Encyclique Quinquagesimo ante anno (23 décembre 1929) · Pie XI
Encyclique Quinquagesimo ante anno : Sur le cinquantième anniversaire de sacerdoce et la prorogation du jubilé
PIE XI, PAPE VÉNÉRABLES FRÈRES, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.
Il y a cinquante ans, à la fleur de l'âge, Nous recevions l'honneur du sacerdoce en cette église du Latran, mère et tête de toutes les églises. L'émotion que Nous vaut un pareil souvenir remplit Notre âme, surtout en ce moment, des joies les plus suaves. Personne assurément, et Nous-même moins que tout autre, ne pouvions alors prévoir que, dans les desseins de la divine Providence, Notre humble personne était réservée à cet honneur que cette même église du Latran allait devenir un jour la cathédrale de Notre épiscopat romain. Dans cette marche des événements, la souveraine indulgence du Christ Jésus, Prince des Pasteurs, envers Nous, apparaît avec une évidence bien digne de Nous étonner; des bienfaits dont il laissa jouir son Vicaire terrestre, et sans que celui-ci les méritât, au cours de son Pontificat souverain et maintenant encore, Nous ne pourrons jamais le louer assez dignement. Nous le pourrons d'autant moins que, véritable couronnement de tant de bienfaits, le cinquantième anniversaire de Notre ordination Nous a valu une abondance de joies et de consolations. Nous avons voulu, il est vrai, et pour autant qu'il dépendait de Nous, que cette année ne fût point stérile. Ainsi donc, pour encourager les fidèles à une vie plus réglée et plus sainte, pour inviter la société universelle des hommes à faire plus de cas de ces biens spirituels qui donnent le salut, dans l'espoir enfin que la miséricorde divine se laisserait toucher par les épreuves de son Eglise, au seuil même de l'année Nous avons ouvert les trésors de l'indulgence et de la grâce célestes en proclamant une nouvelle Année sainte; dans l'octroi de ce Jubilé extraordinaire, accordé sous la même forme que les grands jubilés et pour l'univers chrétien tout entier, Nous cédions encore à l'impulsion de Notre cœur paternel. Or, le résultat que Nous espérions de cette immense communion de prières, bien loin d'être démenti, a plus que comblé, grâce à Dieu, Nos désirs. Si, en effet, Nous repassons dans Notre esprit les multiples témoignages de la piété populaire, les nombreuses félicitations qui Nous étaient adressées, les immenses avantages dont bénéficiait le catholicisme, toutes les œuvres et toutes les entreprises glorieuses qui, en une seule année, étaient conduites à leur terme, Nous croyons bien avoir le droit de dire que c'est Dieu lui-même, auteur de tout don excellent, de toute grâce parfaite qui, dans son infinie bonté, a voulu marquer un si bref espace de temps par des manifestations insignes de sa providence. Ces grâces, venues du ciel pour le bien du peuple chrétien et avec une telle libéralité, il Nous plait aujourd'hui de les rappeler plus longuement; Nous voulons, pour ainsi dire, faire le compte de ces douze mois, afin que, vous unissant à Nous, Vénérables Frères et bien chers Fils, vous rendiez tous au dispensateur infiniment puissant de ces biens, à Celui qui dirige les temps et les choses, mais qui sait émouvoir avec tant de force et de suavité le cœur des hommes, les actions de grâces, incessamment renouvelées qui lui sont dues.
Commençons par ce qui concerne le Siège Apostolique et l'Eglise en général, dont le gouvernement a été confié par Dieu au Souverain Pontife; c'est là, évidemment, le sujet le plus important. Mais Nous croyons utile de vous rappeler à tous quelques points de Notre première Encyclique Ubi arcano. « Il est à peine besoin — ainsi Nous exprimions-Nous, — de vous dire combien profonde est Notre douleur de ne pouvoir compter l'Italie parmi les si nombreuses nations qui entretiennent des relations d'amitié avec le Siège Apostolique : cette Italie, Notre patrie bien-aimée, que le Dieu qui règle par sa Providence le cours des temps et l'harmonie de toutes choses, a choisie pour y fixer le siège de son Vicaire ici-bas. De ce fait, cette auguste cité, jadis le centre d'un Empire immense, mais que limitaient néanmoins des frontières déterminées, est devenue de ce jour la capitale du monde entier; Rome, en effet, comme siège du Souverain Pontificat, qui est par sa nature même au-dessus des frontières de races et de nationalités, embrasse tous les peuples et toutes les nations. Or, l'origine et la nature divine de cette primauté d'une part, et de l'autre le droit imprescriptible de l'ensemble des fidèles répartis dans tout l'univers exigent que ce Principat sacré ne paraisse dépendre d'aucune puissance humaine, d'aucune loi (alors même qu'elle promettrait une sauvegarde et des garanties pour la liberté du Pontife romain); le Saint-Siège doit, au contraire, être fait et paraître manifestement d'une indépendance absolue quant à ses droits et à sa souveraineté. »
Un peu plus loin, Nous renouvelions les demandes que Nos prédécesseurs avaient exposées à tour de rôle, depuis l'occupation de Rome, au point de vue de la protection des droits du Siège Apostolique et du maintien de sa dignité. Nous déclarions franchement qu'une paix sans justice était impossible, et Nous ajoutions : « C'est au Dieu... tout-puissant et miséricordieux qu'il appartiendra de faire luire enfin ce jour beau entre tous, jour qui doit être fécond en toutes sortes de biens pour l'établissement du règne du Christ comme aussi pour la pacification de l'Italie et du monde. Pour qu'on en obtienne d'heureux résultats, tous les hommes au sentiment droit ont le devoir d'unir leur dévouement et leurs efforts. » Or, ce jour a brillé, plus tôt même qu'on ne s'y attendait; et qu'il fût si proche, alors que de l'avis général des difficultés si grandes, des entraves si nombreuses semblaient s'identifier avec la question elle-même, personne n'y pouvait songer. II. a brillé, disons-Nous, grâce à un traité que le Pontife romain et le roi d'Italie, par l'entremise de leurs plénipotentiaires respectifs, ont conclu dans le Palais de Latran — d'où le nom donné à ce traité; — les ratifica'ions s'échangèrent au Vatican.
La situation antérieure du Siège Apostolique était vraiment intolérable et inique, car, en raison des attaques ou de l'indifférence dont les conditions nécessaires à l'exercice du Principat sacré se trouvaient être l'objet, la continuité de ce Principat était de fait rompue, puisque le Pontife Romain ne pouvait plus jouir de son indépendance souveraine. Une heureuse solution a mis finalement un terme à cette situation. Il Nous parait superflu, en ce moment, d'exposer par le détail tout ce que Nous Nous proposions dans la préparation, la poursuite et le parachèvement de ce grand acte; à plusieurs reprises d'ailleurs, très franchement et même très longuement, Nous avons indiqué le but unique auquel tendaient Nos efforts et Nos intentions, le genre de bien qui Nous l'avait fait désirer, l'espoir qui Nous attirait et Nous poussait; de ce temps, du reste, Nous adressions des prières constantes et plus ferventes que jamais au Très-Haut, et toutes les forces de Notre esprit et de Notre cœur s'appliquaient à résoudre celle quest on hérissée de tant de difficultés. Il est un point cependant — Nous ne ferons que l'effleurer — que Nous ne pouvons passer sous silence : la souveraineté du Principat sacré une fois garantie, après la reconnaissance et la solennelle ratification des droits du Pontife Romain, après le retour final de la paix du Christ en Italie, dans toutes les questions qui demeuraient à résoudre, Nous avons apporté une bonté et une condescendance que pouvait seule témoigner une âme paternelle; et par là Nous ne croyons pas avoir dérogé au devoir qui Nous incombait. Il en est résulté avec une grande évidence — la question n'était pourtant pas douteuse — qu'en revendiquant les droits sacrés du Siège Apostolique, de même que dans les déclarations de l'encyclique que Nous venons de rappeler, Nous n'étions nullement inspiré par le vain désir d'une royauté temporelle, mais que des pensées de paix et non d'affliction ne cessaient point de Nous inspirer.
Quant au Concordat que Nous avons conclu et ratifié, Nous avons déclaré expressément et Nous déclarons de nouveau qu'on ne doit nullement le considérer comme une sorte de garantie du traité conclu avec l'Italie pour résoudre la Question dite romaine; car, en raison du seul et même principe dont le traité ainsi que le Concordat découlent et qui leur sert de base, ces deux instruments ne forment en droit qu'un seul tout. Ils ne peuvent être séparés l'un de l'autre : ou tous les deux subsisteront ensemble ou tous les deux tomberont ensemble. Cet événement, en vérité mémorable, les catholiques du monde entier, justement préoccupés de la liberté du Pontife Romain, l'ont accueilli avec une allégresse extraordinaire et générale, allégresse qui s'est traduite par d'universelles actions de grâces envers Dieu et par des félicitations venues de toutes parts à Notre adresse; mais la joie la plus vive fut certainement celle des Italiens; les uns, en effet, par la solution de l'ancien conflit, s'affranchissaient plus aisément de leurs préjugés à l'égard du Siège Apostolique et revenaient à leurs devoirs; et les autres — nui, pour être les fils très aimés du Pontife romain, ne pouvaient convaincre de leur patriotisme les ennemis de l'Eglise ou ne le pouvaient qu'à grand'peine — se réjouissaient de ce que leur patriotisme ne pouvait plus désormais être mis en doute. Tous les catholiques, soit de l'Italie, soit du reste du -monde, ont également senti et compris qu'un nouvel ordre de choses se préparait, et sous les plus heureux auspices. Ces traités, en effet, sont venus soixante-quinze ans après la proclamation du dogme catholique de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu; ils ont de plus été signés le jour même où, peu après la proclamation du dogme, dans la Grotte de Lourdes sur les bords du Gave, la Vierge immaculée avait daigné apparaître; cette coïncidence semblait montrer que la Mère de Dieu avait elle-même patronné ces actes et que le Sacré Cœur de Jésus, en la fête duquel ils furent ratifiés, les avait rehaussés d'une solennelle approbation en les revêtant pour ainsi dire de son sceau. Cette pensée était juste, du reste. Si les conventions souscrites de part et d'autre sont appliquées avec une entière et rigoureuse bonne foi, comme il y a tout lieu de l'espérer, il est incontestable qu'elles produiront en faveur soit du christianisme, soit de notre patrie et même de la société humaine, des avantages immenses.
L'extrême importance et l'heureuse signification de cet événement Nous ont retenu un peu longuement; il convient pourtant d'ajouter, au moins brièvement, qu'en cette année qui s'achève, la souveraine Providence de Dieu Nous a permis de manifester Notre bienveillance, en concluant avec les Gouvernements d'autres nations des accords réciproques entre le Siège Apostolique et le pouvoir civil, et de les ratifier; tout en garantissant la liberté de l'Eglise, ces pactes contribueront certainement à la prospérité des Etats intéressés.
En dehors de la convention signée avec la République du Portugal, et qui se borne à fixer les limites et la juridiction du diocèse de Méliapore, Nous avons conclu auparavant avec la Roumanie, puis après avec la Prusse, des Concordats destinés à prévenir toute cause future de conflits; de plus, grâce à ces traités, l'Eglise et le pouvoir civil, chacun pour sa part, agissent désormais de concert au mieux des intérêts de la société chrétienne. Dans la réalisation de ces Concordats il s'agissait en somme d'obtenir la reconnaissance légale du gouvernement de l'Eglise catholique parmi des peuples qui, en majorité, sont soustraits à Notre autorité; on se heurtait ainsi à des difficultés graves et multiples; elles ont été surmontées cependant grâce au zélé concours, à la prudence, à l'équité des dirigeants politiques et des Gouvernements nationaux eux-mêmes. Si donc, en cette fin d'année, Nous passons en revue l'univers, Nous constatons que la plupart des nations entretiennent des relations amicales avec ce Siège Apostolique; presque toutes ont conclu avec lui des traités ou se préparent soit à le faire, soit à les renouveler, ce qui est pour Nous la cause d'une grande joie. Que si, à l'extrême orient de l'Europe, une guerre farouche, déclarée non pas tant à la religion chrétienne qu'à tous les droits divins et humains, Nous afflige, Nous éprouvons cependant une vive consolation depuis que la si cruelle persécution qui sévissait dans la République mexicaine contre le clergé et le peuple catholiques paraît s'être calmée, au point même que la paix si désirée ne semble plus bien distante et que, dès maintenant, on peut l'entrevoir sans témérité.
Nous n'avons été ni moins ému ni moins réjoui en voyant durant cette année, que Nous avons voulue si sainte, les liens de ce Siège Apostolique avec l'Eglise orientale se resserrer encore plus étroitement, cette Eglise dont les fils ont si volontiers saisi l'occasion qui s'offrait à eux pour Nous traduire leur attachement à L'unité de l'Eglise par des manifestations publiques; ils nous rendaient en quelque sorte l'intérêt et l'affection que Nous-même, marchant sur les traces de Nos prédécesseurs, avons constamment témoignés aux nations orientales. Ils nous ont effectivement adressé les lettres les plus dévouées et Nous ont donné des preuves publiques, et même magnifiques, de leur reconnaissance et de leur allégresse. Les patriarches de ces peuples et leurs évêques, soit en personne, soit par l'intermédiaire de leurs délégués, se sont présentés à Nous afin d'exprimer plus vivement la piété de leurs troupeaux respectifs envers le Pasteur suprême des âmes. Ils suivaient l'exemple des évêques arméniens qui, l'an dernier, dans le but de remédier aux maux de leur peuple, s'étaient tournés vers la Chaire de Pierre et réunis à Rome. Les évêques ruthènes, peu de temps après, vinrent également dans cette ville, où ils ne s'étaient jamais encore réunis tous ensemble; mais ils avaient désiré y tenir leur assemblée épiscopale, afin d'attester avec évidence, par le choix même du temps et du lieu, la soumission absolue et le dévouement de l'Eglise ruthène tout entière au successeur du Prince des Apôtres. Ce* assemblées eurent pour résultat que Nos espérances, Notre attente, ne furent en rien déçues. Les Pères ainsi réunis ont discuté l'enseignement des sciences sacrées, la fondation de petits séminaires et l'enseignement du catéchisme au peuple durant un cycle déterminé d'années; ils ont ainsi rendu divers décrets pris d'un commun accord; ils ont ensuite étudié les moyens de parvenir à la rédaction d'un droit canon oriental et de promouvoir L'Action catholique parmi leurs laïcs conformément à Nos désirs; suivant toute justice, ils ont soumis à Notre approbation leurs décisions, Nous avons pu Nous convaincre de la sorte qu'ils n'en pouvaient prendre de plus avantageuses pour leur clergé et leurs fidèles.
Les événements que Nous venons d'exposer ont assurément un éclat qui, en lui-même, est déjà bien digne de fixer l'attention et l'admiration des hommes. Toutefois, la communauté chrétienne n'a pas moins bénéficié, Nous semble-t-il, des entreprises qui, par la permission de l'infinie providence de Dieu, sont venues, au terme de cette année, combler, si l'on peut dire, Notre allégresse soit par leur achèvement, soit par leurs heureux débuts. Nous ne parlerons point des cures que nous avons fait élever, afin que les desservants aient les moyens nécessaires à l'honorable accomplissement de leur charge; Nous omettrons de même ces collèges que les religieux appartenant à l'Ordre des Servîtes de la Bienheureuse Vierge Marie et à celui de saint François de Paule destinent à l'instruction d'élèves de toute nation, fondés il y a peu de temps à Rome, et qui commencent à fonctionner. Nombreux en effet sont les collèges créés pour donner aux clercs tous les avantages de la science et de la vertu; ils se sont élevés sous Nos yeux en un laps de temps bien court, et jadis, à ce qu'il semble, il aurait fallu nombre d'années pour la réalisation de pareilles œuvres. Nous citerons ceux qui peuvent déjà recevoir des élèves choisis, venus de régions variées, fort distantes, et qui sont confiés au Sacré Conseil de la Propagation de la Foi : le Collège lombard, le Collège russe, le Collège tchécoslovaque. Mais ne pourrons-Nous dire qu'un terrain nouveau et plus vaste a été attribué au Séminaire éthiopien et que Nous l'avons fait élever intentionnellement à côté de Notre propre Palais; que deux collèges dont la première pierre vient d'être posée, l'un pour les clercs rulhènes, l'autre pour les clercs brésiliens, ont été fondés et qu'un nouvel édifice destiné à recevoir les •élèves du Séminaire Romain Vatican est sur le point d'être entrepris? Tout ceci n'a d'autre but que le salut des âmes, ces âmes que le Christ Rédempteur a payées de tant de sang; dès lors, pourquoi ne pas espérer que Nos entreprises, avec Je secours de la grâce divine, ¡1 liront pour résultat de former des troupes et plus nombreuses et plus parfaites de lévites pour le champ apostolique? Ces jeunes prêtres >e seront imbus ici, dans ce centre, on peut bien le dire, de l'univers catholique, de la vraie doctrine du Christ et formés à la pratique des vertus sacerdotales; ils y auront reçu les ordres sacrés; mais, après leur départ de Rome, pourquoi ne pas espérer qu'ils resserreront avec le Siège Apostolique les liens de leurs nationaux, si ces derniers sont déjà en communion avec lui, qu'ils s'efforceront de les ramener progressivement à l'union si, pour leur grand malheur, leurs compatriotes ont rompu toute attache avec l'Eglise Romaine, ou bien enfin qu'ils éclaireront des lumières de la vérité évangélique ceux que recouvrent les ténèbres et l'ombre de la mort, et que, chaque jour, parmi leurs frères de race, ils étendront plus loin le Royaume du Christ? L'espoir de ces fruits a pour Nous tant de prix que jamais Nous ne pourrons offrir assez de louanges au divin Auteur de Notre joie, à Celui qui Nous a permis, en vue du bien de l'Eglise, de mener à leur terme ces diverses entreprises.
Mais, Vénérables Frères, Fils très aimés, d'autres événements méritent encore que Nous vous les rappelions, événements qui dans une certaine mesure ont ennobli cette année et, par la volonté de Dieu, Pont rendue encore plus mémorable. Par la volonté de Dieu, disons-Nous; car c'est lui qui gouverne l'ordre visible de ce monde, et pour lui il n'y a rien de fortuit, rien qui soit l'effet du hasard. Il est dans la nature des hommes qu'à l'expiration de certaines époques ils fassent volontiers une sorte de pause, afin de se remémorer les bienfaits particuliers qu'ils ont reçus de Dieu et dont a bénéficié la société chrétienne au cours de la période écoulée. Dans cette commémoration ils puisent de nouvelles forces qui leur permettent de parcourir le reste de la route avec plus de vigueur. Or, il est incontestable que toutes les faveurs qui Nous sont échues durant ces douze mois ne pouvaient que frapper les fidèles chrétiens et, suivant le temps où les circonstances, les entraîner dans un même élan d'amour vers ce Dieu si bon et si grand, ainsi que vers le Père commun. Pour répondre à ces manifestations d'attachement, Notre amour paternel Nous faisait un devoir de participer soit par Nos lettres, soit par Nos légats aux
ACTES DE PIE XI — VI
solennités célébrées durant cette année, afin d'en rehausser la splendeur.
L'illustre famille dont saint Benoît fut le père et le législateur se préparait en effet à célébrer le quatorzième centenaire de la fondation de rarchimonastère du Mont-Cassin. Le Siège Apostolique ne pouvait se désintéresser de l'événement; car cette « école normale de la vie monastique » avait longuement et noblement mérité non seulement de la Papauté, mais encore des sciences humaines et de la civilisation. Nous l'avons dit et redit; désormais les savants et les érudits ne sont plus les seuls à le voir et à le comprendre; cette connaissance s'est également répandue parmi le public grâce à une juste compréhension des louanges décernées. Personne n'ignore non plus qu'au peuple, surtout de Notre Italie, on propose souvent en exemple la maxime de ce très saint patriarche : « Prie et travaille. » Les religieux de rarchimonastère, suivis du reste par les autres membres de la famille bénédictine, ont, eux aussi, favorisé les arts et veillé à la conservation des œuvres de la science tant divine qu'humaine pour les générations futures; ils ont envoyé des hérauts dans les régions les plus diverses, même les plus reculées, et les avantages qu'en ont tirés le christianisme et la civilisation furent si grands que Notre prédécesseur d'heureuse mémoire Pie X, résumant brièvement et vigoureusement les services rendus par le monastère du Mont-Cassin, pouvait déclarer en toute vérité que « ses fastes représentaient pour une grande part l'histoire de l'Eglise Romaine ». Il ne faut donc pas s'étonner si, à l'occasion des solennités instituées dans la très antique archiahbaye, les visiteurs affluèrent de tous côtés et gravirent à l'envi la sainte montagne pour y vénérer la mémoire du patriarche saint Benoit, en même temps que purifier leurs âmes.
Une autre solennité nous reporte à une date moins reculée dans l'histoire do l'Eglise. A Stockholm, capitale de la Suède, avec une splendeur inaccoutumée, car il faut tenir compte du petit nombre de nos frères catholiques, on a commémoré l'arrivée de saint Anschaire en Suède; il y abordait en 1100, après avoir déjà répandu en Danemark, avec le plus grand zèle, la semence de la doctrine évangélique. Les solennités ont duré trois jours; y assistaient pour ainsi dire les envoyés de quatorze nations, deux cardinaux, des évêques, quelques abbés de l'Ordre de Saint-Benoit et plus d'un millier de fidèles; les panégyriques sur la vie de saint Anschaire et sur son magnifique apostolat s'inspiraient des documents historiques les plus récents. Notre lettre, que Nous avions fait précéder de ferventes prières, fut lue et accueillie par d'unanimes applaudissements. Les étrangers venus à ces fêtes ont été reçus à l'Hôtel de Ville de Stockholm avec les égards les plus flatteurs; des adresses Nous ont été transmises ainsi qu'au roi de Suède, des télégrammes d'hommages et de souhaits. La célébration de ce centenaire ne paraîtra certainement pas de moindre importance si l'on réfléchit qu'en Suède, il y a soixante-dix ans à peine, le catholicisme était encore l'objet d'une franche hostilité; à ceux qui entraient dans l'Eglise Romaine la loi imposait l'exil et la perte du droit d'hériter. Rappelons à ce propos que, dans ce pays, plusieurs hommes ou femmes des milieux cultivés ont récemment embrassé la foi catholique. Dans l'Islande, qui dépend du Danemark, un cardinal, préfet de l'OEuvre de la Propagation de la Foi, a eu cette année même, le bonheur de consacrer la cathédrale. Aux bienfaits que Nous devons à Dieu, en cette année, nous joindrons encore celui-ci : Nous avons l'espoir, bien fondé, que les peines et les travaux des vicaires apostoliques, des prêtres, des religieux et religieuses dans cette vaste partie du champ du Seigneur Nous donneront la joie d'une moisson beaucoup plus abondante à l'avenir; Nous le devrons certainement à la protection de saint Anschaire.
De même qu'au Mont-Cassin Nous avions envoyé un cardinal pour Nous représenter aux solennités en cours, de même Notre légat a latere, choisi également dans le Sacré-Collège, assista en France, sur Notre ordre, aux fêtes célébrant le cinquième centenaire du jour où Jeanne d'Arc, cette jeune fille si sainte qui a si glorieusement mérité de sa patrie, entrait en triomphe dans la ville d'Orléans. Désireux de rendre ce souvenir et l'évocation de ce triomphe plus agréables à tous les citoyens et plus fructueux aux catholiques, Nous avons tenu à ce que Notre légat prit Notre place à ces solennités.
Nous avons encore jugé de Notre devoir de Nous faire représenter par Notre nonce apostolique aux fêtes publiques célébrées par les citoyens de la République tchécoslovaque en l'honneur du bicentenaire de la canonisation de Jean Népomucène et surtout du millénaire de l'assassinat, tramé par son frère, de saint Wenceslas, l'illustre duc de Bohême, patron de cette même République. Ainsi que Nous l'avons dit dans Notre dernière allocution consistoi iale, ce fut pour Nous une vive satisfaction d'apprendre que non seulement les citoyens et les étrangers accoururent en foule aux solennités données en l'honneur du martyr Wenceslas, mais que les chefs et les dirigeants eux-mêmes de la République y prirent également part. Comment ne pas Nous réjouir de cette commune ferveur des âmes? Au trouble général que la dernière guerre avait apporté dans l'unité et l'Action catholiques de ces pays, à la crise menaçante qu'elle y avait laissée derrière elle, ont succédé pendant ces jours, semble-t-il, une paix, une sérénité, un renouveau de la vie publique tels que Nous les demandions à Dieu lors de l'approche de ces solennités; et par l'intercession de saint Wenceslas, Nous en souhaitons la consolidation pour l'avenir. Plaise à Dieu que Nos vœux ne cessent point de se réaliser; car l'action concordante des deux pouvoirs, ecclésiastique et civil, est de toute évidence le moyen le plus sûr et le plus convenable de rendre cette nation prospère.
Ailleurs, Nos fils si chers d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, d'une foi si tenace, d'une piété si ardente, à nulle autre inférieure, ont célébré d'une manière admirable le cinquantième anniversaire de Notre sacerdoce. Par des manifestations magnifiques, avec un concours incroyable de fidèles venus de tous côtés, ils ont, en effet, commémoré le centenaire de leur libération. Autrefois persécutés, soumis à une législation féroce et, malgré l'adoucissement progressif des mœurs, opprimés de la plus grave manière par la privation de leurs droits civils, ils reconquirent enfin, comme d'anciens exilés, et ces droits et la liberté de confesser leur religion. C'est avec une satisfaction extrême que Nous avons vu Anglais, Ecossais, Irlandais, fêter à l'envi ces souvenirs, non point en dénonçant les injustices qu'ils avaient subies dans le passé, mais en étudiant avec zèle le meilleur emploi qu'ils pourraient faire de leur liberté, antérieurement reconquise, ultérieurement élargie, soit pour observer plus religieusement et répandre plus largement la doctrine du Christ, soit pour mieux servir le bien public tout en témoignant à l'autorité civile la soumission qui lui est due. Plus d'une raison Nous engageait à prendre une large part à la célébration de ce centenaire, il est juste, en effet, que le Vicaire de Jésus-Christ participe en tout temps aux saintes joies de ses enfants; mais il le devait bien davantage quand on rappelait le terme finalement apporté aux souffrances de ces généreux et nobles ancêtres, qu'ils avaient endurées avec une constance et un courage admirables pour défendre leur foi et leur communion avec l'Eglise romaine. Mais, grâce à Dieu, Nous avons eu le bonheur de combler la joie de Nos fils d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, et d'une façon entièrement conforme aux souvenirs qu'ils célébraient. Les procès de canonisation en cours furent en effet repris, révisés, et cette courageuse phalange d'hommes qui, durant la longue persécution que Nous venons de rappeler, avaient combattu non point à la même époque, mais pour la même cause, celle du Christ et de l'Eglise, Nous l'avons tout dernièrement rangée parmi les saints, au nom de cette autorité pontificale dont la défense avait été la gloire de leur martyre. Et c'est ainsi que Notre cinquantième année de sacerdoce, qui devait déjà tant d'éclat au décret de béatification du martyr Côme de Carbonian, Arménien, dont le zèle en faveur de l'unité de l'Eglise le conduisit jusqu'à l'effusion de son sang, en prit un plus grand encore, vers son terme, par l'attribution de la palme et du culte des martyrs à tant de victimes.
Que le Saint-Esprit infuse en quelque sorte dans les veines de l'Eglise sa force et sa vertu éternelles, qu'il les en imprègne, on le voit avec évidence jusque dans le triomphe final de ces martyrs. On le voit du reste avec non moins d'évidence pour d'autres héros de la sainteté que Nous avons proposés à la vénération et à l'imitation des chrétiens pendant le mois de juin. Il est à peine possible de dire les foules de citoyens, d'étrangers, qui, dans la majestueuse basilique de Saint-Pierre, ont vénéré avec Nous les nouveaux bienheureux : Claude de La Colombière, ce fils éminent de la Société de Jésus, que Jésus lui-même appela « le serviteur fidèle », en le donnant pour directeur à Marguerite-Marie Alacoque, et qui fut encore un des principaux propagateurs du culte de son Cœur parmi le peuple chrétien; Thérèse-Marguerite Redi, Carmélite de Florence, petite fleur de jeunesse et d'innocence; François-Marie de Camporosso, religieux Capucin, qui, presque de nos jours et conformément à sa profession religieuse, avait pendant quarante ans mendié son pain de porte en porte. Sa perfection était exemplaire; ses conseils, ses exhortations à la sainteté reflétaient une sagesse ayant quelque chose de divin ; aux yeux du peuple et même des gens cultivés, il rappelait si bien le saint d'Assise que les Génois — après l'avoir connu et honoré de son vivant — n'ont point cessé depuis sa mort d'entourer sa mémoire d'une pieuse vénération. Mais comment décrire la joie que Nous avons éprouvée en inscrivant Jean Bosco au nombre des bienheureux et en lui adressant dans la basilique vaticane des prières publiques? C'est pour Nous, en effet, un souvenir plein de charme que de Nous rappeler le temps où, jeune prêtre encore, Nous pouvions jouir de la présence de cet homme si élevé et de ses entretiens débordant de sagesse; aussi admirions-Nous en Nous-même la miséricorde de Dieu, « vraiment admirable en ses saints », et qui, aux funestes entreprises des hommes s'efforçant de ruiner le christianisme et d'amoindrir la souveraine autorité du Pontife romain par des calomnies et des outrages, leur avait si longtemps et si providentiellement opposé Jean Bosco. Dans sa jeunesse il avait l'habitude d'inviter ses compagnons d'âge à prier avec lui; il leur enseignait en même temps les éléments de la doctrine chrétienne. Après qu'il eut reçu les ordres sacrés, le salut de la jeunesse, plus exposée qu'un autre âge aux pièges des méchants, le préoccupa tout entier et réclama tous ses soins. Il maintenait les jeunes gens qu'il avait groupés à l'abri du danger et les formait aux préceptes de la loi évangélique, ainsi qu'à la pureté des mœurs. Pour étendre sa noble entreprise, il lit appel à des collaborateurs, et avec tant de succès qu'il donna bientôt à l'Eglise une véritable cohorte, et des plus nombreuses, de nouveaux soldats. Des collèges ou des ateliers pour les jeunes gens, qu'il formait soit à l'étude des lettres, soit aux arts manuels, furent fondés par lui tant chez nous qu'à l'étranger; il dirigea enfin nombre de ses disciples vers les pays infidèles pour y propager le royaume du Christ. Du temps que, dans la basilique de Saint-Pierre, Nous songions à ces choses, Nous étions frappé de l'opportunité que Dieu manifestait à secourir et défendre son Eglise, surtout dans l'adversité. Une autre coïncidence Nous frappait encore : par une providence en quelque sorte spéciale de l'Auteur de tout bien, ce fut justement après avoir conclu cette paix si désirée avec le royaume d'Italie que Nous décernions les honneurs célestes à Jean Bosco; or, il était de ceux qui déploraient vivement la violation des droits du Saint-Siège; il s'était même efforcé à plusieurs reprises d'obtenir la restauration de ces droits et de mettre un terme amical à ce conflit si lamentable qui soustrayait l'Italie à la paternelle étreinte du Souverain Pontife.
Nous ne pouvons Nous empêcher ici, Vénérables Frères et Fils très aimés,, de dire quelques mots de la magnifique affluence des catholiques qui, durant cette année, firent le pèlerinage de Rome; c'est à peine d'ailleurs si l'on peut les appeler des pèlerins ou des étrangers, car dans la demeure du Père commun nul ne peut être qualifié d'étranger. Nous avons pu contempler ainsi un spectacle qui Nous fut des plus agréables, et à plus d'un titre. Car toutes ces nations, de génie, de caractère, de mœurs si différents, s'unissaient dans une même foi et une même soumission envers le Pasteur suprême des âmes; dès lors, ne fournissaient-elles pas la preuve manifeste, publique, de cette unité, de cette universalité que le divin Fondateur a voulu imprimer à son Eglise comme des signes vraiment distinctifs?
A certaines époques de l'année, on peut dire qu'il n'y eut pas de jour sans que les fidèles ne vinssent en foule des diocèses de l'Italie, des autres pays de l'Europe, et même des régions que sépare de Nous l'immense étendue des océans; et c'était leur piété qui les amenait visiter les temples les plus célèbres de Rome. Nous ne pouvons pas non plus ne pas mentionner les Romains, si proches du Souverain Pontife, leur propre évêque; la plupart du temps, ce fut en cortège et en foule qu'ils visitèrent les basiliques, afin de gagner l'indulgence offerte à l'univers catholique; leur piété, par conséquent, ne le cédait en rien à celle des pèlerins ou des étrangers. Et ces fils de Notre diocèse, au mois de décembre, sont venus en si grand nombre dans la basilique de Saint-Pierre, pour y gagner l'indulgence jubilaire, que Nous n'avons jamais vu peut-être l'immense édifice débordant d'une telle multitude.
Quant à ceux qui en foule sollicitaient Nos audiences, Nous les avons bien volontiers accueillis et leur présence Nous a causé une joie extrême. Ils vinrent par milliers, des jeunes gens surtout; ils arrivaient de tous pays, et Nous les recevions, et ils Nous écoutaient avec une attention, Nous pourrions même dire avec une passion, qui se traduisait dans leurs applaudissements, dans leurs acclamations; par le dévouement sans bornes qu'ils Nous témoignaient Nous avons compris qu'en fait Nous avions atteint le but que Nous Nous étions proposé en décrétant une nouvelle Année sainte. Comme Nous le disions au début, Nous n'avions pas d'autre désir que d'exciter plus vivement la foi et la piété du peuple chrétien, de préparer des voies favorables au redressement des mœurs privées et publiques; car — pour Nous servir des paroles de Notre prédécesseur d'heureuse mémoire Léon XIII — « tout ce que gagnent les individus en rendant leur âme plus parfaite a pour effet, et dans la même mesure, d'apporter plus de moralité et plus de vertu dans la vie et les mœurs publiques ». C'est là une conséquence nécessaire. Aussi, que de magnifiques exemples de vertu et de piété Nous avons vus au cours de cette année! Certes, il ne manque point en ce monde des êtres légers dont les désirs vont uniquement aux biens périssables; mais les fidèles chrétiens ne se laissaient point troubler par ce voisinage; ils accouraient à l'envi au trésor des grâces célestes que Nous avions ouvert avec une libéralité paternelle, et ils venaient y puiser des richesses éternelles. Et tous, ceux-là surtout qui, chez eux, pouvaient profiter à loisir des moyens de salut qui leur étaient offerts, mais qui n'en n'avaient pas moins préféré les fatigues et les dépenses d'un voyage, ne prouvaient-ils point de la sorte qu'il est des biens de beaucoup préférables aux vanités et aux plaisirs de ce monde, de beaucoup plus dignes d'une âme immortelle et que, pour cette raison, l'homme doit rechercher avant tout? A cette consolation s'en ajoutait une autre.
Par Nos entretiens presque quotidiens avec cette grande multitude de Nos fils, il Nous apparaissait qu'à cette heure ils se dévouent avec un zèle bien vif aux intérêts du Royaume du Christ soit pour confirmer dans leur fidélité les nations déjà catholiques, soit pour répandre la connaissance de ce Royaume au milieu des peuples ignorant notre doctrine et notre civilisation. Il en est résulté tout à la fois que l'Action catholique, chargée d'aider et de favoriser l'apostolat du clergé, et les offrandes recueillies pour soutenir l'œuvre des Missions ont durant cette année marqué un progrès. Aussi, avant d'aller plus loin, Nous tenons à louer la pieuse libéralité de ceux qui, eu souvenir de l'heureux accomplissement de Notre cinquantenaire, Nous ont offert et vasa atque ornamenta sacra in Missionum usum Nobis copiosissima obtulere.
divers objets, linges sacrés, vases et ornements pour les Missions, et avec une abondance considérable.
Les désirs que Nous exprimions, Vénérables Frères, Fils très aimés, au début de cette lettre, Nous vous les exprimons à nouveau en finissant : rendez grâces à Dieu de concert avec Nous, à ce Dieu qui Nous a permis et d'atteindre cet âge et d'accomplir cette carrière sacerdotale, du même temps qu'il Nous soutenait de ses grâces les plus puissantes et Nous réconfortait par toutes sortes de consolations, notamment au cours de cette année.
Mais après avoir reporté à Dieu, comme de juste, une pareille accumulation de bienfaits, Nous devons aussi une reconnaissance particulière à ceux qui servirent d'instruments à sa Providence et à sa bonté pour Nous combler de tant de faveurs. Nous en devons, par conséquent, aux chefs de nations qui, en Nous faisant des dons précieux et en favorisant les pèlerinages de leurs nationaux, Nous ont ainsi montré leur bonne volonté à Notre égard.
Mais Nous en devons aussi à la famille entière des catholiques qui, soit chez eux, soit à Rome, se sont acquis l'indulgence universellement offerte, mais en fournissant du même coup des témoignages surabondants de leur foi et de leur piété non seulement au Père commun, mais au reste du monde. Et ces fruits de vertu, pourquoi dans la suite des temps viendraient-ils à disparaître et à s'évanouir? Qu'il soit bien loin d'en être ainsi, c'est ce que Nous demandons au divin Créateur et Maître du genre humain. Nous espérons donc qu'avec l'apaisement universel des rivalités de partis, sous l'influence de la charité chrétienne, les mœurs privées et publiques se réformeront d'après les préceptes évangéliques; que les citoyens, entre eux et envers les pouvoirs publics, pratiqueront une scrupuleuse concorde et surtout qu'ils se pareront des vertus chrétiennes de la façon la plus exemplaire. Et c'est ainsi que de la patrie terrestre ils s'achemineront à la patrie céleste, heureux terme de leur pèlerinage d'ici-bas.
De divers côtés et à plusieurs reprises Nous avons été prié, en ces derniers mois, de prolonger quelque peu les bienfaits de ces fruits spirituels que Nous venons de rappeler. Ces demandes dépassent peut-être les règles de l'usage; cependant, la sollicitude que Nous éprouvons pour le salut commun et le désir que Nous avons de témoigner Notre reconnaissance d'une manière encore plus large Nous inclinent â faire droit à ces demandes. En conséquence, la rémission plénière de toutes les fautes que Nous avions accordée à titre de jubilé extraordinaire par la constitution apostolique Aupiseantibus Nobis du 6 janvier, Nous la prorogeons, aux mêmes conditions, jusqu'au mois de
PIUS PP. XI.
juin inclus de l'année future 1930, en vertu de Notre autorité apostolique et nonobstant toute chose contraire.
Entre temps, comme gage de cette paix que Jésus-Christ naissant apporta aux hommes et en témoignage de Notre bienveillance paternelle, Nous vous accordons du fond du cœur à vous, Vénérables Frères, Fils bien-aimés, la Bénédiction Apostolique.
Donné à Rome, auprès de Saint-Pierre, le 23 décembre 1929, en la huitième année de Notre Pontificat.
PIE XI, PAPE.
Médaille commémorative du jubilé sacerdotal de S. S. Pie XI,
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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