Encyclique Superiore anno (30 août 1884) · Léon XIII
Encyclique Superiore anno : Sur la récitation du Rosaire
A nos Vénérables Frères les patriarches, primats, archevêques et évêques de tout l'univers catholique en grâce et en communion avec le Saint-Siège Apostolique*
LÉON XIII, PAPE Vénérables Frères salut et bénédiction apostolique.
L'an dernier, comme chacun de Vous le sait, N o u s a v o n s d é c r é t é p a r Nos l e t t r e s e n c y c l i q u e s q u e, dans toutes les parties du monde catholique, pour obtenir le secours du Ciel dans les épreuves de l'Eglise, l'insigne Mère de Dieu s e r a i t h o n o r é e p e n d a n t t o u t le m o i s d ' o ct o b r e p a r l a t r è s s a i n t e p r a t i q u e d u R o s a i r e. En cela, Nous avons suivi Notre inspiration et l'exemple de Nos prédécesseurs qui, dans les temps les plus difficiles de l'Eglise, o n t r e c o u r u à l ' a u g u s t e Vierge p a r u n r e d o u b l e m e n t de piété envers elle, et ont toujours i m p l o r é s o n s e c o u r s p a r des prières. On a o b t e m p é r é p a r t o u t à Notre volonté avec un si grand empressement et t a n t d ' u n a n i m i t é qu'il a été donné de voir d ' u n e m a n i è r e é c l a t a n t e c o m b i e n est grand dans le peuple chrétien le zèle de la religion et de la piété, et c o m b i e n t o u s m e t t e n t l e u r e s p o i r d a n s l a divine protection de la Vierge Marie.
Cette grande manifestation de piété et de foi, Nous le déclarons, n e N o u s a p a s p e u c o n s o l é, a u m i l i e u d e s é p r e u v e s et des maux qui nous accablent, et même, elle N o u s a d o n n é u n n o u v e a u c o u r a g e pour en supporter de plus grands encore, s'il p l a î t a i n s i à D i e u. Car, tant que l'esprit de prière est r é p a n d u s u r l a m a i s o n de David et sur la maison de Jérusalem, Nous avons l a c e r t i t u d e q u e D i e u, un jour, Nous sera propice, et que, p r e n a n t e n p i t i é l e s o r t de son Eglise, il é c o u t e r a e n c o r e l e s s u p p l i c a t i o n s de ceux qui le prient par Celle qu'il a voulu faire l a d i s p e n s a t r i c e d e s g r â c e s c é l e s t e s.
C'est p o u r q u o i l e s r a i s o n s q u i N o u s o n t p o r t é l'an dernier, comme Nous l'avons dit, à p r o v o q u e r u n e m a n i f e s t a t i o n p u b l i q u e de piété étant restées les mêmes, Nous avons cru de Notre devoir, Vénérables Frères, d'exhorter encore cette année les p e u p l e s c h r é t i e n s à m é r i t e r la puissante protection de l'insigne Mère de Dieu, en continuant de la m ê m e m a n i è r e à r é c i t e r p i e u s e m e n t « le Rosaire de Marie ». Quand, en effet, l'acharnement des e n n e m i s d u n o m c h r é t i e n est si. g r a n d à p o u r s u i v r e l e u r s d e s s e i n s, ses défenseurs ne doivent pas avoir moins de résolution, surtout puisque le secours céleste et la grâce de Dieu sont souvent le prix de la persévérance. Il Nous plaît, à ce propos, de rappeler l'exemple de cette grande Judith, figure de l a divine Vierge qui réprima la folle impatience des Juifs, lesquels voulaient fixer à Dieu, selon leur gré, le jour de la délivrance de l e u r p a t r i e o p p r i m é e. Il faut considérer de même l'exemple des a p ô t r e s q u i a t t e n d i r e n t en persévérant unanimement dans la prière avec Marie, Mère de Jésus, le très haut don de l'Esprit du Paraclet qui leur avait été promis.
Car il s'agit maintenant aussi d'une chose difficile et de grande importance, il s'agit d'humilier l'ennemi antique et plein de ruse dans toute l'exaltation de sa puissance ; il s'agit de revendiquer la liberté de l'Eglise et de son chef, il s'agit de conserver et de pro-t é g e r ces abris nécessaires de la sécurité et du salut du genre humain.
C'est pourquoi il faut veiller à ce que, dans ces temps lamentables pour l'Eglise, la très sainte coutume de réciter le rosaire de la Sainte Vierge soit gardée avec soin et pieusement, pour cette raison surtout que ces prières, étant composées de façon à rappeler dans leur ordre tous les mystères de notre salut, sont très propres à nourrir l'esprit de piété.
Quant à l'Italie, il est nécessaire d'implorer sur elle le secours de la Vierge très puissante, m a i n t e n a n t s u r t o u t q u ' unecalamitéinop i n é e n e n o u s m e n a c e p l u s s e u l e m e n t, mais nous atteint. En effet, la peste asiatique, ayant, par la volonté de Dieu franchi les limites que semblait lui avoir fixées la nature, a envahi les ports les plus célèbres de la France et de là les contrées d'Italie les plus voisines. Il faut donc se réfugier vers Marie, vers celle que l'Eglise appelle à juste titre salutaire, auxiliatrice, libératrice, afin que sa volonté propice nous apporte les secours que nous aurons implorés par les prières qui lui sont le plus agréables, et qu'elle éloigne de nous l'impur fléau.
C'est pourquoi, à l'approche du mois d'octobre, dans lequel le monde catholique fête la solennité du Saint Rosaire, Nous avons résolu de prescrire pour cette année encore ce que Nous avons prescrit l'année précédente. Nous décidons, par conséquent, et Nous ordonnons que, depuis le premier jour d'octobre jusqu'au second jour du mois de novembre suivant, dans toutes les églises paroissiales ou dans les sanctuaires publics dédiés à la Mère de Dieu, ou dans d'autres à choisir par l'Ordinaire du lieu, on récite chaque jour au moins cinq dizaines de chapelet, en y ajoutant les litanies, et, si c'est le matin, que le Saint Sacrifice se fasse pendant les prières ; si c'est l'après-midi, que l'on expose pour l'adoration le Très Saint Sacrement, et puisque les assistants se purifient selon la liturgie. Nous désirons, en outre, que les confréries du Très Saint Rosaire, partout où les lois civiles leur en laissent la facilité, fassent dans les rues une procession solennelle en vue de l'édification publique.
Or, pour que les trésors célestes de l'Eglise soient ouverts à la piété chrétienne, Nous renouvelons chacune des indulgences que Nous avons accordées l'année dernière. Ainsi, à tous ceux qui assisteront, aux jours fixés, à la récitation publique du Rosaire, et. a u r o n t p r i é à Notre intention, comme à ceux qui, en étant empêchés par une cause légitime, le réciteront en particulier, Nous accordons pour chaque fois une indulgence de sept ans et de sept quarantaines. Quant à ceux qui, dans le temps susdit, auront accompli les mêmes dévotions au moins dix fois, soit en public dans les églises, soit, pour de justes raisons, dans les maisons particulières, et qui, ayant expié leurs péchés par la confession, auront communié, Nous accordons l'indulgence plénière de leurs fautes, prise dans le trésor de l'Eglise. De même, Nous accordons cette indulgence plénière et la rémission des peines à tous ceux qui, soit au jour de la fête d u S a i n t R o s a i r e, soit dans un des jours de l'Octave, auront lavé les souillures de leur âme et participé saintement au divin banquet, et qui auront prié à Notre intention Notre-Seigneur et sa Très Sainte Mère dans quelque sanctuaire.
Enfin, voulant avoir égard à ceux qui vivent à la campagne et qui sont particulièrement retenus pendant le mois d'octobre, par les travaux des champs, Nous leur accordons la permission de différer, selon la disposition prudente de leurs Ordinaires, jusqu'aux mois de novembre et de décembre suivants, les exercices prescrits plus haut pour gagner les saintes indulgences pendant le mois d'octobre.
Nous ne doutons pas, Vénérables Frères, que d'abondants et riches fruits ne répondent à Nos soins, surtout si, aux graines que Nous avons plantées et que Votre sollicitude aura arrosées, Dieu accorde du ciel l'accroissement par la diffusion de ses grâces. Nous sommes assuré que le peuple chrétien écoutera la voix de Notre autorité apostolique avec la même ferveur de foi et de piété dont il a donné, l'an passé, un magnifique témoignage.
Que l a céleste p a t r o n n e i n v o q u é e d a n s la p r i è r e d u R o s a i r e N o u s soit propice, et qu'elle fasse que, par la cessation des divisions et le rétablissement de T o r d r e c h r é t i e n d a n s t o u t e s les parties de la terre, Nous obtenions de Dieu pour l'Eglise la paix tant désirée. Comme gage de ce bienfait, Nous Vous accordons affectueusement, à Vous, à Votre clergé et aux peuples qui sont confiés à Vos soins, la Bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 30 août 1884, l'an VII de Notre pontificat.
LÉON XIII, PAPE.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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