Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Constitution apostolique sur le Jubilé universel de l'Année sainte 1925 · Pie XI

    Constitution apostolique proclamant le Jubilé universel de l'Année sainte 1925

    PIU s EPISCOPUS SERVUS SERVORUM DEI UNIVERSIS CHLUSTIFIDELI1ÌU8 PRAESENTES LITTERAS INSPECTURIS SALUTEM ET APOSTOLICAM RENEDICTIONEM

    Pie, Évèque serviteur des serviteurs de Dieu, tous les fidèles qui liront les presentes lettres salut et bénédiction apostolique

    Désireuse d'imiter la miséricorde infinie de Dieu, l'Eglise, de temps à autre, s'efforce, par quelque moyen extraordinaire, d'attirer et ramener à la pratique de la pénitence et à l'amendement de leur conduite ceux qui, soit pour avoir abandonné la foi catholique, soit par inertie ou indifférence, négligent habituellement les devoirs de la vie chrétienne et qui, loin d'en faire l'objet de méditations sérieuses et de fermes résolutions, ne songent même pas aux châtiments que leur réserve la justice de Dieu en punition de leurs fautes. C'est un secours de ce genre, secours vraiment extraordinaire, et bien propre à renouveler vos âmes, que vous offre opportunément, chers fils, le Grand Jubilé qui, suivant l'usage antique, doit être célébré l'année prochaine dans la Ville de Rome : cette année jubilaire, vous ne l'ignorez point, s'appelle aussi l'Année Sainte, d'abord parce qu'elle s'ouvre, se poursuit et s'achève par d'augustes cérémonies, et aussi parce qu'elle est d'une efficacité sans égale pour faire progresser les âmes dans la voie de la sainteté.

    Jamais il ne fut plus nécessaire de vous rappeler l'avertissement de saint Paul : Voici le moment favorable, voici le jour du salut. C'est, en effet, pour chacun de vous, l'époque la plus opportune et la plus favorable pour acquérir les trésors de la grâce et de la réconciliation. Il n'en faut pas douter, c'est par une inspiration divine que l'Eglise a fixé le retour périodique de cette année expiatoire. De même qu'elle a heureusement emprunté à l'Ancien Testament d'autres rites en leur donnant une signification plus élevée et une efficacité plus étendue, de même elle a introduit parmi le peuple chrétien l'usage de l'année jubilaire par imitation de l'année sabbatique. Les avantages considérables qu'apportait aux Hébreux, tous les cinquante ans, cette institution divine, n'étaient-ils pas le présage et le symbole des faveurs que l'Année Sainte offre aux fidèles! De fait, la raison d'être des deux institutions est identique, mais les grâces de l'Année Sainte l'emportent sur les bienfaits de jadis dans la mesure où les biens spirituels sont supérieurs aux biens temporels. Au cours de l'année sabbatique, les Hébreux récupéraient les biens qu'ils avaient aliénés et rentraient « dans leurs propriétés » ; ceux d'entre eux qui étaient devenus esclaves reprenaient leur liberté et retournaient dans leur famille primitive», et les débiteurs recevaient remise de leur dette : or, ces privilèges, l'Année du grand pardon nous les octroie avec une plus large munificence.

    En effet, durant le Jubilé, quiconque, le cœur contrit, se conforme aux salutaires prescriptions du Saint-Siège, recouvre la totalité des mérites et des grâces que le péché lui avait fait perdre; il est délivré de la cruelle tyrannie de Satan et jouit à nouveau de la liberté par laquelle le Christ nous a affranchis: enfin, par application des mérites surabondants de Notre-Seigneur, de la Bienheureuse Vierge Marie et des Saints, il est pleinement exonéré des peines encourues pour ses égarements et pour ses fautes.

    La purification des âmes et la guérison des maladies spirituelles n'est pas le seul but pour lequel le grand Jubilé se célèbre durant une année entière. En effet, en ce « temps de grâce », la visite de sanctuaires très vénérés, les nombreux actes de dévotion personnels et publics, les abondantes grâces reçues du ciel exciteront puissamment tous les cœurs à s'élever dans la voie de la perfection et contribueront à la régénération de la société. La licence effrénée des particuliers tourne au détriment de tous; de même, par une conséquence nécessaire, lorsque chacun rentre dans la bonne voie et s'efforce à mener une vie plus sainte, la société elle-même s'amende et resserre les liens qui l'unissent au Christ Jésus. Fasse le ciel que le prochain Jubilé produise rapidement cette réforme autant qu'elle est possible dans la condition présente du monde.

    Le catholicisme, il est vrai, a réalisé ces derniers temps des progrès notables, et les peuples, après avoir constaté, par une expérience prolongée et décisive, que l'éloignement de Dieu rend vain tout espoir d'un ordre de choses plus satisfaisant et laisse les esprits inapaisés, semblent éprouver une soif ardente de la religion; il est toutefois nécessaire de comprimer, conformément aux prescriptions de l'Evangile, les folies et cruelles convoitises des individus comme des nations, et d'unir les hommes entre eux par la divine charité. Cette charité, elle a été trop longtemps amoindrie et même complètement abandonnée par la dernière guerre; pourtant, si elle ne règne pas de nouveau parmi les citoyens et si elle ne redevient pas l'inspiratrice des gouvernements dans leurs conseils, il est difficile de concevoir le moyen de rétablir la fraternité des peuples et de restaurer une paix durable. Comment l'Année Sainte peut contribuer à la pacification des individus et des nations et combien elle présente d'occasions de les réaliser, il est à peine besoin de l'examiner et de l'expliquer.

    Quel événement, en effet, pourrait être plus efficace pour cimenter l'union des hommes et des peuples que cette immense multitude de pèlerins affluant de toute part vers Rome, cette seconde patrie de tout catholique, se rencontrant auprès de leur Père commun, affirmant de concert leur foi commune, s'approchant ensemble et indistinctement de la très sainte Eucharistie, principe d'unité, s'imprégnant de plus en plus de cet esprit de charité qui est le trait caractéristique des chrétiens, comme le rappellent et l'attestent merveilleusement les monuments sacrés eux-mêmes de la Ville Eternelle.

    Nous souhaitons aussi que l'épanouissement de cette charité fasse rentrer dans la communion catholique les Eglises que depuis de longs siècles un schisme des plus funestes tient éloignées de l'Eglise romaine : rien ne pourrait Nous être plus agréable et plus doux que d'étreindre affectueusement dans Nos bras et d'inscrire parmi Nos fils bien-aimés sinon tous les membres de ces Eglises, du moins un grand nombre d'entre eux qui regagneraient, grâce au Jubilé, le bercail unique du Christ. Ces fruits magnifiques et si désirés de l'Année Sainte, ce n'est pas en dernier lieu, Nous avons quelques sérieux motifs de l'espérer, qu'il Nous sera donné de les cueillir.

    La piété des fidèles serait singulièrement favorisée et les effets salutaires de l'Année Sainte beaucoup plus nombreux si, pour régler et ordonner le Jubilé, Nous jouissions de la même liberté que jadis. Par suite des circonstances de temps et de lieux, les Dicastères ordinaires et les Comités institués pour l'organisation et l'ordonnance des solennités de l'Année Sainte ne pourront parfois suffire à leur tâche; Nous prions Dieu de daigner suppléer à ces lacunes par les richesses surabondantes de sa miséricorde.

    En conséquence, vu les avantages et les grâces que Nous prévoyons, espérons fermement et Nous promettons pour le catholicisme ainsi que pour les âmes rachetées par le sang précieux de Jésus-Christ, Nous demandons à Dieu, auteur et dispensateur de tous les biens, de bénir l'Année Sainte que Nous projetons, d'exciter les chrétiens à se repentir de leurs fautes et à profiter de ce bienfait insigne; et, à l'exemple des Pontifes romains Nos prédécesseurs, avec l'assentiment de Nos Vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, par l'autorité du Dieu tout-puissant, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, ayant en vue la gloire de Dieu, le salut des âmes, le développement et l'extension de l'Eglise catholique, par les présentes Nous édîctons et promulguons, et Nous voulons que soit tenu pour édicté et promulgué, un grand Jubilé universel, qui sera célébré, en cette auguste capitale du monde chrétien, des premières Vêpres de Noël de l’an 1924 aux premières Vêpres de Noël de l’an 1925.

    Durant cette Année Sainte, à tous les fidèles de l'un et l'autre sexe qui, s'étant dûment confessés et ayant communié, auront visité les basiliques romaines de Saint-Pierre, de Saint-Paul, de Saint-Jean de Latran et de Sainte-Marie Majeure, et y auront prié à Nos intentions, au moins une fois par jour — soit durant vingt jours, naturels ou ecclésiastiques (le jour ecclésiastique va des premières Vêpres d'un jour jusqu'à la nuit tombée du jour suivant), consécutifs ou séparés, si, Romains ou non, ils demeurent à Rome; soit durant dix jours, calculés comme il vient d'être dit, s'ils sont à Rome de passage, — Nous concédons et accordons miséricordieusement dans le Seigneur une indulgence plénière, la rémission et le pardon de leurs péchés.

    - Quelles sont, chers fils, les intention^ générales du Souverain Pontife, vous ne l'ignorez certainement pas; mais, en cette Année Sainte, il est une intention que Nous avons spécialement en vue, et vous aurez à cœur d'en obtenir la réalisation en unissant vos prières aux Nôtres.

    Nous voulons parler de la paix, moins de celle qu'on inscrit dans les traités que de celle qu'on grave dans les cœurs, de la paix à rétablir entre les peuples : elle n'est pas aujourd'hui aussi éloignée qu'elle l'a été précédemment, mais elle semble bien l'être encore trop suivant Notre désir, qui est aussi le désir général. Ce bien essentiel, si vous, habitants ou pèlerins de Rome, l'âme purifiée de vos fautes et embrasée de charité, vous le demandez auprès du tombeau des Apôtres, n'est-on pas fondé à espérer que le Christ, Prince de la Paix, qui jadis apaisa d'un signe la mer de Galilée, prendra enfin pitié de ses enfants et mettra un terme aux troubles qui ravagent l'Europe depuis de si longues années?

    Nous désirons en outre que tous, habitants de Rome et pèlerins, recommandent avec instance à la miséricorde divine deux intentions particulières, à propos desquelles Nous ressentons de terribles angoisses et qui concernent des intérêts religieux d'une haute gravité : l'entrée de tous les non-catholiques dans le sein de la véritable Eglise du Christ; et le règlement définitif du régime de la Palestine suivant que l'exigent les droits imprescriptibles du catholicisme.

    Les dispositions édictées ci-dessus pour le gain de l'indulgence jubilaire sont adoucies en faveur de ceux que, à Rome ou en chemin, la maladie, ou toute autre cause légitime, ou même la mort, empêcheraient de terminer ou même de commencer les visites prescrites : pourvu qu'ils reçoivent régulièrement l'absolution et la sainte communion, ils gagneront l'indulgence plénière du Jubilé comme s'ils avaient effectivement visité les quatre basiliques majeures.

    Il ne Nous reste, chers fils, qu'à vous inviter et convier très affectueusement à venir tous à Rome jouir des inépuisables trésors de la clémence divine que la Sainte Eglise vous engage à gagner. Il serait indigne de vous de demeurer indifférents et inertes en pareille circonstance, alors que, aujourd'hui plus que jamais, on recherche avec tant d'avidité les richesses de la terre, au mépris même de la loyauté et de la conscience professionnelle. Rappelez-vous le nombre considérable de pèlerins de toutes conditions qui, jadis, se sont rendus à Rome pour l'Année Sainte, affrontant pour la plupart les fatigues et les dangers d'un long voyage : le souci de la béatitude éternelle leur faisait surmonter tous les obstacles. Si quelque désagrément vous survient en cours de route ou durant votre séjour à Rome, cette épreuve, supportée en esprit de pénitence, vous aidera à mériter une rémission plus étendue de vos fautes, elle sera même compensée par de multiples consolations de tout genre.

    En effet, la Ville où vous allez venir est cette Rome que le Christ, notre Sauveur, a choisie pour être à jamais le centre de la religion et le siège de son Vicaire, cette Rome où le monde puise en toute sécurité la pure doctrine de Dieu et le céleste pardon. Ici, votre Père commun, que vous aimez et qui vous aime, vous bénira; ici, votre piété trouvera un accès facile aux antiques Catacombes, aux tombeaux des Princes des Apôtres, aux châsses contenant les reliques des plus glorieux martyrs; ici, il vous sera loisible de visiter les temples élevés par les siècles en l'honneur de Dieu et des saints, chefs-d'œuvre de magnificence et d'art que l'univers a toujours admirés et qu'il admirera à jamais.

    Ces monuments de la religion chrétienne, c'est pieusement, c'est en priant qu'il convient de les visiter; vous retournerez ensuite chacun en votre patrie, tout rayonnants de foi et fermement décidés à mener une vie meilleure. A Rome, en effet, vous ne devez point vous comporter comme des touristes ou des hôtes ordinaires. Bien au contraire, vous éviterez toutes les distractions profanes; vous serez toujours imprégnés de l'esprit de pénitence, tant abhorré du naturalisme contemporain; vous distinguant principalement par la modestie dans le regard, la démarche et le vêtement, vous n'aurez en toute votre conduite que le souci de vos intérêts spirituels.

    A ce sujet, Nous sommes certain que la sollicitude et le zèle de vos évêques ne vous feront pas défaut dans votre pèlerinage. S'ils ont sen

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    pas eux-mêmes à votre tête, ils délégueront des prêtres et des laïques d'élite; sous leur direction tout s'accomplira avec ordre et piété.

    Pour que la présente lettre parvienne plus facilement à la connaissance de tous les fidèles, Nous voulons que les copies de ce document, même imprimées, qui porteront la signature manuscrite d'un notaire et le sceau d'un dignitaire ecclésiastique, fassent foi comme si on avait sous les yeux l'exemplaire original.

    Nul n'aura donc le droit d'altérer les termes de cette indiction, promulgation et concession de faveurs, et de cette expression de Notre volonté; nul n'aura le droit de s'y opposer par une témérité coupable. Si quelqu'un osait commettre pareil attentat, Nous lui signifions qu'il encourrait l'indignation du Dieu tout-puissant et des bienheureux apôtres Pierre et Paul.

    Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 29 mai, l'an 1924 de l'Incarnation de Notre-Seigneur, en la troisième année de Notre Pontificat.

    O. card. CAGIANO, P. card. GASPAURI, chancelier de la Sainte Eglise Romaine. secrétaire d'Etat. JULES CAMPORI, protonotaire apostolique, RAPHAEL VIRILI, proionotaire apostolique.

    VISA

    M. RIGGI, notaire de la Chancellerie apostolique.

    L'an de grâce 1924, le 29 mai, en l;i fête de l'Ascension de Notre-Seigneur Jésus-Christ, en la troisième année du Pontificat de Notre Très Saint-Père Pie Xi, Pape par la divine Providence, j'ai lu en présence du peuple et solennellement publié dans Y atrium de la basilique du Vatican â Rome la présente Lettre apostolique.

    Moi, JOSEPH WILPEUT, doyen des prolonotaires apostoliques participants.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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