Encyclique Paterno iam diu (24 novembre 1919) · Benoît XV
Encyclique Paterno iam diu : Sur une quête pour les enfants d’Europe centrale
AUX PATRIARCHES, PRIMATS, ARCHEVEQUES ET ÉVEQUES
ET AUTRES ORDINAIRES EN COMMUNION AVEC LE SIEGE APOSTOLIQUE prescrivant une quête
pour les enfants affamés de l'Europe centrale.
BENOIT XV, PAPE VÉNÉRABLES FRÈRES, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.
Depuis longtemps déjà, Notre cœur paternel faisait le vœu et nourrissait l'espoir que la fin de cette horrible guerre et un renouveau de charité chrétienne viendraient, grâce aux initiatives et aux efforts communs des personnes charitables, relever peu à peu la situation de certaines contrées en proie à la disette et à la famine, particulièrement en Europe centrale.
Or, Nous n'avons pu voir se réaliser complètement Nos désirs. Il Nous revient, en effet, de tous côtés que, dans les pays si populeux auxquels Nous venons de faire allusion, le manque de vivres et de vêtements dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Voilà donc de ce chef lamentablement ruinée et compromise la santé des personnes moins robustes, et en première ligne celle des enfants.
Le sort infortuné de ces innocents Nous afflige d'autant plus profondément qu'ils ignorent tout et ne portent en aucune façon la responsabilité de la lutte fratricide qui vient d'ensanglanter l'univers presque tout entier, et qu'ils sont par ailleurs appelés à devenir les souches de générations nouvelles, menacées de ne recevoir en naissant qu'une vie amoindrie.
Pourtant, une nouvelle vient d'apporter un premier baume à Notre angoisse et à Nos inquiétudes : des personnes bien inspirées se sont groupées en Comités dans le dessein de protéger la vie des enfants. Nous n'avons pas hésité un seul instant, Vénérables Frères, à approuver, comme elle le méritait, et à sanctionner de Notre autorité cette généreuse initiative; Nous pensions remplir ainsi le devoir particulièrement sacré de bienveillante charité que mérite cet âge si tendre que chérissait le Christ Rédempteur et qui est moins armé pour souffrir et se défendre.
Au reste, un cas semblable Nous avait déjà inspiré le même geste charitable. Vous, vous rappelez comment, hier encore, Nous avons secouru, de tout Notre pouvoir, les petits enfants belges près de succomber à la faim et à la disette, et comme Nous les avons publiquement recommandés à la charité des catholiques. C'est en grande partie aux communes largesses des fidèles que l'on doit d'avoir pu subvenir aux besoins de cette foule de petits innocents et même leur sauver la vie: à peine avions-Nous recommandé cette croisade de charité aux archevêques et é v é q œ s des Etats-Unis, d'Amérique que Nos vœux rencontrèrent un large et généreux écho.
Si nous évoquons aujourd'hui le succès de cette campagne charitable, c'est bien moins pour combler de louanges des personnes bien dignes pourtant de figurer dans les annales de la charité chrétienne que pour exciter par Notre parole souveraine les évêques du monde entier à user de toute leur influence auprès des fidèles en vue de réaliser cette fois encore Notre dessein.
A l'approche do Noël, c'est aux petits enfanta d'Europe, surtout de l'Europe centrale, cruellement privés des choses nécessaires à la vie, que va naturellement Notre pensée; cet âge si tendre Nous inspire une sollicitude d'autant plus empressée qu'il est pour Nous l'évocation vivante de l'Enfant de Bethléem supportant dans la Grotte, pour l'amour des hommes, la rigueur de l'hiver et le dénuement de toutes choses. Point de temps donc qui soit mieux indiqué que Noël pour implorer, en faveur de ces jeunes et pures créatures, la charité compatissante des fidèles, comme aussi pour faire appel aux sentiments d'humanité de ceux qui ne désespèrent point du genre humain. En conséquence, Vénérables Frères, pour réaliser le dessein que Nous venons de dire, Nous vous demandons, chacun dans votre diocèse, de prescrire, pour le 28 décembre prochain, fête des Saints Innocents, des prières publiques, au cours desquelles une quête sera faite parmi les fidèles.
Et pour que cette touchante émulation dans la charité puisse subvenir aux besoins les plus pressants de tant d'enfants, on fera bien de recueillir, en plus des aumônes, des dons en nature: vivres; médicaments, vêtements, linge, toutes choses qui font spécialement défaut aux populations de ces régions.
Quant aux moyens d'assurer une juste répartition de ces offrandes et leur arrivée â destination, il n V a pas lieu de les préciser ici : on pourra s'adresser aux Comités que Nous avons demandé de créer à cet effet, ou emprunter toute autre voie que l'on jugera convenable.
Cet appel, inspiré par le devoir d'universelle paternité que Dieu Nous a confié, s'adresse avant tout aux catholiques; Nous avons con-
BENEDICTUS PP. XV.
fiance pourtant qu'il trouvera bon accueil dans tous les cœurs où vibre encore un sentiment d'humanité. Pour donner aux autres l'entraînement de l'exemple, et en dépit des demandes de secours qui affluent sans cesse vers Nous de tous les points du monde, Nous avons décidé, vu l'état de Nos ressources, d'affecter au soulagement de ces enfants la somme de 100 000 lire italiennes.
Comme gage d'un heureux succès, et en témoignage de Notre paternelle bienveillance, Nous vous accordons de tout cœur dans le Seigneur à Vous, Vénérables Frères, à votre clergé et à vos fidèles, la Bénédiction Apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 24 novembre 1919, de Notre Pontificat la sixième année.
BENOIT XV, PAPE.
LITTERA APOSTOLICA In ïaponico Imperio apostolica delegati© constituitur eidemque etiam Corea et insula Formosa committuntur.
BENEDICTUS PP. XV Ad perpetuam rei memoriam.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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