Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Encyclique Lux veritatis (25 décembre 1931) · Pie XI

    Encyclique Lux veritatis : II

    Et maintenant, Vénérables Frères, passons à l'examen approfondi des points de doctrine que le Concile œcuménique d'Ephèse, par la condamnation de Nestorius, a ouvertement professés et sanctionnés de son autorité. Car, tout en réprouvant l'hérésie pélagienne et en condamnant ses partisans — et il n'est pas douteux que Nestorius ne se trouvât parmi eux, — le principal sujet qui fut traité par les Pères et qu'ils confirmèrent solennellement à la presque unanimité fut d'affirmer que la proposition de cet hérésiarque est absolument impie et contraire à la Sainte Ecriture, ce qu'il rejetait étant une vérité certaine : à savoir que dans le Christ il y a une seule personne, la personne divine.

    Tandis que Nestorius, en effet, Nous venons de le dire, soutenait avec obstination que le Verbe divin ne s'unissait pas à la nature humaine dans le Christ d'une façon substantielle et hypostatique mais par une certaine unité accidentelle et morale, les Pères d'Ephèse, dans leur condamnation de l'évêque de Constantinople, professaient ouvertement la véritable doctrine de l'Incarnation qui doit être fermement acceptée de tous.

    Par contre, Cyrille dans les lettres et les chapitres adressés à Nestorius avant le Concile et insérés dans les actes du Concile œcuménique, admirablement d'accord avec l'Eglise romaine, disait clairement et très souvent : « Aucune raison ne permet de diviser notre unique Seigneur Jésus-Christ en deux fils... Car l'Ecriture ne dit nullement que le Verbe s'est associé à la personne de l'homme, mais bien qu'il s'est fait chair. Et lorsqu'on dit que le Verbe s'est fait chair, cela ne signifie pas autre chose que, semblablement à nous, il s'est uni à la chair et au sang; il fit donc sien notre corps, est né homme d'une femme, sans renoncer toutefois à la divinité et à sa filiation du Père, car en prenant la chair humaine il resta ce qu'il était. »

    En réalité, la Sainte Ecriture et la tradition divine nous l'apprennent : le Verbe de Dieu le Père ne s'est pas uni à un homme ayant déjà sa propre subsistance, mais le seul et même Christ est le Verbe de Dieu jouissant, dans le sein du Père, de l'éternité et s'étant fait homme dans le temps.

    Ainsi la divinité et l'humanité s'unissent dans Jésus-Christ, Rédempteur du genre humain, par le lien admirable qu'on appelle avec raison et à bon droit l'union hypostatique. Cela ressort d'ailleurs très clairement des Saintes Ecritures, où non seulement le même et unique Christ est appelé Dieu et Homme, mais encore où il agit en Dieu et en homme, et où enfin on le voit très nettement mourir comme homme et comme Dieu ressusciter des morts.

    En d'autres termes, celui qui a été conçu dans le sein de la Vierge par l'opération du Saint-Esprit, qui naît, qui gît dans la crèche, se dit fils de l'homme, souffre, meurt cloué à la croix, est absolument le même que celui que le Père éternel appelle d'une façon merveilleuse et solennelle Mon fils bien-aimé \e même qui, par la puissance divine, pardonne les péchés et qui de sa propre vertu rappelle les malades à la santé et les morts à la vie.

    Tout cela montre clairement non seulement qu'il y a deux natures dans le Christ, sources de l'activité tant humaine que divine, mais encore que le Christ est un, en même temps Dieu et homme, en vertu de cette unité de la personne qui le fait appeler « Theanthropos » (Homme-Dieu).

    En outre, tout le monde sait que cette doctrine, toujours enseignée par l'Eglise, trouve un appui et une confirmation dans le dogme de la Rédemption humaine.

    Comment, on effet, pourrait-on appeler le Christ premier-né d'un grand nombre de frères? comment pourrait-il être couvert de blessures pour nos iniquités, nous délivrer de la servitude du péché, s'il n'était pas pourvu d'une nature humaine, semblable à la nôtre? De même aussi, comment pourrait-il satisfaire entièrement à la justice de Dieu le Père — cette justice que le genre humain avait violée — s'il ne possédait pas une dignité sans limite et infinie, venant de sa personne divine?

    Il ne faut pas non plus nier ce point de la vérité catholique en affirmant qu'une perfection manque à la nature humaine de notre Rédempteur s'il n'a pas la personnalité humaine, et que, par conséquent, il nous semble inférieur en tant qu'homme. Saint Thomas d'Aquin remarque, en effet, avec subtilité et pénétration : « La personnalité n'entre dans La noblesse et la perfection d'un être que dans la mesure où il entre dans sa noblesse et sa perfection d'exister par lui-même; c'est là ce que le mot personne signifie. Or, il y a plus de noblesse pour un être à exister dans un être plus noble que lui, qu'à exister par lui-même. Par conséquent, la nature humaine a plus de noblesse dans le Christ qu'en nous, pour cette raison que, existant en nous par elle-même, elle a sa personnalité propre, au lieu que dans le Christ elle existe dans la personne du Verbe. De même, bien qu'il entre dans la noblesse de la forme de compléter l'espèce, cependant, en vertu de son union avec une forme complétive plus noble, l'âme sensitive est plus noble dans l'homme que dans l'animal sans raison, chez lequel elle est elle-même forme complétive. »

    Il est bon de remarquer ici comment Arius, ce très rusé destructeur de l'unité catholique, combattait la nature divine du Verbe et sa consubstantialité au Père éternel, et comment également, mais par d'autres moyens, Nestorius, en rejetant l'union hypostatique du Rédempteur, niait l'entière et parfaite divinité, sinon du Verbe au moins du Christ. Car si un lien moral seulement, ainsi raisonnait-il, unissait dans le Christ la nature divine à la nature humaine — ce qui, d'une certaine façon, comme Nous l'avons dit, existait pour les prophètes et les autres héros de la sainteté chrétienne grâce à leur union avec Dieu, — le Sauveur du genre humain différerait très peu, si peu que rien, de ceux qu'il sauva par sa grâce et par son sang.

    Par conséquent, l'abandon de la doctrine de l'union hypostatique, base et fondement des dogmes de l'Incarnation et de la Rédemption humaine, entraine l'écroulement et la ruine de la base de la religion catholique.

    Il n'est donc pas étonnant que l'extension du péril de l'hérésie nestorienne ait ébranlé tout l'univers catholique; il n'est pas étonnant non plus que le Concile d'Ephèse se soit énergiquement opposé à l'évêque de Constantinople, qui, plein de témérité et d'astuce, combattait la foi des ancêtres, et que le Concile, en exécution du jugement du Pontife romain, ait frappé Nestorius d'un cruel anathème.

    Aussi donc, avec tous les siècles de l'histoire chrétienne, vénérons le Rédempteur du genre humain, non pas comme un Elie... ou un des prophètes en qui Dieu demeure par sa grâce, mais d'une seule voix proclamons avec le Prince des apôtres, qui, par faveur divine, eut connaissance de ce mystère : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant.

    Maintenant que cette vérité dogmatique est bien établie, il est facile d'en tirer cette conclusion que tout l'ensemble des hommes et des choses créées a vu, grâce au mystère de l'Incarnation, grandir sa dignité au delà de tout ce que l'on peut imaginer, d'une grandeur bien supérieure à celle que la création lui avait procurée. Maintenant, parmi les fils d'Adam, un homme existe, le Christ, qui possède pleinement la divinité perpétuelle et infinie et qui lui est uni d'une manière mystérieuse et très étroite; nous l'appelons le Christ, il est notre frère, il possède la nature humaine et pourtant il est Dieu avec nous, il est l'Emmanuel; par sa grâce et par ses mérites il nous ramène tous au Créateur divin; il nous remet en possession de cette béatitude céleste dont nous étions misérablement déchus par le péché originel.

    Rendons-lui donc nos actions de grâces, suivons ses préceptes et imitons ses exemples. Ce sera pour nous le moyen de participer à la divinité de Celui « qui a daigné se faire participant de notre humanité ».

    Mais si, comme Nous l'avons dit, la véritable Eglise de Jésus-Christ a, de tout temps au cours des siècles, jalousement conservé la véritable et intègre doctrine de l'unité personnelle et de la divinité de son Fondateur, il n'en est pas de même, hélas ! chez ceux qui errent misérablement en dehors du bercail unique du Christ. Chaque fois que quelqu'un s'est opiniâtrement détaché du magistère infaillible de l'Eglise, nous avons la douleur de constater qu'il abandonne du même coup insensiblement la sûre et véritable doctrine sur Jésus-Christ.

    La preuve en est que si nous interrogeons les si nombreuses et si diverses sectes religieuses, celles-là surtout qui ont surgi aux xvi et xvii siècles et depuis et qui se parent encore du nom chrétien, qui au moment de leur séparation professaient fermement que le Christ était Dieu et homme, afin de savoir leurs opinions actuelles, nous en obtiendrons des réponses fort divergentes et même contradictoires.

    Bien peu en vérité parmi leurs adhérents ont conservé la véritable doctrine et la croyance entière sur la personne de notre Rédempteur; si d'autres affirment quelque chose de semblable, on s'aperçoit vite que ce n'est plus que le parfum d'une chose déjà disparue qui s'évapore. Ils présentent Jésus-Christ comme un homme comblé de charismes divins, uni d'une manière mystérieuse et par-dessus tous les autres à la divinité, et se rapprochant le plus de Dieu; mais ils restent bien loin de la profession intégrale et sincère de la foi catholique.

    D'autres enfin ne reconnaissent rien de divin dans le Christ, ils le regardent comme un simple homme, doué, il est vrai, de dons merveilleux tant de l'esprit que du corps, mais en plus sujet aux erreurs et à la fragilité de l'homme.

    Il est parfaitement évident que tous ceux-là, comme Nestorius, veulent d'une audace téméraire dissoudre le Christ et, comme le dit l'Apôtre Jean, ils ne sont donc pas de Dieu.

    Voilà pourquoi Nous qui occupons la haute dignité de ce Siège Apostolique, Nous exhortons paternellement tous ceux qui se font gloire d'être des disciples du Christ, gui mettent en lui l'espoir et le salut tant des individus que de la société humaine, à adhérer tous les jours plus solidement et plus étroitement à l'Eglise romaine.

    C'est seulement en elle que le Christ est l'objet d'une foi intégrale et parfaite, seulement en elle que le Christ est adoré avec sincérité et aimé avec la flamme perpétuelle d'une ardente charité.

    Qu'ils se souviennent, ceux surtout qui sont à la tête du troupeau séparé de Nous, de la foi que leurs ancêtres d'Ephèse ont solennellement professée, de la foi que ce Siège suprême de vérité, aux temps passés comme à présent, conserve intacte et défend énergiquement; qu'ils se souviennent que l'unité de la véritable foi se base et repose sur l'unique roc établi par le Christ et que cette unité ne peut être conservée en toute sécurité que par l'autorité suprême des successeurs du bienheureux Pierre.

    Il y a quelques années Nous avons parlé plus longuement, dans l'encyclique Mortalium animos, de cette unité de la religion catholique. Il est bon pourtant de mentionner ici la chose brièvement, car l'union hypostatique, solennellement confirmée au Concile d'Ephèse, contient et offre l'image de cette unité dont notre Rédempteur voulait orner son corps mystique, c'est-à-dire l'Eglise, un corps unique, un corps coordonné et uni par des liens.

    Car si l'unité personnelle du Christ constitue l'exemplaire mystérieux selon lequel il voulait modeler l'étroite union des parties de la société chrétienne, cela ne pouvait pas être le résultat, tout homme intelligent le comprend, de la conjonction fictive d'éléments discordants entre soi, mais d'une seule hiérarchie, d'un seul et suprême magistère, d'une seule règle de foi, d'une seule croyance de tous les chrétiens.

    Cette unité de l'Eglise, consistant dans la communion avec le Siège Apostolique, a été brillamment affirmée par Philippe, le délégué de l'évêque de Rome au Concile d'Ephèse. S'adressant aux Pères conciliaires qui applaudissaient à l'unanimité les lettres de Célestin, il prononça ces paroles mémorables : « Nous exprimons notre remerciement au saint et véritable Synode de ce que, après la lecture qui vous a été faite de la lettre de notre saint et bienheureux Pape, vous avez affirmé votre union, comme des membres saints au chef sacré, par vos saints témoignages et par vos saintes acclamations. Car Votre Béatitude n'ignore pas que le chef de toute foi comme des Apôtres est Le bienheureux Apôtre Pierre. »

    Si jamais il a fallu, Vénérables Frères, que tous les bons s'attachent par une même, sincère et unique profession de foi à Jésus-Christ et à son Epouse mystique, l'Eglise, c'est bien maintenant, alors que de tous côtés tant d'hommes s'efforcent de secouer le joug suave du Christ, ferment leurs yeux à la lumière de la doctrine, obstruent les canaux de la grâce, rejettent enfin la divine autorité de celui qui selon la parole de l'Evangile est un signe en butte à la contradiction.

    Comme cette déplorable rébellion contre le C h r i s t e n t r a i n e tous les jours des conséquences plus nombreuses et plus graves, il est nécessaire pour tous de chercher le remède opportun auprès de celui qui sous le ciel... ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés.

    De cette manière seulement, le Sacré Cœur de Jésus aidant, alors que la vie des individus comme celle des sociétés domestique et civile est si cruel le me ut troublée, luiront pour les hommes des jours plus heureux.

    HI

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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