Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Erection de la Confrerie des Penitens de la Saincte-Croix · Saint François de Sales

    Erection de la Confrerie des Penitens de la Saincte-Croix

    Ayant résolu d’establir une Confrerie de Penitens en l’honneur de la saincte Croix, il est tout naturel qu’elle porte le nom de ce signe venerable (parce que c’est sous les salutaires enseignes de la Croix que la Religion catholique est conservée, et que l’ancien ennemy du genre humain, et semeur de zizanie, est terrassé1). Dans letems passé, non-seulement les bien-heureux Peres s’en sont servy pour chasser les tentations; mais encore les empereurs, les roys et les princes, pour combattre les infidelles, et subjuguer les heretiques, sur lesquels ils ont remporté de grandes victoires et dont ils ont glorieusement triomphé.

    Ayant aussi à cœur que l’on honnore d’un culte particulier l’immaculée Conception de la glorieuse Vierge Marie, nous en donnerons encore le nom à ladite Confrerie : (la rayson est que la tres-pure et la tres-sacrée Vierge, Mere de Nostre Sauveur, conçeue sans aucune tache du péché originel, prie incessamment pour le peuple, s’intéresse puissamment pour le clergé, intercede pour le dévot sexe des femmes, donne du secours aux personnes opprimées, resprime les efforts des heretiques et des infîdelles, et deslivre de tous maux les gens de bien.)

    Enfin, nous l’establirons encore sous l’invocation de S. Pierre et de S. Paul, ces glorieux princes de la terre, dont le dernier a esté le docteur des Gentils, et l’autre le vicaire de Jesus-Christ et le fondement de l’Eglise, dont la foy ne faillira jamais, et nous sommes portez à cela parce que tous ont illustré par leur mort la saincte Eglise romaine, mere et maistresse de toutes les autres eglises; et parce qu’estant les patrons titulaires de la célèbre Eglise de Geneve, ils l’ont conservée avec sa ville, son diocese et ses peuples, dans la profession de la foy orthodoxe, sans la moindre tache d’heresie, presque depuis le berceau de l'Eglise jusqu’à l'an 1535; car ce fut alors seulement que Satan, autheur de tous maux, infecta la ville et une partie du diocese par la contagion de diverses erreurs, et y causa les troubles les plus violents que puisse apporter l'heresie.

    En effect, on chassa le sacré pontife qui gouvernoit ceste Eglise, avec ses chanoines, tout le clergé, et tous les autres qui gardèrent la vraye foy; on destruisit les eglises, on rasa les autels, on fracassa les imaiges, on pilla les ornemens, on dispersa et on foula aux pieds les reliques des Saincts, enfin on profana toutes les choses divines : en sorte que cette miserable cité ne s’est plus occupée qu’à nourrir des guerres, à fomenter des homicides, à inventer des trahisons, et qu’elle est devenue la sentine et l’esgoust des embrasemens et des rapines, et l’asile des hommes les plus pervers et les plus criminels de l’Europe ; que par conséquent on peut dire, à juste tiltre, qu’elle est l’origine de tous les mal-heurs qui ont affligé jusqu'à present la France et la Savoye.

    C’est pourquoy, il y a lieu d’esperer que si, en invoquant le signe salutaire de la Croix, et en implorant les suffrages de la glorieuse Vierge et des saincts Apostres, nous nous convertissons au Dieu des miséricordes avec une vraye componction de cœur, des gemissemens, des prieres, des jeusnes, de fréquentes confessions de nos pechez, des communions et d’autres bonnes œuvres vrayement chrestiennes, ce grand Dieu qui, quoyque tres-clement et tres-doux, veut neantmoins estre prié, con train et, et presque vaincu par une espece d’importunité et par une priere continuelle, nous deslivrera et nous garantira de toute vexation de la part des hereLiques, des incursions, pilleries et insultes des soldats, de la famine qui nous presse, des maladies qui nous affligent, des guerres qui nous accablent, et de tous les dangers qui nous menacent et qui sont à nos portes. Il ne faut pas desesperer non plus, qu’après avoir destruict dans la miserable ville de Geneve les ennemys de sa divine Majesté et du genre humain, il n’y fasse refleurir la saincte religion catholique, et qu’il ne nous restablisse dans nos anciennes demeures et dans le sein de nostre Eglise, dont nous avons esté chassez il y a plus de cinquante ans, depuis lequel tems nous avons résidé en cette ville d’Annecy, comme des estrangers et des voyageurs dans une eglise mendiée.

    Puis donc que la priere continuelle de plusieurs est aggreable à Dieu, et que la meilleure maniéré d’implorer son secours est lorsque les cœurs de plusieurs fidelles assemblez au nom de Nostre-Seigneur Jesus-Christ, qui a promis de se treuver au milieu d’eux, s’unissent dans une mesme devotion; voulant imiter les autres provinces et villes qui ont receu beaucoup.d© soulagement et de consolation dans de semblables nécessitez et dangers que les nostres, par I’erection de diverses Confréries et Congregations, sous differens noms toutesfois et différentes invocations, Nous, François de Sales, prevost de l’Eglise de Geneve, et les Chanoines ses confreres, à la plus grande gloire de Dieu et de toute la cour celeste, erigeons et instituons à perpétuité cette salutaire Confrerie de Penitens de l’un et l’autre sexe, à l’autel de la saincle Croix située dans l’eglise de Geneve, et pour le tems present à l’autel se S. Germain, en l’eglise de S. François d’Annecy, du consentement et de l’authorité de Reverendissime pere en Dieu Claude de Granier, evesque de Geneve, et avec le bon playsir du Souverain Pontife et du Sainl-Siege apostolique, sous les Statuts et les Constitutions qui suivent.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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