Encyclique Mens nostra (20 décembre 1929) · Pie XI
Encyclique Mens nostra : Sur les exercices spirituels
sur l'usage des exercices spirituels e t la nécessité
d'en procurer un développement toujours plus grand.
PIE XI, PAPE VÉNGIUBLES FRÈRES, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.
Notre pensée et Notre intention quand Nous annonçâmes, au début de l'année, à l'univers catholique un jubilé extraordinaire pour célébrer le cinquantième anniversaire du jour où, ayant reçu l'ordination sacerdotale, Nous offrîmes pour la première fois le divin sacrifice, n'ont certainement échappé, Vénérables Frères, à aucun d'entre vous. Comme Nous l'avons déclaré solennellement dans la Constitution apostolique Auspicantibus Nobis, publiée en date du 6 janvier 1929, Nous n'avions pas seulement l'intention d'inviter tous Nos chers fils, l'immense famille chrétienne que le Cœur très bon de Dieu a confiée à Notre Cœur, à prendre part â la joie du Père commun et à rendre grâces avec Nous d'un cœur unanime au dispensateur suprême de tous les biens; Nous avions encore et surtout la douce espérance qu'en ouvrant avec une paternelle libéralité les trésors des bienfaits célestes dont la dispensation Nous a été confiée, le peuple chrétien profiterait de cette heureuse occasion pour affermir sa foi, augmenter sa piété et son effort vers la perfection et conformer fidèlement à l'Evangile sa vie publique et privée; de là naîtrait, comme un fruit agréable de la paix et du pardon implorés de Dieu, la paix des individus et de la société.
Et cette espérance n'a pas été vaine. En effet, l'élan de piété avec lequel le peuple chrétien accueillit la promulgation du jubilé ne s'est pas affaibli avec le temps. Nous l'avons même vu croître de jour en jour, avec l'aide de Dieu, qui a suscité des événements capables de léguer à la postérité le souvenir de cette année sainte. Nous avons de Notre côté trouvé de nombreux motifs d'allégresse en contemplant de Nos yeux, en grande partie, cet admirable accroissement de foi et de piété, comme aussi en jouissant du spectacle de la grande multitude de Nos chers fils qu'il Nous a été possible d'admettre avec plaisir dans Notre palais et, pour ainsi dire, de presser affectueusement sur Notre cœur. Aussi, tout en exprimant avec ferveur Nos sentiments de reconnaissance au Père des miséricordes qui a daigné, au cours de cette année jubilaire, produire, mûrir et recueillir tant et de tels fruits dans sa vigne, Notre sollicitude pastorale Nous invite-telle et Nous pousse-t-elle à faire en sorte que ces magnifiques débuts s'amplifient à l'avenir et donnent des résultats durables pour le bonheur et le salut des particuliers ainsi que de toute la société.
Pendant que Nous songeons aux moyens d'obtenir ces avantages souhaités, il Nous souvient que Notre prédécesseur d'heureuse mémoire Léon XIII, portant indiclion en une autre occasion de l'année sainte, exhorta les fidèles, par d'importantes paroles que Nous avons reproduites dans la Constitution Auspicantibus Nobis susmentionnée, à. « ramener plus haut leurs pensées plongées dans la terre ». Il Nous souvient aussi que Notre prédécesseur de sainte mémoire Pie X, après avoir sans cesse favorisé par la parole et par l'exemple la sainteté sacerdotale, publia, à l'occasion de son jubilé sacerdotal, une pieuse « Exhortation » au clergé catholique, pleine de précieuses leçons et de citations de choix qui élèvent à de rares hauteurs l'édifice de la vie spirituelle.
Marchant sur les traces de ces Pontifes, Nous avons jugé bon de laisser Nous aussi un bienfait; Nous apportons un don excellent que nous espérons devoir être la source de nombreux et remarquables profits pour le peuple chrétien : Nous voulons dire les exercices spirituels, usage que Nous désirons vivement voir se répandre chaque jour non seulement dans le clergé séculier et régulier, mais encore parmi la foule des laïques catholiques, et qu'il Nous plaît de laisser à Nos chers fils comme un souvenir de cette année sainte. Nous le faisons avec plus de joie à la fin de cette année de jubilé sacerdotal. Rien ne peut Nous être en effet plus agréable que d'évoquer les grâces célestes et les ineffables consolations que Nous avons souvent goûtées en Nous adonnant aux exercices spirituels; l'assiduité apportée aux saintes retraites qui ont, comme autant de degrés, marqué Notre carrière sacerdotale; la lumière et l'élan que Nous y avons puisés pour connaître et accomplir le bon vouloir divin; le soin pris, durant tout le cours de Notre ministère sacerdotal, à former par ce moyen les autres aux choses célestes : et Nous y avons constaté un tel bien opéré dans les âmes et un si étonnant progrès, que les exercices spirituels Nous semblaient vraiment constituer un merveilleux moyen d'obtenir le salut éternel.
En vérité, Vénérables Frères, un regard, si bref soit-il, sur les temps que nous vivons, montrera, à plus d'un titre, la valeur, l'utilité et l'opportunité des saintes récollections. La plus grave maladie de Notre siècle, la source abondante des maux que déplorent les hommes de cœur, c'est la légèreté et l'irréflexion qui font s'égarer nos contemporains dans l'erreur. D'où le besoin perpétuel et incoercible de se répandre au dehors, une soif inextinguible de richesses et de plaisirs qui, peu à peu, affaiblit et étouffe dans les cœurs le désir des biens supérieurs et les mêle à tel point aux affaires extérieures et passagères qu'il leur devient impossible de penser aux vérités éternelles, aux lois divines et à Dieu lui-même, l'unique principe et fin de toute créature : cependant, dans sa bonté et sa miséricorde infinie, Dieu ne cesse pas d'attirer les hommes, même de nos jours, par l'abondance de ses grâce?, si étendues que soient partout les ravages de l'immoralité. Pour guérir la maladie dont souffre tant la société humaine, quel secours plus efficace et quel meilleur remède proposer, sinon d'inviter au pieux recueillement des exercices spirituels ces âmes amollies et insouciantes des réalités éternelles? Et, en vérité, même si ces exercices spirituels n'étaient autre chose qu'une brève retraite de quelques jours durant lesquels on s'éloigne du monde extérieur et de la foule de ses soucis, non pour passer le temps dans le repos et l'inoccupation, mais pour avoir l'occasion d'examiner les graves questions qui n'ont jamais cessé d'émouvoir profondément l'humanité sur son origine et sa fin : « D'où viens-je et où vais-je? » — personne ne niera que ces saints exercices ne puissent produire d'excellents fruits.
Mais ces pieuses retraites apportent encore de plus grands bienfaits : elles obligent notre esprit à un effort pour observer attentivement nos pensées, paroles et actions, et descendre ainsi plus attentivement au fond de nous-mêmes; or, cet effort est un excellent exercice pour nos facultés. Dans ce remarquable champ d'exercices spirituels, l'intelligence s'habitue à mûrir les questions et à les peser avec justesse, la volonté s'affermit, les passions subissent la contrainte et le gouvernement de la raison, les actions humaines, sagement réfléchies, se conforment réellement à un idéal bien déterminé, l'âme atteint aussi sa noblesse et sa dignité natives, comme le déclare saint Grégoire Pape en une élégante comparaison de ton Pastoral ; « Comme l'eau, l'esprit humain, endigué, s'élève vers Je ciel, parce qu'il recherche le lieu d'où il descend, mais abandonné, il se perd, parce qu'il se répand inutilement dans les bas-fonds. » De plus, en s'exerçant aux pensées spirituelles, « l'esprit se réjouit dans le Seigneur se sent comme aiguillonné par le silence et se nourrit d'inexprimables extases », comme le remarque sagement saint Eucher, évêque de Lyon, et, en outre, la divine libéralité l'invite à goûter cette « céleste nourriture » dont Lactance affirme: « Il n'y a pas pour l'âme de plus suave aliment que la connaissance de la vérité. » Selon l'expression d'un auteur ancien, qui passa longtemps pour être saint Basile, c'est pour l'âme « une école d'enseignement céleste et une formation aux sciences divines »; « Dieu y est l'objet total de l'enseignement, la voie où l'on avance, et c'est par lui seul qu'on parvient à la connaissance de la vérité souveraine ».
Les exercices spirituels ont donc une extraordinaire efficacité pour perfectionner les puissances naturelles de l'homme, niais au.-si et surtout pour former l'homme surnaturel et chrétien. A cette époque où le véritable esprit du Christ et les idées surnaturelles qui sont le tout de notre sainte religion rencontrent tant d'empêchements et d'obstacles, alors que partout règne le naturalisme, qui affaiblit la fermeté de la foi et éteint les flammes de la charité chrétienne, il importe souverainement que l'homme se soustraie à la fascination de la frivolité qui obscurcit le bien et qu'il se cache dans une bienheureuse retraite. Là, sous la conduite du Maître céleste, il se fera une juste idée et comprendra le prix de la vie humaine, qui réside uniquement dans le service de Dieu; il prendra en horreur le péché et ses hontes; il concevra une salutaire crainte de Dieu, il verra clairement, comme si un voile tombait de devant ses yeux, la vanité des choses terrestres; touché par les avertissements et les exemples de Celui qui est la voie, la vérité et la vie, il se dépouillera de l'homme ancien, il se renoncera à lui-même et, par l'humilité, l'obéissance, la mortification volontaire, il revêtira le Christ et tendra à devenir homme parfait, atteignant la mesure de la stature parfaite du Christ, dont parle l'Apôtre; il fera enfin tous ses efforts pour en arriver à pouvoir répéter lui aussi avec le même Apôtre : de vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi. Par ces degrés, l'âme s'élève jusqu'à la perfection complète et s'unit suavement à Dieu, avec l'aide de la grâce divine, qu'elle demande en plus grande abondance, durant ces jours, par la ferveur de ses prières et la fréquentation plus assidue des saints mystères.
Voilà, certes, Vénérables Frères, des bienfaits extraordinaires et de souveraine valeur ; ils dépassent de haut la nature humaine, et c'est dans leur obtention uniquement que se trouvent le repos, le bonheur et la paix que le cœur humain désire avidement et que la société contemporaine, emportée par la fièvre des plaisirs, recherche vainement dans la poursuite ardente des biens périssables et dans le tumulte et le trouble de la vie. Les exercices spirituels, au contraire — et c'est une doctrine sûre, — ont une merveilleuse vertu de pacification et de sanctification; d'ailleurs, dans les siècles passés et peut-être plus clairement encore en notre temps, une longue expérience le prouve, puisque la foule est presque innombrable de ceux qui en sont sortis enracinés et affermis dans le Christ, remplis de lumière, comblés de joie et envahis de cette paix qui surpasse toute intelligence
Cette plénitude de vie chrétienne qu'apportent, comme on le voit, les exercices spirituels produit, en dehors de la paix intérieure de l'âme, un autre fruit tout naturel et qui devient un immense et magnifique bienfait pour la société : le zèle pour le salut des âmes, -ou, selon l'expression ordinaire, l'esprit apostolique. C'est un effet propre de la charité que l'âme juste dans laquelle Dieu réside par la grâce s'embrase d'un zèle merveilleux pour faire participer les autres à la connaissance et à l'amour du Bien infini qu'elle a atteint et qu'elle possède. Or, en notre siècle, dont les besoins spirituels sont si pressants, alors que les régions lointaines des Missions déjà toutes blanches pour la moisson appellent de plus en plus haut un concours d'apôtres égal à leurs besoins; alors que nos propres contrées exigent des troupes choisies de prêtres séculiers et réguliers qui soient de dignes dispensateurs des mystères de Dieu, et les masses profondes des laïques pieux qui unis par un lien étroit à l'apostolat hiérarchique, aident le clergé de leur effort industrieux en se dévouant aux multiples œuvres et travaux de l'Action catholique, Vénérables Frères, Nous fiant aux enseignements de l'histoire, Nous considérons et glorifions les maisons d'exercices spirituels comme des Cénacles suscités par Dieu où toutes les grandes âmes, soutenues par l'aide de la grâce divine, à In lumière des vérités éternelles et sous l'inspiration des exemples du
ACTES DE PIE XI VI
Christ, découvrent clairement le prix des âmes, s'enflamment du désir de les aider dans quelque état de vie où, après un sérieux examen, elles croient devoir servir Dieu et apprennent aussi à connaître les ardeurs, les industries, les travaux et les exploits de l'apostolat chrétien.
Du reste, Notre-Seigneur a souvent employé cette méthode dans la formation des hérauts de l'Evangile. Le divin Maître lui-même, à qui il ne suffisait pas d'avoir passé de longues années dans la retraite de Nazareth, voulut, avant de briller dans sa pleine lumière devant les foules et de les instruire par sa parole de la doctrine céleste, vivre durant quarante jours entiers dans les solitudes du désert. Bien plus, au cours même de ses labeurs évangéliques, il avait coutume d'inviter également les apôtres au silence ami de la retraite : Venez à l'écart dans un lieu désert, et reposez-vous an peu, et, ayant quitté pour le ciel cette terre de misère, il voulut perfectionner ces mêmes apôtres et disciples dans le Cénacle de Jérusalem, où, durant six jours, ils persévérèrent unanimement dans la prière et se rendirent ainsi dignes de recevoir l'Esprit-Saint : mémorable retraite qui, la première, abrita \ Ô S e^&t&tae* spirituels d'où l'Eglise sortit riche d'une vigueur et d'une force inaltérables, et où, en présence et sous le patronage puissant de la Vierge Marie, Mère de Dieu, se formèrent avec les apôtres ceux qu'on peut justement appeler les précurseurs de l'Action catholique.
Dès ce jour, les exercices spirituels, sinon sous le nom et avec la méthode que nous connaissons, du moins dans leur essence, devinrent une coutume « familière aux premiers chrétiens », comme saint François de Sales l'enseigne, et comme les œuvres des saints Pères le témoignent en des textes suggestifs. Saint Jérôme exhortait ainsi la noble femme Celantia : « Choisis-toi un lieu propice et que n'atteignent pas les bruits de la famille; tu t'y réfugieras comme dans un port. Tu n'y penseras qu'aux saintes lectures, tu y répéteras tant tes prières et tu y réfléchiras si profondément sur la vie future que cette évocation compensera toutes les occupations qui absorbent le reste de ton temps. Nous ne te disons pas cela pour te séparer des tiens; mais nous veillons à ce que tu y apprenues et examines comment te comporter avec les tiens. » Et un contemporain de saint Jérôme, saint Pierre Chrysologue, évêque de Ravenne, adressait aux fidèles cette invitation tant citée : « Nous avons donné une année au corps, accordons à l'âme quelques jours... Vivons un peu pour Dieu, nous qui donnons toute notre vie au monde... Que la voix divine retentisse à nos oreilles; que les bruits familiers ne troublent pas notre ouïe... Ainsi armés, mes Frères, ainsi formés, déclarons la guerre aux péchés..., certains de la victoire. »
Au cours des siècles, les hommes ont toujours ressenti le désir d'une calme solitude où l'âme, à l'écart de toute compagnie, s'adonnerait aux choses divines; on l'a même remarqué, plus les sociétés vivent des temps troubles, plus le Saint-Esprit pousse vivement les âmes avides de justice et de vérité à rechercher la retraite « afin de s'y libérer plus souvent des convoitises corporelles et de pouvoir vivre à la cour de la Sagesse céleste où, dans le silence absolu des choses terrestres, elles se réjouissent dans les méditations simples et les délices éternelles ».
La Providence divine a suscité dans son Eglise nombre de personnages, enrichis de l'abondance des dons célestes et distingués par leur doctrine de vie surnaturelle, qui ont établi de sages règles et des méthodes reconnues d'ascèse, d'après la Révélation divine, leur propre expérience ou celle des siècles passés; c'est ainsi que, par ordre de la Providence, parurent les œuvres de l'insigne serviteur de Dieu Ignace de Loyola, sous le titre propre d'Exercices spirituels; trésor, comme l'appelait le vénérable Louis de Blois, de l'éminent Ordre de Saint-Benoît, dont saint Alphonse-Marie de Liguori cite le texte dans une fort belle épitre « sur les exercices à accomplir dans la solitude », « trésor que Dieu a ouvert en ces derniers temps à son Eglise et pour lequel il faut lui rendre de ferventes actions de grâces ».
A ces exercices spirituels dont la renommée se propagea rapidement dans l'Eglise, Notre vénérable et cher à tant de titres saint Charles Borromée, parmi tant d'autres, demanda un stimulant pour parcourir avec plus d'ardeur la voie de la sainteté : « Il en répandit l'usage dans le clergé et le peuple », comme Nous l'avons rappelé dans une autre occasion; avec son initiative et son autorité, non seulement il les enrichit d'excellentes règles et de directoires, mais il alla jusqu'à fonder une maison où l'on vaquerait uniquement aux Exercices de saint Ignace. Cette maison, qu'il appela A&ceterium, Nous semble, pour autant que Nous le sachions, devoir être signalée comme la première de toutes celles qui, par une heureuse imitation, fleurirent partout.
En effet, l'estime pour les exercices ne cessant d'augmenter dans Nos igilur, dum grato iucunditatis sensu his praecellentis piel'Eglise, ces maisons se multiplièrent avec un succès merveilleux; on pourrait les comparer à des oasis placées dans le désert aride de cette vie et où les fidèles de l'un et l'autre sexe vont puiser à l'écart une fortifiante nourriture spirituelle. Après les cruelles batailles de la guerre qui a troublé si profondément la famille humaine, après tant de blessures qui ont atteint les richesses spirituelles et matérielles des nations, qui pourra dénombrer la multitude de ceux qui ont vu s'évanouir entièrement leurs vaines espérances d'antan, ont compris clairement la nécessité de placer les biens du ciel avant ceux de la terre et se sont réfugiés sous le souffle de l'Esprit-Saint, dans les saintes retraites pour y trouver la vraie paix de l'âme? Témoin tous ceux qui, attirés par la beauté d'une vie plus sainte et plus parfaite ou ballottés par les sauvages tempêtes du tiède, troublés par les soucis de la vie ou circonvenus par b s ruses et les pièges du monde, attaqués par le terrible fléau du rationalisme ou séduits par les plaisirs des sens, se sont retirés dans ces saintes maisons, y ont goûté le repos de la solitude avec une douceur d'autant plus pénétrante qu'ils avaient subi de plus vifs assauts et, dans la méditation des choses célestes, y ont réformé leur vie d'après les vérités surnaturelles.
Ce renouveau d'une piété profonde Nous cause une grande joie et une vive reconnaissance, et Nous tenons pour certain que son extension représente la meilleure protection et le plus sûr remède contre les maux qui menacent; aussi Nous ferons en sorte de correspondre, autant qu'il est en Nous, aux desseins bienveillants de la divine Providence, afin que cette invitation secrète, faite par l'Esprit-Saint au cœur humain, ne manque pas de l'accompagner de l'effusion abondante et désirée des dons célestes.
Nous le faisons d'autant plus volontiers que Nos prédécesseurs Nous ont tracé la voie. Déjà, depuis longtemps, le Siège apostolique, qui avait souvent recommandé par la parole les exercices spirituels a donné aux fidèles la confirmation de son exemple et de son autorité en convertissant pendant quelques jours le palais auguste du Vatican en un Cénacle de méditation et de prière; c'est avec joie et consolation que Nous avons Nous-même continué cette coutume. Pour Nous conserver cette joie et cette consolation à Nous et à ceux qui Nous entourent de près, selon leur désir commun, Nous avons ordonné de tout régler pour que ces exercices aient lieu chaque année en Notre Palais.
Vous-mêmes, Vénérables Frères, il est clair que vous estimez grandement les exercices spirituels; vous y avez vaqué, avant d'être initiés aux ordres, comme avant de recevoir la plénitude du sacerdoce; puis, souvent, donnant l'exemple à vos prêtres que vous aviez convoqués, vous vous y êtes réfugiés pour vous retremper dans la contemplation des vérités célestes. Ce bel exemple mérite Notre louange publique. Nous ne pensons pas devoir honorer d'une moindre louange ces évêques de l'Eglise orientale ou occidentale que Nous savons s'être réunis, plus d'une fois, avec leur métropolitain ou leur patriarche pour une pieuse retraite adaptée à leur charge et à leurs devoirs d'état. Exemple fort éclatant que Nous espérons, autant que les choses s'y prêtent, voir se propager par une louable émulation. Il ne se présentera peut-être pas de grande difficulté à organiser ces retraites à l'occasion des réunions que tous les évêques d'une province ecclésiastique tiennent d'office, soit pour veiller au bien général des âmes, soit pour examiner les mesures que les circonstances semblent demander le plus impérieusement. Nous avions décidé de le faire avec tous les évêques de Lombardie durant le court laps de temps que Nous avons dirigé l'Eglise de Milan et, sans aucun doute, Nous l'aurions exécuté en cette première année d'épiscopat si la Providence n'en avait, dans le secret de ses desseins, décidé autrement de Notre humble personne.
Nous avons donc la conviction fondée que les prêtres et les religieux qui ont prévenu en cela les lois de l'Eglise et accomplissaient avec un zèle louable les exercices spirituels, se serviront à l'avenir de ce moyen de sanctification, avec d'autant plus de soin que l'autorité des saints canons les y oblige plus gravement.
Aussi, nous exhortons vivement les prêtres du clergé séculier à se montrer fidèles à l'accomplissement des exercices spirituels, au moins dans la modeste mesure où le Code de droit canonique le leur prescrit; qu'ils les commencent et les poursuivent avec l'ardent désir de leur perfection, afin d'obtenir cette abondance de l'esprit surnaturel qui leur est souverainement nécessaire pour veiller au bien spirituel du troupeau commis à leur garde et pour gagner au Christ un riche butin spirituel. C'est la voie qu'ont suivie tous les prêtres brûlant de zèle pour le salut des âmes et qui ont brillé dans la direction du prochain vers les voies de la sainteté et dans la conduite du clergé; tel, pour citer un exemple récent, le vénérable Joseph Cafasso, à qui Nous avons décerné Nous-même les honneurs des Bienheureux. Ce saint prêtre eut à cœur d'assister régulièrement aux exercices spirituels pour s'y exciter davantage, lui-même et les autres ministres du Christ, à la sainteté et connaître la volonté divine; c'est à la sortie d'une de ces retraites que, éclairé par une lumière d'en haut, il indiqua nettement à un jeune prêtre, dont il était le confesseur, la voie à suivre et qui devait mener celui-ci aux cimes de la sainteté : nous avons nommé Jean Bosco, dont le nom seul est le plus haut éloge.
Quant à ceux qui, quelque titre qu'ils portent, militent dans le -camp de la vie religieuse, ils sont tenus par une loi d'accomplir chaque année les saints exercices, et il n'est pas douteux que ces saintes retraites ne leur rapportent une grande abondance de biens célestes; c'est là que, selon leurs besoins particuliers, ils puiseront le désir d'une plus haute perfection et obtiendront toutes les grâces nécessaires pour parcourir plus allègrement la voie des conseils évangéliques. La retraite annuelle est, en effet, le mystique arbre de vie dont le fruit, pour les individus et les communautés, sera cette renommée de sainteté dont doit jouir toute famille religieuse.
Que les prêtres de l'un et de l'autre clergé ne considèrent pas comme une perte pour le ministère apostolique le temps passé aux exercices spirituels. Qu'ils écoutent saint Bernard, qui n'hésitait pas à écrire au Souverain Pontife, le bienheureux Eugène III, dont il avait été le maître : « Si tu veux être tout à tous, à l'exemple do Celui qui s'est fait tout â tous, je loue ta bonté; mais pourvu qu'elle soit universelle Comment sera-t-elle universelle, si tu t'en exclus? Tu es un homme toi aussi; pour que ta bonté soit donc entière et universelle, que le sein qui reçoit tout le monde le reçoive aussi; sinon, à quoi te servira-t-il de gagner tout le monde, en te perdant toi-même? C'est pourquoi, puisque tous te possèdent, sois aussi toi-même l'un de ceux qui te possèdent. Veille, je ne dis pas toujours, mais je dis souvent ou du moins de temps en temps, à te rendre à toi-même. »
Nous ne désirons pas moins vivement, Vénérables Frères, voir se former par les exercices spirituels les nombreuses cohortes de cette Action catholique que Nous ne cessons et ne cesserons pas de promouvoir de toutes Nos forces et de recommander, car elle doit être regardée comme une participation fort utile (pour ne pas dire nécessaire) des laïques à l'apostolat hiérarchique. Nous ne trouvons pas de mots pour exprimer toute la joie qui Nous a étreint en apprenant qu'à peu près partout ont été instituées des séries particulières de retraites où se forment les pacifiques et courageux soldats du Christ, en particulier les troupes de jeunes. En s'y rendant fréquemment pour être mieux préparés et plus ardents aux saints combats du Seigneur, ils n'y trouvent pas seulement des forces pour imprimer plus parfaitement en leur âme le sceau de la vie chrétienne, mais encore il n'est pas te qu'ils y perçoivent dans leur cœur la voix mystérieuse de Dieu, qui les appelle aux saints autels et au salut des âmes et qui les pousse ainsi à exercer pleinement l'apostolat. C'est une aube splendide de vie céleste que suivra bientôt le plein jour, pourvu que la pratique des exercices spirituels se répande au loin et qu'avec une sage prudence on la propage parmi les diverses associations catholiques, surtout parmi la jeunesse.
A notre époque, les biens temporels et les avantages qu'ils comportent se sont répandus avec plus d'abondance sur les ouvriers et autres salariés, leur donnant un certain bien-être et améliorant les conditions de leur vie. Dans ces circonstances, et grâce à la miséricorde et à la Providence divines, le trésor céleste des exercices spirituels se répand aussi sur la multitude des fidèles; comme un contre-poids, ils empêchent les hommes de se plonger, sous la pression des biens passagers, dans les aises et les douceurs de la vie et de tomber misérablement dans les théories et les mœurs du matérialisme. Aussi portons-Nous une grande bienveillance et une vive faveur aux œuvres de retraite qui surgissent dans de nombreuses contrées et surtout aux fécondes et si opportunes « retraites d'ouvriers » avec leurs associations » sodaliLiis ardenti studio ac favore prosequimur, eaque omnia, Venerabiles Fratres, pastorali veslrae solertiae ac sollicitudini commendata volumus.
tions annexes de persévérance; et Nous les recommandons toutes, Vénérables Frères, à votre activité et à votre sollicitude.
Mais pour retirer des saints exercices les fruits que Nous avons énumérés, il est nécessaire d'y apporter le zèle qui convient, car si on les accomplit par routine, à regret, avec ennui, il n'en résultera que peu ou point de fruit.
C'est pourquoi, avant tout, il importe qu'à la faveur de la solitude l'âme s'adonne aux saintes réflexions, écartant loin d'elle tous les soucis et inquiétudes de la vie quotidienne; car, ainsi que l'enseigne clairement ce livre d'or qu'est l'Imitation de Jésus-Christ, « c'est dans le silence et la paix que progresse l'âme dévote ». Bien que Nous estimions dignes de louanges et dignes d'être favorisées avec toute leur industrie par les pasteurs, puisque Dieu les a comblées de ses bénédictions, les instructions sacrées qui sont données en public à la foule, Nous recommandons cependant surtout les exercices spirituels faits dans le secret, ou retraites fermées, parce qu'on s'y éloigne plus aisément du commerce des créatures et que l'on y recueille les puissances de son âme pour ne penser qu'à soi et à Dieu dans la contemplation des vérités éternelles.
En outre, les vrais exercices spirituels requièrent qu'on y consacre un certain laps de temps. Et, bien que ce temps puisse, selon les circonstances et les personnes, ne comprendre que quelques jours ou s'étendre sur tout un mois, il ne faut cependant point trop l'abréger si l'on veut recueillir les avantages que promettent les exercices. De même que l'air salubre d'un lieu ne profite à la santé que si l'on y demeure durant une période, de même le remède salutaire des pensées saintes ne sert à l'esprit que s'il s'y exerce quelque temps.
Enfin, il importe surtout, pour bien accomplir les exercices spirituels et en retirer du fruit, de suivre une bonne et sage méthode.
Or, entre toutes les méthodes d'exercices spirituels qui s'appuient louablement sur les principes d'une ascèse catholique très saine, il est établi qu'il en est une qui s'est toujours placée en tête; le Saint-Siège l'a honorée de ses approbations entières et répétées, des personnages remarquables par leur doctrine spirituelle et leur sainteté l'ont anoblie de leurs louanges; elle a, pendant près de quatre siècles, porté des fruits innombrables de sainteté : c'est la méthode introduite par saint Ignace de Loyola, qu'il Nous plaît d'appeler le Maître principal et particulier des exercices spirituels, dont « l'admirable livre des Exercices », de peu de volume, mais riche de doctrine céleste, depuis qu'il a été solennellement approuvé, loué, recommandé par Notre prédécesseur d'heureuse mémoire Paul III, brilla, pour citer des paroles que Nous avons prononcées autrefois avant d'être élevé à la Chaire de Pierre, « brilla et resplendit comme le code très sage et tout à fait universel des règles pour la direction des âmes dans la voie du salut et de la perfection, comme une source intarissable de la piété la plus haute et la plus solide, comme un puissant stimulant et un guide averti pour se réformer et atteindre les sommets de la vie spirituelle ».
Lorsque, au début de Notre pontificat, accédant aux désirs et aux vœux ardents de presque tout l'univers catholique de l'un et de l'autre rite, Nous avons, par la Constitution apostolique Summorum Ponlifïcum, publiée le 25 août 1922, déclaré et établi saint Ignace de Loyola « patron céleste de tous ceux qui s'adonnent à l'œuvre des exercices spirituels, et, par conséquent, des Instituts, sodalités et associations, de quelque nature qu'ils soient, qui s'occupent des exercices spirituels », Nous n'avons guère fait autre chose que sanctionner de Notre suprême autorité apostolique ce qui était le sentiment commun des pasteurs et des fidèles; ce qu'avaient dit implicitement avec Paul III, ci-dessus mentionné, Nos prédécesseurs insignes Alexandre VII, Benoît XIV, Léon XIII, en honorant de leurs louanges répétées les Exercices de saint Ignace; ce que, par leurs louanges, et même par l'exemple des vertus qu'ils avaient acquises ou fortifiées dans ces exercices, avaient déclaré tous ceux qui, pour employer les paroles de Léon XIII, « ont le plus brillé par l'enseignement de l'ascèse ou la sainteté de leur vie », durant ces quatre derniers siècles.
Et,-en vérité, l'excellence de cette doctrine spirituelle, tout à fait éloignée des dangers et des erreurs d'un faux mysticisme; l'admirable facilité qu'il y a d'accommoder ces exercices aux divers états et conditions, que l'on s'adonne à la contemplation dans les couvents ou que l'on mène une vie active dans les affaires de ce monde; l'harmonieuse disposition des parties; l'ordre admirable et lumineux avec lequel les vérités méditées s'enchaînent les unes aux autres; les enseignements spirituels qui arrachent l'homme au joug du péché, guérissent ses maladies morales et le mènent, par les sentiers éprouvés de l'abnégation et du renoncement à ses mauvaises habitudes, jusqu'aux cimes les plus élevées de l'oraison et de l'amour divin : sans aucun doute, toutes ces qualités sont telles qu'elles prouvent à l'évidence l'efficacité de la méthode ignacienne et recommande hautement ses Exercices.
Il Nous reste, Vénérables Frères, pour sauvegarder le fruit des Exercices spirituels que Nous avons vivement loués et pour en réveiller le souvenir salutaire, à recommander chaudement une pieuse habitude qu'on pourrait appeler un bref renouvellement des Exercices, c'est-à-dire la retraite mensuelle, ou du moins trimestrielle. « Nous sommes heureux de constater — il Nous plaît d'employer les mêmes paroles que Notre prédécesseur de sainte mémoire Pie X — que cet usage a été introduit en plusieurs endroits » et qu'il est en faveur surtout dans les communautés religieuses et chez les prêtres pieux du clergé séculier, Nous souhaitons vivement le voir s'introduire chez les laïques eux-mêmes, ce qui leur sera d'un grand avantage, surtout s'ils ne peuvent, par suite de leurs soucis de famille ou de leurs affaires, accomplir les Exercices spirituels : ces récollections suppléent, en effet, en quelque manière, aux avantages que l'on demande aux exercices eux-mêmes.
Vénérables Frères, si les exercices spirituels se répandent ainsi partout et dans tous les rangs de la société chrétienne et si on les accomplit avec soin, ils auront pour résultat une régénération spirituelle : la piété se réchauffera, la religion affermira ses forces, l'apostolat aura de féconds développements et la paix régnera enfin dans les esprits et la société.
Tandis que, sous un ciel serein et dans le silence de la terre, la nuit était au milieu de sa course, en secret, loin du tumulte des hommes, le Verbe éternel du Père, ayant pris la nature humaine, apparut aux mortels et dans les régions supérieures retentit l'hymne céleste : Gloire à Dieu au plus haut des deux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Le souhait de paix chrétienne : la paix du Christ par le règne du Christ, qui exprime le souverain désir de Notre cœur apostolique, ce qui est le but de Nos efforts et de Nos labeurs, touchera vivement les âmes chrétiennes qui, se retirant du tumulte et des vanités du monde, méditeront dans un profond secret les vérités de la foi et les exemples de Celui qui apporta la paix au monde et qui la laissa comme un héritage : Je vous donne ma paix.
Cette véritable paix, Nous vous la souhaitons, Vénérables Frères, de tout cœur, le jour même où, par la grâce de Dieu, s'achève la cinquantième année de Notre sacerdoce; et, à la veille de cette douce solennité de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui peut s'appeler le mystère de paix. Nous la demandons avec ferveur à Celui qui a été salué Prince de la Paix.
Dans ces sentiments, le cœur soulevé par de douces et solides espérances, Nous vous accordons affectueusement dans le Seigneur, comme gage des bienfaits célestes et en témoignage de Notre bienveillance, à vous, Vénérables Frères, à votre clergé et à votre peuple, c'est-à-dire à toute Notre chère famille catholique, la Bénédiction Apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 20 décembre de l'an 1929, le huitième de Notre pontificat.
PIE XI, PAPE
LITTERAE ENCYCLICAE
AD VENERABILES FRATRES, PATRIARCIIAS, PRI-MATES, ARCHIEPISCOFOS, EPISCOPOS, ALIOSQUE LOCORUM O R D I N A R I O S TACEM ET COMMUNIONEM CUM APOSTOLICA SEDE HABENTES ITEMQXJE AD DILECTOS FILIOS CHRISTIFIDELES CATHOLICI
ORBIS UNIVERSOS de anno sacerdotii sui quinquagesimo exacto féliciter et de prorogatione iubilaeh
PIUS PP. XI
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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