Encyclique Dilectissima Nobis (3 juin 1933) · Pie XI
Encyclique Dilectissima Nobis : Sur l’injuste situation faite à l’Église en Espagne
De l'injuste situation de l'Eglise catholique en Espagne $h
PIE XI, PAPE VÉNÉRABLES FRÈRES ET CHERS FILS, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.
Très chère, de tout temps, Nous a été la noble nation espagnole, à cause d'abord des insignes services qu'elle a rendus à la foi catholique et à la civilisation chrétienne, à cause de son traditionnel et ardent attachement au Siège apostolique, et tout spécialement à cause de ses grandes institutions et de ses grandes œuvres apostoliques. Elle a toujours été, en effet, la mère féconde des saints et la patrie de missionnaires et de fondateurs illustres d'Ordres religieux, ornement et soutien de l'Eglise de Dieu.
Justement parce que les gestes glorieux de l'Espagne ont toujours eu une connexion intime avec la religion catholique, Nous sommes d'autant plus affligé par le spectacle des efforts déplorables et réitérés qui finalement lui raviront non seulement sa foi catholique, mais encore les plus beaux titres de sa grandeur civile.
Voilà pourquoi — ainsi que Nous y poussait Notre paternelle affection — Nous n'avons pas manqué d'avertir bien des fois les détenteurs actuels du pouvoir de ce pays que fausses étaient la voie et la conduite qu'ils suivaient. Ce n'est pas en lésant et en blessant l'âme du peuple qu'on peut efficacement procurer la prospérité nécessaire à chaque nation, ni pratiquement assurer la concorde de tous les citoyens.
Nous en avons chargé Notre nonce chaque fois que surgissait le péril d'une nouvelle mesure légale contraire aux droits sacro-saints de Dieu et des âmes. A Nos chers Fils espagnols eux-mêmes, tant ecclésiastiques que laïques, Nous n'avons jamais manqué de faire parvenir de plus en plus ouvertement les sentiments de Notre cœur très aimant au milieu de leurs angoisses, et, quand l'occasion s'en est présentée, de leur adresser, même publiquement, Nos paroles paternelles.
Aujourd'hui, alors qu'a été sanctionnée la loi sur « les Confessions et Congrégations religieuses », Nous ne pouvons pas <ne pas élever de nouveau la voix pour faire entendre Notre réprobation et Notre plainte au sujet de cette loi qui est une nouvelle et très grave injure faite non seulement à l'Eglise et à la religion, mais encore aux principes et aux institutions de liberté civile sur lesquels prétend s'appuyer le nouveau régime espagnol.
Or — nous tenons à attirer l'attention sur ce point, — Notre parole ne s'inspire nullement, comme quelques-uns l'affirment faussement, de sentiments d'hostilité à l'égard de la nouvelle forme 'de gouvernement de l'Espagne, ni d'aversion envers les autres changements politiques qui s'y sont récemment accomplis.
Il est évident pour tous que l'Eglise catholique, sans s'attacher à une forme de gouvernement plutôt qu'à une autre, pourvu que soient sauvegardés et protégés les droits de Dieu et de la conscience chrétienne, ne fait aucune difficulté pour s'accorder avec toutes les institutions civiles, qu'elles aient la forme royale ou républicaiue, qu'elles soient sous le pouvoir aristocratique ou populaire.
La preuve en est, pour ne parler que des faits les plus récents, dans les nombreux traités et Concordats, comme on les appelle, qui ont été signés en ces derniers temps, de même dans les rapports qui interviennent nécessairement entre le Saint-Siège et les divers Etats, sans excepter aussi ceux qui, après la dernière grande guerre, ont abandonné leur régime monarchique pour adopter le gouvernement républicain.
Bien plus, jamais ces Républiques — tant dans leurs institutions que dans leurs aspirations à une juste grandeur et prospérité de la nation, — jamais, disons-Nous, ces Républiques n'ont, sans nul doute souffert aucun dommage, ni du fait des relations amicales nouées avec ce Siège apostolique, ni du fait des conventions qu'elles ont eu l'idée, en conformité des nécessités du temps, de conclure et d'observer avec une confiance réciproque, concernant les affaires des sociétés ecclésiastique et civile.
Et même, car c'est là chose absolument connue et certaine, Nous pouvons affirmer que de cette pleine confiance et de cette concorde entre l'Eglise et les Etats, il est résulté pour les sociétés civiles de grands avantages et de grands profits.
En effet, nul ne l'ignore, en face des remous de perturbation sociale, qui gagnent de proche en proche, il n'y a pas de digue plus solide et plus convenable que l'Eglise catholique. Elle est la plus grande éducatrice des peuples; sans défaillance, elle concilie efficacement et heureusement les droits de l'autorité légitime et de la liberté humaine, les exigences de la justice et le bien de la paix désirée.
Il est impossible que ceux qui gouvernent la République espagnole n'aient pas toutes ces choses présentes à l'esprit; bien plus même, ils n'ont pu douter que Nous et vous, Vénérables Frères dans l'épiscopat, avions la ferme volonté de leur prêter notre concours pour le maintien de l'ordre et de la tranquillité sociale.
Avec Nous et avec l'épiscopat d'Espagne l'accord a été presque unanime, de la part non seulement des clergés séculier et régulier, mais encore de toutes les classes du laïcat, c'est-à-dire du peuple espagnol presque tout entier.
Malgré les opinions différentes des uns et des autres, malgré les provocations et les vexations des adversaires de l'Eglise, obéissant néanmoins paisiblement aux chefs de la République, tous se sont toujours abstenus de repousser la violence par la force, de soulever les foules et d'exciter les troubles, enfin de pousser à la guerre civile.
C'est à cette discipline et à cette obéissance conseillées par Iamvero, ut ad luctuosam eam redeamus legem « de religiosae fidei professionalis deque Congregationibus latam », haud mediocri sane dolore comperimus aperte legum la tores imprirnisque doctrine catholique que revient justement et à bon droit le mérite d'avoir maintenu tout ce qui subsiste encore de tranquillité dans l'Etat, que les luttes des factions et les efforts des amateurs de nouveautés s'employaient à renverser en violant tous les droits et tous les devoirs de la nation.
Ce Nous a été une cause de grand étonnement et de profonde douleur que certains parmi ceux qui combattent l'Eglise aient osé, pour justifier leurs attaques, affirmer publiquement que leurs projets leur étaient imposés par la nécessité de défendre la République.
Pareil argument est évidemment si calomnieux et si faux qu'il Nous est permis de conclure justement que la lutte menée contre l'Eglise espagnole a moins pour cause l'incompréhension de la foi catholique et de ses œuvres bienfaisantes, que la haine et l'hostilité que favorisent et poursuivent « contre le Seigneur et contre son Christ v les destructeurs de tout ordre religieux et civil, groupés en sociétés secrètes, comme on le voit au Mexique et dans la République russe.
Mais, pour en revenir à cette funeste loi sur « les Confessions religieuses et les Congrégations », grande a été Notre douleur en constatant que les législateurs ont ouvertement affirmé dès le début que l'Etat n'a aucune religion particulière et que, par suite, ils voulaient confirmer et ratifier le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, si injustement inscrit dans la Constitution espagnole.
Sans nous arrêter longtemps sur ce point, Nous voulons tout de suite affirmer combien sont loin de la vérité et se trompent ceux qui tiennent pour permise en soi et bonne pareille séparation, surtout lorsqu'il s'agit d'une nation dont la majorité des citoyens se glorifie d'être chrétienne.
Cette séparation néfaste, si Nous la considérons attentivement — comme plusieurs fois, à l'occasion, Nous l'avons indiqué, notamment dans l'encyclique Quas Primas, — est la conséquence nécessaire de la théorie des laïcistes, qui s'efforcent de se séparer de Dieu, de détacher la société humaine de Dieu et par là même de l'Eglise.
Par ailleurs, si pour tout autre peuple -c'est une absurdité et une impiété que de chasser de l'Etat le Dieu créateur et Providence et le Maître de la société civile elle-même, ceci répugne de façon plus spéciale encore à la nation espagnole, chez qui l'Eglise toujours et justement a eu la place principale et la plus heureusement active dans les lois, dans les écoles et dans toutes les autres institutions privées et publiques.
Notons encore que cette entreprise impie n'est pas uniquement un dommage irréparable pour la conscience chrétienne même du peuple — de la jeunesse en particulier, que l'on ordonne d'éduquer en dehors de toute religion, de la famille aussi qu'on profane dans ses principes les plus sacrés, — mais qu'elle entraîne encore un détriment et un préjudice non moins grand pour l'autorité civile.
Celle-ci, en effet, en perdant l'appui qui la recommandait aux peuples, c'est-à-dire en proscrivant totalement la doctrine de l'origine, de la sanction et du motif d'obéissance divins, doit nécessairement perdre du même coup sa plus grande force de contrainte ainsi que son titre le plus solide à l'obéissance et au respect.
Sans aucun doute, ces dommages découlent de la séparation de l'Eglise et de l'Etat comme le prouve l'exemple d'un grand nombre de nations. En effet, après avoir introduit cette séparation dans leurs Constitutions, ces nations n'ont pas tardé à s'apercevoir qu'elles devaient réparer leur erreur, soit en modifiant ou en restreignant — au moins dans leur interprétation ou leur application — les lois contraires à l'Eglise, soit, malgré le maintien de la séparation elle-même, en s'efforçant de réaliser entre l'Eglise et l'Etat une entente pacifique et une mutuelle collaboration.
De ces leçons de l'histoire, les nouveaux législateurs espagnols n'ont pas voulu tenir compte. Ils ont voté une forme de séparation qui s'oppose foncièrement à la foi catholique, professée par la plus grande partie des citoyens. Une séparation, disons-Nous, d'autant plus désastreuse et injuste qu'elle a été imposée au nom de la liberté et poussée jusqu'à la négation du droit commun et de cette liberté même qu'ils avaient promis de donner et de conserver à tout le monde indistinctement. Ils ont soumis l'Eglise et les ministres sacrés à de si injustes exceptions qu'ils en arrivent à la mettre à la merci du pouvoir civil.
En fait, de par la force de la Constitution et des décrets qui ont suivi, alors que toutes les opinions, même les plus fausses, ont pu être publiquement exprimées et se donner libre cours, la religion catholique seule, à laquelle les Espagnols sont attachés comme des fils très dévoués, a été jalousement épiée et dépouillée de l'enseignement qu'elle distribue; ses écoles et toutes ses autres institutions scientifiques et artistiques si méritoires ont subi de multiples vexations. Même l'exercice du culte divin, dans ses plus essentielles et ses plus traditionnelles manifestations, n'a pas été exempt d'entraves : citons l'enseignement et le ministère de la religion dans les établissements qui dépendent de l'Etat, les processions religieuses soumises indûment à l'autorisation des officiers civils, enfin l'administration des sacrements aux mourants et les funérailles des défunts.
Dans le domaine du droit de propriété, la contradiction est encore plus tangible. La Constitution accorde bien à tous les citoyens la légitime faculté de posséder, et même, comme cela se produit en certains pays civilisés, elle garantit et défend l'usage de ce droit essentiel qui découle de la nature même. Cependant, là encore, on a décrété une exception au détriment de l'Eglise catholique.
Avec une évidente injustice, on l'a dépouillée de tous ses biens.
De la volonté des donateurs qui fixait une fin spirituelle et sacrée à l'utilisation de ces biens, il n'a été tenu aucun compte. On a rejeté des droits acquis depuis longtemps et fondés sur d'indiscutables titres juridiques.
Tous les édifices, les palais épiscopaux, les presbytères, les séminaires et les couvents ne sont plus reconnus comme entière et libre propriété de l'Eglise catholique; bien plus, par une fiction qui tente de masquer l'injustice de leur occupation, on les déclare propriété publique de la nation.
]").','!us bien que l'usage déterminé de ces édifices — dont la propriété appartient pleinement à l'Eglise et à ses ministres — soit laissé par la loi aux entités ecclésiastiques pour être employés conformément à leur destination propre, c'est-à-dire au culte divin, on a décrété néanmoins qu'ils seraient soumis aux impôts qui grèvent l'usage des immeubles, forçant ainsi l'Eglise à payer des impôts pour des biens qui lui ont été ravis par la violence.
En outre, par cette façon d'agir, les autorités civiles ont trouvé un moyen et une raison qui aboutiront à rendre impossible à l'Eglise l'usage précaire de ses biens; dépouillée de toutes ses possessions et de tous subsides, entravée par toutes sortes d'obstacles, lui serait-il possible de payer les impôts exigés?
Il n'est même pas possible de dire qu'à l'avenir la loi accorde à l'Eglise catholique le droit de propriété au moins privée.
Voici les termes mêmes employés dans le texte : les seuls biens a: que l'Eglise peut conserver sont ceux qui sont nécessaires pour Je service religieux »; une telle définition rend presque illusoire l'exercice de ce même droit; par là on contraint l'Eglise à soumettre au jugement des autorités civiles ce qui lui est nécessaire de par sa charge divine.
De cette façon, les maîtres du pouvoir, pour se prononcer, se posent en juges suprêmes pour déterminer ce que pourrait exiger l'Eglise dans l'exercice de ses fonctions spirituelles. Aussi peut-on craindre justement que la décision d'un tel juge ne soit favorable aux factieux et aux propositions des législateurs.
Mais ce n'est pas tout encore. Les biens meubles eux-mêmes ont été minutieusement inventoriés — dans des états statistiques faits avec grand soin pour que rien ne soit oublié — et déclarés propriété de l'Etat : par exemple, les ornements liturgiques, les images, les tableaux, les vases, les ornements précieux et autres objets du même genre, destinés au culte de la religion catholique et destinés de façon formelle et perpétuelle à sa splendeur et à son utilité.
Tandis qu'on enlève presque à l'Eglise le droit d'user des biens qu'elle a légitimement acquis ou que les fidèles lui ont pieusement donnés, au contraire les autorités de l'Etat revendiquent la faculté d'user sans limite de ces choses sacrées, de celles mêmes qui, par une consécration spéciale, sont soustraites à tout usage profane. Pour tout cela il n'y a aucune condition posée et nulle compensation n'est prévue pour réparer le dommage qui serait fait à l'Eglise.
Tout cela n'a pas encore suffi à satisfaire l'impiété spoliatrice des législateurs. Ce sont les églises elles-mêmes qu'il faut ajouter encore; les églises, disons-Nous, ornement des arts, monuments insignes de la gloire et de l'histoire, honneur et splendeur de la nation espagnole; les églises, ces maisons de Dieu et de la prière; les églises enfin, dont l'Eglise catholique, sans interruption, en droit et en justice, a eu la propriété et que — d'une façon vraiment méritoire — elle a par ses soins laborieux fidèlement conservées et ornées de ses richesses.
Ces édifices sacrés — dont beaucoup, Nous en répétons Notre douleur, ont été ruinés par la fureur criminelle et incendiaire — ont été déclarés propriété nationale, tombant ainsi au pouvoir de ceux qui, méconnaissant ou méprisant la foi catholique des Espagnols, gouvernent aujourd'hui le pays.
Voilà, Vénérables Frères et bien-aimés Fils, quelles conditions très tristes en vérité sont faites chez vous à l'Eglise.
Le clergé, par une injustice qui répugne absolument au noble caractère espagnol, a été privé de ses revenus, de telle façon que, non seulement l'obligation inscrite dans le Concordat a été violée, mais que sont encore lésés les droits absolus de la justice, puisque l'Etat, qui avait décrété ce genre de dotation, ne l'avait pas fait à titre gracieux, mais, en partie au moins, à titre d'indemnité pour les biens qui avaient été enlevés jadis à l'Eglise.
A leur tour, les Congrégations religieuses ont été elles aussi sacrilègement affectées et persécutées par cette loi néfaste. Ne leur a-t-on pas, en effet, appliqué une note d'injurieuse suspicion en les supposant capables de mettre en péril la sûreté de la République, afin de soulever contre elles les passions populaires par toutes sortes de délations et de poursuites, moyen facile et raison d'arriver sûrement à la réalisation des plus funestes projets contre elles.
On les soumet à de si nombreuses et si énormes questions, prescriptions et inspections, que tous leurs biens sont surchargés par les contraintes et les taxes fiscales auxquelles elles sont soumises.
Après leur avoir enlevé le droit d'enseigner et leur avoir interdit l'exercice de toute autre activité, qui leur permettrait de gagner honnêtement leur vie, elles ont été soumises aux lois tributaires, sachant parfaitement que, dépouillées de tous leurs biens, il leur serait impossible de trouver les sommes nécessaires au payement des impôts; méthode hypocrite pour ne leur laisser aucune possibilité d'existence.
Par ailleurs, les décrets ne frappent pas seulement les religieux, mais le peuple espagnol tout entier; ce sera la restriction obligatoire des grandes œuvres de charité et de bienfaisance en faveur des pauvres qui, au cours des siècles, ont été la gloire magnifique de tant de Congrégations religieuses de la catholique Espagne.
Cependant, en face de la situation pénible à laquelle sont réduits les clergés séculier et régulier, ce Nous est une consolation de pouvoir compter sur la générosité des populations d'Espagne pour prendre les moyens de remédier à ces injustices, malgré les graves difficultés économiques actuelles, chacun s'efforçant suivant son pouvoir de secourir la pauvreté dont souffre l'Eglise catholique; ainsi, avec une vigueur renouvelée, elles pourront pourvoir au culte divin et aux diverses charges du ministère pastoral.
Certes, comme Nous l'avons dit, cette injustice Nous cause une bien vive douleur; mais Nous, et vous avec Nous, Vénérables Frères et Fils bien-aimés, sommes encore plus allertés par les offenses faites à la Majesté divine. Lorsque, en effet, on prononce la dissolution des Ordres religieux parce que c'est à d'autres qu'aux autorités civiles qu'ils font vœu d'obéissance, ne manifeste-t-on pas ainsi clairement un esprit haineux et hostile à Dieu et à la religion enseignée par lui?
C'est pour ce motif et pour cette raison qu'ils ont voulu détruire et chasser la Société de Jésus, qui peut à bon droit et justement se glorifier d'être un des plus fermes soutiens de la Chaire du Prince des Apôtres; ils espèrent peut-être ainsi pouvoir par la suite diminuer la foi et la morale de la religion catholique dans l'âme du peuple espagnol, qui a donné à l'Eglise cet astre éclatant que fut saint Ignace de Loyola. Ils ont voulu encore — comme Nous l'avons déjà publiquement remarqué — blesser et abattre le Chef suprême lui-même de l'Eglise catholique.
Ils n'ont pas osé nommer personnellement le Pontife romain; en réalité, ils ont traité d'autorité étrangère à la nation espagnole celle du Vicaire de Jésus-Christ, comme si la charge de Pontife qui lui a été confiée par le divin Rédempteur pouvait être considérée en n'importe quelle partie du monde comme une autorité étrangère; comme si reconnaître et vénérer l'autorité divine de Jésus-Christ pouvait diminuer ou entraver l'autorité humaine légitime; comme si enfin il pouvait y avoir la moindre opposition entre l'autorité civile et l'autorité spirituelle et surnaturelle.
Pareil désaccord, seuls peuvent le supposer ceux qui par méchanceté le désirent parce qu'ils savent bien que les malheureuses brebis sans le pasteur s'en iraient hors des voies de la vérité et seraient des proies plus faciles pour les faux pasteurs.
Cette note injurieuse lancée contre l'autorité divine du Pontife romain n'a pas manqué de causer une grave blessure à Notre cœur paternel; cependant Nous n'avons pas conçu le plus petit doute qu'elle puisse, si peu que ce soit, diminuer le traditionnel et ardent dévouement des Espagnols à l'égard de la Chaire du bienheureux Pierre.
Bien plus, ainsi que l'atteste jusqu'en ces tout derniers temps la foi historique, plus les adversaires de l'Eglise s'efforcent àprement de détacher les peuples du Vicaire de Jésus-Christ, plus intimement — par la volonté de la Providence divine, qui peut du mal tirer le bien — ces mêmes peuples s'attachent à ce même Pontife romain. Avec plus de zèle encore ils proclament que lui seul, parmi les ténèbres de tant d'erreurs, peut faire luire la lumière à leurs esprits, puisque, comme le Christ son Seigneur, il a « les paroles de la Vie éternelle ».
Ce n'est point seulement contre la glorieuse et si méritante Compagnie de Jésus que les législateurs se sont acharnés, mais encore contre tous les Ordres religieux et toutes les Congrégations qu'ils ont, par la récente loi, exercé leurs impitoyables violences. C'est par un acte public d'une ingratitude certaine et d'une injustice lamentable que leur a été ravi le droit d'enseigner.
Pourquoi donc certaines catégories de citoyens, pour cette seule raison qu'ils ont embrassé un genre de vie plus parfait, seraient-elles privées du droit d'enseigner qui e?t reconnu à toutes les autres?
Quelqu'un prétendrait-il que les religieux appartenant à une Congrégation et s'adonnant avec ardeur apostolique à l'instruction et à l'éducation de la jeunesse, pour cette seule raison, sont moins aptes et moins instruits que les autres en vue de remplir la fonction d'instituteur ou d'éducateur?
L'expérience nous apprend au contraire le zèle attentif, la sagacité et la perspicacité doctrinale que ces religieux ont déployés dans leur fonction et les fruits abondants qu'ils ont recueillis grâce à leur patient labeur dans l'instruction et la formation des esprits.
On en a d'ailleurs une preuve lumineuse dans le grand nombre de ceux qui sont sortis de leurs écoles —hommes éminents dans toutes les sciences humaines et animés d'un esprit catholique exemplaire. N'est-ce pas une autre preuve efficace que le très grand, on pourrait même dire considérable, développement de leurs établissements scolaires en Espagne et la foule des élèves?
De tout ceci n'est-ce pas une confirmation que la conduite des pères et des mères de famille mettant avec une confiance absolue leurs enfants dans leurs écoles, ces pères et ces mères de famille, disons-Nous, qui, tenant de Dieu lui-même le droit et la charge de l'éducation de leurs enfants, ont par là même la liberté sacrée de choisir leurs collaborateurs dans cette œuvre?
A l'égard des Ordres religieux et des Congrégations, il n'a pas suffi que soit perpétrée cette immense injustice; les législateurs ont
(Tome X ) ACTES DE S. S. PIE XI
encore foulé aux pieds les droits les plus certains de propriété, violé ouvertement la libre volonté des donateurs et des bienfaiteurs en s'emparant par la force des édifices scolaires pour les transformer en écoles sans Dieu, alors que dans ces écoles les fondateurs eux-mêmes avaient exigé que fût enseignée la pure doctrine de la foi catholique.
On aperçoit par là facilement le but que poursuivent les législateurs : éduquer les nouvelles générations dans l'indifférence religieuse pour ne pas dire dans le mépris de la religion; arracher des âmes des adolescents les sentiments catholiques traditionnels si profondément ancrés dans les âmes espagnoles; employer enfin toutes leurs énergies pour faire pénétrer les théories des laïcistes dans l'instruction et l'éducation de la jeunesse qui jusqu'à maintenant avait été imprégnée rie la foi et de la morale chrétiennes.
Après la promulgation de ces prescriptions» violemment contraires et hostiles aux droits et à la liberté de l'Eglise, droits que Nous devons conserver intacts, Nous pensons en vérité que ce serait manquer à Notre charge apostolique que de ne pas condamner cette loi qui s'oppose si profondément à la divine Constitution de l'Eglise.
C'est pourquoi solennellement et de toutes Nos forces Nous dénonçons et condamnons cette loi, et déclarons qu'elle ne peut avoir aucune valeur contre les droits inviolables de l'Eglise catholique.
Cependant Nous ne pouvons au moins Nous empêcher de proclamer une fois encore Notre grande confiance de voir Nos bien-aimés fils d'Espagne, après avoir pleinement reconnu l'injustice et les préjudices de ces lois, user de tous les moyens naturels ou légaux en leur pouvoir pour amener les législateurs à amender les prescriptions qui sont contraires aux droits de tout citoyen et surtout des fidèles. Qu'ils obtiennent qu'en leur place d'autres lois soient adoptées, qui s'accordent et se concilient avec la conscience des catholiques.
En même temps, obéissant à l'élan de Notre cœur de Père et de Pasteur, Nous exhortons par-dessus tout les évêques, les prêtres et tous ceux qui se dévouent à l'instruction de la jeunesse à déployer leur plus attentive sollicitude pour inculquer profondément dans les âmes des enfants les préceptes de la religion et les mœurs chrétiennes. La nécessité, à Notre avis, s'en fait d'autant plus sentir que la législation récente de l'Espagne, en introduisant injustement le divorce dans la République, s'est efforcée de souiller le sanctuaire de la famille, et n'a pas manqué de jeter — après avoir ouvert la voie à la dissociation de la société domestique — les germes des maux les plus graves pour la société civile elle-même.
Devant la menace de ces désastres, que tous les catholiques espagnols soient à nouveau et énergiquement avertis que c'est Notre volonté — toutes récriminations et préoccupations personnelles mises de côté — de les voir subordonner tous les intérêts particuliers au bien supérieur de la patrie et de la religion, s'unir unanimement pour la défense de la foi, et s'employer avec zèle à écarter les périls qui menacent la nation.
De façon toute spéciale Nous convions vivement tous les fidèles à s'unir dans l'Action catholique, de nouveau et si souvent recommandée par Nous. Celle-ci, en effet, bien que ne constituant pas un parti, mais au contraire étant tout à fait étrangère aux préoccupations de parti, concourt cependant tellement à façonner les âmes des fidèles d'après les principes catholiques que, leur ayant donné lumière et force, elle les excite vaillamment à la défense et à la conservation de la foi.
Comme conclusion à la lettre que Nous vous adressons, Vénérables Frères et Fils bien-aimés, rien ne Nous paraît plus opportun que de vous exhorter sans cesse à placer votre confiance, plutôt que dans les moyens humains, dans la constante et indéfectible assistance que le Christ a promise à son Eglise, et dans l'immense bonté de Dieu à regard de ceux qui l'aiment. C'est pourquoi, considérant
PIUS PP. XI
tout ce qui vous est arrivé, amèrement afFecté tout d'abord de la grave injustice faite à Dieu — tant à cause de la violation de ses droits sacrés que de l'infraction criminelle de ses préceptes, — Nous faisons monter d'instantes prières vers le Dieu éternel, afin que dans sa clémence il pardonne ces injures. Maître souverain, qu'il répande la lumière céleste dans les esprits des autorités de l'Eut, qu'il convertisse et dirige les volontés- vers des choses meilleures. A nos yeux sourit déjà le ferme espoir que bientôt les supplications de tant de fils unis à Nous dans la prière — spécialement au cours de cette Année sainte du XIX centenaire de la Rédemption du genre humain — seront favorablement exaucées par le Père céleste.
Dans cette pensée d'espoir et en vue d'obtenir l'abondance des biens divins, tant pour vous, Vénérables Frères et cher Fils, que pour Notre très chère nation espagnole tout entière, Nous vous accordons, comme gage, dans l'effusion de Notre cœur, la Bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 3 juin de l'année 1933, de Notre pontificat la douzième.
PIE XI, PAPE.
LITTERAE DECRETALES
Beato Andreae Huberto Fournet, Congregations Filiarum Crucis, Sororum a S. Andrea quas vocant, Fundatori, sanctorum honores decernuntur
PIUS EPISCOPUS SERVUS SERVORUM DEI Ad perpetuam rei memoriam.
Inclita Pictavorum Ecclesia, quae iure meritoque praeclarissimo S. Hilarii Episcopi et strenui catholicae fidei propugnatoris nomine gloriatur, nova hodie laetitia vehementer coogaudet ob novensilem sanctitatis florem in eius agro virescentem, illustrem
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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