Encyclique sur l’indiction d’un jubilé extraordinaire (1881) · Léon XIII
Encyclique portant indiction d’un jubilé extraordinaire
A Sous Nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques et Evêques du monde catholique, en grâce et communion avec le Siège Apostolique.
LÉON XIII, PAPE Vénérables Frères, Salut et Bénédiction Apostolique.
L'Eglise militante de Jésus - Christ, q u i p e u t a u p l u s h a u t d e g r é procurer le salut et l a p r o s p é r i t é d u g e n r e h u m a i n, est si gravement éprouvée, en ces t e m p s c a l a m i t e u x, q u ' e l l e a c h a q u e j o u r à subir de n o u v e l l e s t e m p ê t e s e t q u ' e l l e p e u t ê t r e j u s t e m e n t c o m p a r é e à cette barque de G é n é s a r e t h q u i, pendant qu'elle portait le Seigneur Jésus - Christ et ses disciples, é t a i t b a l l o t t é e p a r la violence des flots et de la tourmente. Au temps présent, en effet, les ennemis du m o n d e c a t h o l i q u e c r o i s s e n t o u t r e m e s u r e e n n o m b r e, en force, en a u d a c e d a n s l e u r s d e s s e i n s ; il ne leur suffit pas de renier publiquement les doctrines célestes, ils travaillent avec une force et une ardeur extrêmes ou à bannir complètement l'Eglise du sein de la société ou à la r é d u i r e d u m o i n s à n e r i e n p o u v o i r d a n s la vie publique des peuples. D'où il résulte que, dans l'accomplissement de la m i s s i o n q u ' e l l e a d i v i n e m e n t r e ç u e de son Auteur, l'Eglise se trouve embarrassée et gênée de toute part par de grandes difficultés.
Les fruits les plus amers de cette c r i m i n e l l e c o n j u r a t i o n s o n t surtout pour le Pontife Romain, à q u i o n l a i s s e, commepardérision, après l'avoir dépouillé de ses droits légitimes et l'avoir assujetti à m i l l e e n t r a v e s d a n s l ' e x e r c i c e des plus sublimes ministères, u n e c e r t a i n e a p p a r e n c e d e m a j e s t é r o y a l e. C'est pourquoi, Nous, q u e l e d e s s e i n d e l a d i v i n e P r o v i d e n c e a p l a c é s u r ce faîte de l a puissance sacrée et qui devons prendre soin de l'Eglise universelle, N o u s s e n t o n s d e p u i s l o n g t e m p s et Nous avons dit souvent combien cette condition, à l a q u e l l e N o u s o n t redp.it les vicissitudes des temps, est dure et désastreuse. N o u s n e v o u l o n s p a s r a p p e l e r chaque détail : mais ce qui se passe d e p u i s p l u s i e u r s a n n é e s d a n s Notre ville de Rome est connu de tous.
Ici, en effet, au centre même de la vérité catholique, on se joue de la sainteté de la religion, on blesse la dignité du Siège Apostolique, et la majesté pontificale est fréquemment en butte au?: injures d'hommes perdus. On a soustrait à Notre puissance plusieurs institutions dues à la pitié et à la libéralité de Nos prédécesseurs et qu'ils avaient t r a n s m i s e s à l e u r s s u c c e s s e u r s p o u r ê t r o inviolablement conservées ; on n'a pas même reculé devant la violation des droits de l'Institut sacré de la Propagande qui, ayant très bien mérité, non seulement de la religion, " mais encore de la civilisation des peuples, n'avait jamais été l'objet d'aucune atteinte, dans les temps passés. Les temples du rite c a t h o l i q u e s o n t f e r m é s o u profanés, c e u x d u r i t e h é r é t i q u e, multipliés ; les doctrines perverses sont impunément répandues par la plume et par l'action. Les hommes qui sont. au pouvoir travaillent souvent à établir des lois offensantes pour l'Eglise et le nom catholique ; et cela, sous Nos yeux à Nous qui, par mandat de Dieu lui-même, devons mettre tous Nos s o i n s ' à g a r d e r i n t a c t s les intérêts chrétiens et saufs les droits de l'Eglise. Sans aucun égard pour cette puissance d'enseigner qui appartient au Pontife Romain, on exclut notre autorité de l'éducation même de la jeunesse ; et si Nous avons la même permission que tout particulier d'ouvrir à Nos frais des écoles pour l'éducation des jeunes gens, la force et la rigueur des lois civiles pénètrent dans ces écoles mêmes. Nous s o m m e s d ' a u t a n t p l u s v i v e m e n t é m u d u funeste spectacle de ces maux, que la faculté d'y remédier, qui serait l'objet de Nos vœux les plus vifs, Nous fait défaut. Car Nous dépendons p l u s v é r i t a b l e m e n t d e s e n n e m i s q u e de Nous-même, et cette jouissance même de liberté qui Nous est concédée, susceptible d'être ravie ou d ' ê t r e d i m i n u é e a u g r é d ' a u t r u i, n'a pas de fondement qui lui assure la stabilité et la durée.
En même temps, l'expérience quotidienne rend manifeste ce fait : que la contagion des maux s'insinue de plus en plus dans le reste de la république chrétienne et se propage sur beaucoup de points." En effet, les nations qui se sont détournées de l'Eglise tombent chaque jour dans de plus grandes misères ; et, dès que la foi catholique est éteinte ou affaiblie quelque part, le chemin est ouvert à l'insanité des opinions et à la passion des nouveautés. Du moment que la très grande et très noble puissance d e celui qui est le Vicaire de Dieu sur la terre est méprisée, il est évident qu'il ne reste à l'autorité des hommes a u c u n frein assez puissant pour contenir, les esprits indomptés des r e b e l l e s o u p o u r r é p r i m e r d a n s 1?. m u l t i t u d e l'ardeur d'une liberté en démence. Pour ces raisons, la société humaine, bien qu'elle ait subi déjà de grandes calamités, est cependant effrayée par la prévision de plus grands périls.
Pour que l'Eglise puisse repousser les efforts des ennemis et accomplir sa mission pour le bien de tous, iL est donc nécessaire qu'elle travaille et qu'elle lutte beaucoup. Mais, dans cette lutte ardente et variée, où la gloire de Dieu est en cause et où l'on combat pour le salut éternel des âmes, toute la force et l'habileté des hommes seraient vaines, si des secours appropriés aux temps ne leur venaient du ciel. C'est pourquoi, dans les circonstances critiques et douloureuses pour la chrétienté, le refuge habituel, au milieu des épreuves et des soucis, fut toujours de demander à Dieu, par de suprêmes instances, qu'il vînt en aide à son Eglise éprouvée et qu'il lui donnât la force de combattre, la puissance de triompher. Voulant donc imiter cette excellente coutume et cet exemple des anciens, et sachant bien que Dieu se laissera d'autant plus fléchir que, chez les hommes, la force du repentir et la volonté de se réconcilier avec lui seront plus grandes, pour ces motifs, afin d'obtenir l'aide du ciel et de porter secours aux âmes, Nous publions par ces Lettres pour tout l'univers catholique un Jubilé extraordinaire.
C'est pourquoi, par la miséricorde de Dieu tout - puissant, appuyé sur l'autorité des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, en vertu de cette puissance de lier et de délier que le Seigneur nous a conférée malgré notre indignité, à tous et à chacun des fidèles du Christ de l'un et de l'autre sexe. Nous accordons une indulgence plénière de tous leurs péchés à l ' i n s t a r d ' u n Jubilé général, à condition qu'ils accompliront, ceux qui sont en Europe, à partir du 19 jour p r o c h a i n d u p r é s e n t m o i s de m a r s c o n s a c r é à l a m é m o i r e de saint Joseph, époux de la Bienheureuse Vierge Marie, jusqu'au 1 novembre, o ù l'on solennise la mémoire de tous les saints, inclusivement ; et ceux qui sont hors de l ' E u r o p e à p a r t i r de ce même 1 9 j o u r p r o c h a i n d u p r é s e n t m o i s de mars jusqu'au dernier jour de T a n n é e c o u r a n t e 1 8 8 1, inclusivement, les prescriptions suivantes :
Tous les citoyens ou hôtes de Rome visiteront deux fois la Basilique de Latran et les Basiliques Vaticane et Libérienne, et là, pendant un certain espace de temps, prieront Dieu pieusement, selon Notre intention, pour la prospérité et l'exaltation de l'Eglise catholique et de ce Siège Apostolique, pour l'extirpation des hérésies et la conversion de tous ceux qui pont dans l'erreur, pour la concorde des princes chrétiens et pour la paix et l'unité de tout le peuple fidèle; ils jeûneront aussi une fois, n'usant que d'aliments maigres, et cela en dehors des jours non compris d a n s l ' i n d u i t quadragésimal ou des jours consacrés d'autre part par un jeûne semblable de droit strict, prescrit par le commandement de l'Eglise; en outre, après s'être confessés, ils recevront le Très Saint - Sacrement de l'Eucharistie et ils donneront quelque chose, à titre d'aumône, pour une bonne œuvre. A cet effet, Nous signalons nommément ces institutions dont nous avons récemment recommandé le soutien, par Nos Lettres, à la charité des chrétiens, savoir la Propagation de la Foi, la Sainte-Enfance et les Ecoles d'Orient, que Notre très vif désir et Notre volonté sont d'établir et de transporter jusque dans les pays lointains et les contrées sauvages, afin qu'elles soient à la hauteur des besoins.
Tous les autres fidèles habitant hors de Notre ville, en quelque lieu que ce soit, visiteront, dans le même intervalle de temps, deux fois trois églises qui seront désignées par les Ordinaires respectifs ou par leurs Vicaires ou le.s t i t u l a i r e s de leurs Officialités, ou en vertu d'un mandat reçu d'eux, et, à leur défaut, par ceux qui auront la charge d'âmes ; ou* s'il n ' y a q u e d e u x églises, ils les visiteront trois fois, o u six fois, s'il n'y en a qu'une ; ils accompliront de même les autres œuvres que Nous avons mentionnées plus haut.
Nous voulons également que cette indulgence puisse être appliquée, par voie de suffrage, aux âmes qui ont quitté cette vie, unies à Dieu par la charité.
Nous permettons en outre aux Ordinaires de réduire, selon leur prudente appréciation, le nombre des visites, en faveur des Chapitres et des Congrégations tant de séculiers que de réguliers, des Sociétés, des Confréries, des Universités ou des Collèges quelconques qui feront la visite des églises susmentionnées processionnellement.
Nous accordons encore aux fidèles qui naviguent ou qui voyagent de pouvoir gagner la même indulgence, dès qu'ils seront arrivés chez eux ou dans quelque station, en visitant six fois l'église principale ou paroissiale, et en accomplissant exactement les autres œuvres prescrites plus haut.
Pour les réguliers de l'un et de l'autre sexe, même vivant sous la règle de la clôture perpétuelle, et pour toutes les autres personnes, tant l a ï q u e s q u ' e c c l é s i a s t i q u e s, t a n t s é c u l i è r e s q u e r é g u l i è r e s, qui, retenues en prison ou atteintes de q u e l q u e i n f i r m i t é c o r p o r e l l e o u ayant tout autre légitime empêchement, ne pourraient accomplir en tout ou en partie les œuvres mentionnées, Nous accordons et permettons que le confesseur puisse commuer ces œuvres en d'autres actes de piété ou les p r o r o g e r à u n e é p o q u e p r o c h a i n e ; lui donnant aussi le pouvoir de dispenser de la Communion les enfants qui n'ont pas encore été admis à la Première Communion.
En outre, à tous et à chacun des fidèles du Christ, tant laïques qu'ecclésiastiques, t a n t s é c u l i e r s q u e r é g u l i e r s de tout Ordre et même d'un Institut à nommer spécialement, Nous accordons la faculté de pouvoir se choisir à cet effet p o u r c o n f e s s e u r t o u t p r ê t r e approuvé, soit séculier, soit régulier, faculté dont pourront jouir même les religieuses, les novices et les autres femmes vivant dans le cloître, pourvu que le confesseur soit approuvé pour les religieuses.
N o u s a c c o r d o n s a u x c o n f e s s e u r s, à cette occasion et pour là durée seulement du temps de ce Jubilé, toutes les mêmes facultés que Nous l e u r a v o n s c o n c é d é e s a a n s u n a u r r e J u b i l é, par Nos Lettres Apostoliques, en date du 15 février 1879. commençant par ces mots : Pontifice Maximi, r e s t a n t n é a n m o i n s t o u j o u r s e x c e p t e tout ce que Nous avons excepté dans ces mêmes Lettres.
Mais, afin que ce Jubilé produise plus sûrement et plus abondamment les fruits salutaires que Nous Nous en sommes proposés, que t o u s l e s c h r é t i e n s s ' a p p l i q u e n t à se concilier la puissante Mère de Dieu, en lui rendant, pendant ce temps, un culte et des hommages particuliers. — Nous confions et N o u s r e c o m m a n d o n s ce même saint J u b i l é à la protection et à la garde de saint JOSEPH, le très chaste époux de la Bienheureuse Vierge МАШЕ, que le Souverain Pontife Pie IX, de glorieuse mémoire, a p r o c l a m é P a t r o n de toute l'Eglise, et dont Nous s o u h a i t o n s q u e t o u s l e s fidèles du Christ implorent chaque jour l'assistance.
Nous exhortons, en outre, tous les fidèles à a c c o m p l i r d e p i e u x p è l e r i n a g e s a u x s a n c t u a i r e s q u e, dans les différents pays, une dévotion particulière et t r a d i t i o n n e l l e h o n o r e c o m m e s a i n t s et vénérables : parmi ces sanctuaires est au premier rang, en Italie, l a très sainte maison de la Vierge Marie à Lorette, q u e r e h a u s s e l e souvenir des plus sublimes mystères.
C'est pourquoi, en vertu de la sainte obéissance, N o u s m a n d o n s et ordonnons à tous et à c h a c u n d e s O r d i n a i r e s, à leurs Vicaires et a u x t i t u l a i r e s de leurs Officialités, o u, à leur défaut, à ceux qui ont charge d'âmes, de publier, chacun dans sa juridiction, les présentes Lettres, dès qu'ils en auront reçu copie ou même exemplaire imprimé, et de d é s i g n e r a u x p o p u l a t i o n s, convenablement préparées, autant qu'il se pourra, parla prédication de, la parole de Dieu, l'église ou les églises qui, selon ce qui a été dit plus haut, devront être visitées.
Toutefois, pour que Nos présentes Lettres, qui ne peuvent être portées dans chaque endroit, parviennent plus facilement à la connaissance de tous, Nous voulons qu'on accorde en tous lieux à leurs copies o u a u x e x e m p l a i r e s m ô m e i m p r i m é s, signés de la main de quelque notaire public et munis du sceau d'une personne constituée en dignité ecclésiastique, la même foi qu'on accorderait aux présentes, si elles étaient montrées ou produites.
Donné à Rome, près Saint - Pierre, sous Panneau du Pêcheur, le 12 mars de l'année 1881, la quatrième année de Notre pontificat.
LÉON XIII, PAPE.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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