux qui ignorent les choses que tous les chrétiens sont obligés de savoir, jusqu'à ce qu'ils aient été instruits et qu'ils les sachent. Et ne souffrir point pour parrains et marraines au Baptême des personnes qui, pour leur ignorance et le peu d'âge qu'elles ont, ne sont pas capables de faire l'office qu'elles prennent au regard du baptisé, à savoir de lui servir de pères spirituels ou de mères spirituelles, pour l'instruire, au cas de besoin, dans les choses qu'il doit savoir afin de vivre en chrétien.
Apporter toute la diligence possible pour faire en sorte, que les églises, les cimetières et tous les lieux saints soient révérés et sanctifiés; que toutes choses y soient nettes, propres et en bon ordre, spécialement celles qui servent à l'autel; que notre grand Roi y soit servi avec la décence et l'honneur que mérite sa majesté suprême; que les sacrements y soient saintement administrés; que l'office divin y soit célébré gravement et pieusement, avec toutes les cérémonies extérieures et la dévotion intérieure qui est requise, et que tout le monde se comporte dans la maison de Dieu et devant sa face avec le silence, la modestie et le respect qui est dû à sa divine présence. Avoir aussi un zèle spécial pour la sanctification des 203 __Jerem. XLVIII, 10__.
204 __ Col, I, 10.__
__Matth. VII, 6.__ saints jours des dimanches et des fêtes, et pour empêcher qu'ils ne soient profanés par ceux qui travaillent, qui trafiquent et qui font d'autres oeuvres serviles, ou qui n'assistent point à la sainte messe en ces jours-là, et par ceux qui les emploient à boire dans les cabarets ou ailleurs, ou à jouer, ou à danser, ou en quelque autre dérèglement.
Avoir une dévotion très particulière au regard de la très sainte Vierge, Mère de Dieu, et de son très cher époux saint Joseph, et tâcher de l'imprimer dans les coeurs de tous les autres, en excitant un chacun à servir et honorer cette Reine du ciel et son très digne époux. Avoir aussi dévotion à tous les Saints du diocèse et du lieu où nous sommes, et à tous les Saints de notre ordre, c'est-à-dire, tous les saints Pontifes, Prêtres et Lévites, qui sont en très grand nombre, et dont il arrive souvent des fêtes dans le cours de l'année, que nous devons toujours célébrer avec une affection particulière, comme fêtes de nos frères, de nos patrons et de nos pères: Filii sanctorum sumus 206.
Mais surtout nous devons avoir une vénération très singulière au regard du très saint Sacrement, qui est le plus précieux trésor des prêtres et leur propre mystère, pour lequel ils doivent avoir un zèle tout particulier, afin de l'honorer et faire honorer aux autres en toutes les manières possibles, de le tenir dans un lieu net et honorables et d'exciter les chrétiens à se comporter révéremment et saintement en sa présence, à assister souvent et dévotement à la sainte messe, et à l'accompagner avec honneur et respect lorsqu'on le porte aux malades ou en procession.
N'épargner aucun soin, ni aucune peine, ni aucun moyen de tous ceux dont on se pourra servir, pour établir dans la sainte famille de Jésus, composée des prêtres et des clercs, toute la vertu, piété et sainteté dont elle doit être ornée, regardant cette affaire comme la plus importante et la plus nécessaire de toutes.
Lire de fois à autre le chapitre 34e du prophète Ézéchiel, le 10e de l'Évangile de saint Jean, le 6e de la seconde Épître de saint Paul aux Corinthiens, et les Épîtres de ce même apôtre à Timothée et à Tite, afin d'entendre la voix de Dieu qui en tous ces lieux parle aux pasteurs et aux prêtres, leur déclarant leurs devoirs et obligations, dont les principales sont contenues sommairement en ces paroles que nous devons graver dans nos coeurs et exprimer en notre vie: In omnibus teipsum praebe exemplum bonorum operum, in doctrina, in integritate, in gravitate. Verbum sanum, irreprehensihile, ut is qui ex adverso est vereatur nihil habens malum dicere de nobis 2 0 7. Exemplum esto fidelium, in verbo, in conversatione, in charitate, in fide, in castitate. Attende lectioni, exhortationi et doctrina. Noli negligere gratiam qua data est tibi, et impositione manuum presbyterii. Hoc meditare, in his esto, ut profectus tuus manifestus sit omnibus. Attende tibi et doctrina, insta in illis. Hoc enim faciens, et teipsum salvum facies, et eos qui te audiunt 208.
Peser et méditer souvent les paroles suivantes:
206 __ Tob. II, 18.__
__ Tit. II, 7, 8.__
__ I Tim. IV, 12, 14, 15, 16. __
1. Haec est voluntas Dei, sanctificatio nostra 209. Secundum eum qui vocavit vos sanctum, et ipsi in omni conversatione III-46 sancti sitis. Quoniam scriptum est: sancti eritis, quoniam ego sanctus sum 210.
2. Non in iis quae sunt mundi, sed in iis qua Patris nostri sunt, oportet nos esse 211.
3. Non quae nostra sunt, sed quae Jesu Christi quaerere 212.
4. Oves agnoscere et vocare eas nominatim, et educere eas, et ante eas vadere. 213
5. Pascere gregem Domini verbo, exemplo et oratione; ideoque orationi et ministerio verbi instantes esse 214.
6. Quod infirmum est consolidare 215.
7. Quod aegrotum est sanare.
8. Quod confractum est alligare.
9. Quod abjectum est reducere.
10. Quod periit quaerere.
11. Quod pingue et forte est custodire.
12. Denique pro ovibus animam ponere 216.
Considérer qu'étant très incapables de nous-mêmes d'accomplir toutes ces choses, nous devrons beaucoup aimer l'exercice de l'oraison, y avoir recours à toute heure et en toutes choses, et n'entreprendre rien qu'après plusieurs prières, afin d'attirer sur nous par ce moyen les lumières et les grâces qui nous sont nécessaires, et d'implorer l'aide du souverain Pasteur et l'intercession de sa très sainte Mère, des Anges et des Saints.
31.
Nous mettre souvent devant les yeux la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le souverain Prêtre et le grand Pasteur des âmes, la vie de sa très sainte Mère, qui est la Mère de tous les chrétiens, mais spécialement des prêtres, et la vie de tous les saints prêtres et pasteurs qui ont été en l'Église; et regarder les moeurs, les actions et les vertus de toutes ces saintes personnes comme le modèle de notre vie, comme la règle que nous devons suivre, et sur laquelle nous serons jugés à l'heure de la mort.
209 __I Thess. IV, 3.__ 210 __ Petr. I, 15.__
__Luc. II, 49.__ 212 __ « Omnes enim quae sua sunt quaerunt, non quae Jesu Christi. » Phil. II, 21. __ 213 __« Proprias oves vocat nominatim et educit eas... et ante eas vadit. » Joan. X, 3, 4.__ 214 __« Pascite qui in vobis est gregem Dei. » I Petr. V, 2.« Nos vero orationi et ministerio verbi instantes erimus. » Act. VI, 4.__ 215 __ « Quod infirmum fuit non consolidastis, quod aegrotum non sanastis, quod confractum est non alligastis et quod abjectum est non reduxistis, et quod perierat non quaesistis. » Ezech. XXXIV, 4. _ « Quod perierat requiram et quod abjectum est reducam, et quod confractum fuerat alligabo, et quod infirmum fuerat consolidabo, et quod pingue et forte custodiam. » Ibid, 16.__
__« Animam pono pro ovibus meis.» Joan. X, 15.__
Faire, tous les jours, à loisir et avec attention, un quart d'heure du moins de lecture dans un livre de piété, tels que sont les livres de Grenade, de saint François de Sales 217, l'Instruction des prêtres de Molina chartreux 218, et autres semblables.
Nous donner du loisir, du moins une fois par mois, pour lire et considérer attentivement, en la présence de Dieu, ou tout ou partie de ces règles et obligations; pour nous examiner sur les fautes que nous y avons faites; pour en demander pardon à Dieu; pour prendre résolution de nous en mieux acquitter à l'avenir; pour invoquer à cette fin la divine miséricorde et les prières de la très sainte Vierge, de nos Anges et de nos saints patrons.
Enfin, tous les ans, faire une retraite de huit ou dix jours, à l'imitation de Notre-Seigneur, qui, avant que de commencer à prêcher, a demeuré quarante jours dans le désert, et qui, durant le temps de sa prédication, se retirait souvent seul sur les montagnes pour prier: comme aussi, à l'exemple de ses saints Apôtres et disciples, qui se sont retirés et renfermés dix jours pour les employer entièrement en l'oraison, et pour se préparer à la venue de l'Esprit divin, dont ils devaient être animés pour annoncer l'Évangile et pour travailler au salut des âmes. Et faire cette retraite dans un séminaire, ou ailleurs, en quelque lieu solitaire, pour ne vaquer qu'à Dieu seul et aux affaires de notre salut durant ce temps, pour l'employer tout en exercices de piété et de vertu, et pour accomplir ce que le Saint-Esprit nous dit par ces paroles de l'Apôtre; Attende tibi, et doctrina 219 ; mais tibi premièrement, c'est-à-dire, pour nous appliquer totalement à considérer les obligations de notre condition, à examiner les manquements que nous y avons commis, à nous en humilier devant Dieu, à en faire pénitence, à prendre de nouvelles résolutions et de nouvelles forces pour l'avenir, et à invoquer et attirer sur nous la lumière et le secours du ciel.
__Cf. Royaume de Jésus, 2e part., § XV et les notes.__ 218 __Ce livre vient d'être réédité chez Letouzey et Ané, en 2 vol. in-12, sous ce titre: Le prêtre. __ 219 __ I Tim. IV. 16.__
TROISIEME PARTIE
Dispositions pour s'acquitter saintement des fonctions ecclésiastiques.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.