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    Constitution apostolique sur le Collège pontifical roumain de Rome · Pie XI

    Constitution apostolique sur le Collège pontifical roumain de Rome

    PIE, EVEQUE SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU Pour perpétuelle mémoire.

    Les Pontifes romains ont toujours témoigné une bienveillance particulière à l'égard de tous les peuples chrétiens d'Orient. C'est pourquoi ils ont consacré leurs soins et leurs labeurs à promouvoir leur bien et leurs intérêts. Ils ont aimé en particulier la très noble nation roumaine, car celle-ci, étant par son origine de souche romaine, doit être à bon droit et à juste titre regardée comme une fille de cette Ville Eternelle. Bien que cette nation ait été, au cours des temps, soumise à l'Empire romain en dernier lieu, elle a conservé des vestiges remarquables de sa langue et de sa civilisation et les a jalousement gardés intacts au milieu de nombreuses vicissitudes. Comme on le sait, après avoir soumis (1) Cf. A. A. S., vol. XXIX,,1937, p. 420-426.

    les Daces, l'empereur Trajan établit dans les régions de la rive gauche du Danube inférieur des colonies d'immigrants : mélangées aux autochtones, elles formèrent un nouveau peuple à qui il appartenait de propager dans ces lointaines contrées la langue, les mœurs, les institutions de Rome. Plus tard, lors des invasions des flots de barbares, on ne put venir au secours de cette nation : cependant, elle avait si bien reçu l'influence de la force et du génie du vieux Latium, que, vaincue, elle ne fut pas submergée : peu à peu, elle s'étendit jusqu'aux rivages baignés par le Pont-Euxin. Bien plus, comme un arbre robuste qui pousse sa ramure dans toutes les directions, elle atteignit au Nord le Dniester, au Midi la Macédoine et la Grèce.

    La lumière de la foi chrétienne ne fit pas défaut à ces descendants du peuple romain. De fait, dans les tout premiers siècles, on trouve à Silistric, à Axiopolis (Rassovat), à Tomes (Constantza) des martyrs qui versèrent leur sang pour le nom du Christ. On ne sait rien de la vie de ces témoins du Sauveur, on ne connaît que le fait de leur martyre : mais ce fait, indubitablement certain, est assurément assez significatif. Nous savons de plus que saint Nicétas, évêque de Remésiana (Bela-Palanka), a parcouru ces contrées pour raison de ministère apostolique. Ce Saint a introduit, à la fin du iv* siècle et au début du V, les préceptes du christianisme par delà le Danube inférieur. Ami intime de saint Paulin de Noie, il composa dans un style simple et clair six livres d'instruction aux catéchumènes c. xxn) ( GENNADIUS, De viris illustribus, et d'autres ouvrages de grande importance.

    De même qu'ils sont, par leur ascendance, de race latine, les Roumains sont latins également par les débuts de leur vie religieuse. Cela ressort nettement de ce fait que les principaux termes de leur langue exprimant les notions fondamentales de la doctrine chrétienne exhalent un parfum de latinité.

    Plusieurs siècles durant, bien que n'ayant pas d'évêque qui leur fût propre, les Roumains furent néanmoins en communion avec le Saint-Siège et unis à lui. Cependant, comme leurs évêques étaient envoyés par le royaume bulgare, ils furent peu à peu amenés au rite byzantin, et la nation roumaine, arrachée à l'unité ecclésiastique, abandonna malheureusement le sein de L'Eglise catholique.

    Ce schisme accompli, les Pontifes romains n'eurent rien tant à cœur que de ramener les princes de la Roumanie à l'unique bercail de Jésus-Christ ; cela, en particulier, lorsque Claire, une noble femme devenue veuve par la mort de Nicolas Alexandre, prince de Valachie, fit revenir à la foi catholique sa fille, épouse de l'empereur de Bulgarie. Saisissant cette occasion favorable, Notre prédécesseur d'heureuse mémoire, Urbain V, exhorta fortement Vlad, héritier du trône de Nicolas Alexandre, à suivre de bon gré l'exemple de cette femme illustre. Ce même Pape, voulant pourvoir aux besoins spirituels des Coumanes (Cumanes) qui, au siècle précédent, c'est-à-dire au xur\ avaient embrassé, grâce aux travaux apostoliques de missionnaires latins, la foi catholique, restaura le siège épiscopal de Milkovia, détruit par les invasions des Tartares. Ce siège fut dans la suite établi dans la ville d'Argès, capitale de la Valachic. En outre, comme Lutzcon, prince de Moldavie, qui, depuis longtemps favorable à la religion catholique, la professa même, comme l'affirme Grégoire XI, avait demandé l'érection d'un évêché dans ses Etats, Urbain V estima qu'il fallait volontiers accepter cette requête. Afin que la doctrine et les préceptes de l'Eglise catholique se propagent de plus en plus chaque jour, Ladislas, roi de Pologne, supplia avec instance le Pape Jean XXII d'établir un évêché latin dans la ville de Baija, capitale à cette époque de la Moldavie. Martin V estima devoir accorder effectivement cette faveur lorsque Alexandre surnommé le Bon, prince de Moldavie, construisit à Baija une vaste église destinée aux chrétiens de rite latin qui avaient émigré dans cette cité.

    En cet état de choses, on eut bon espoir de voir enfin le peuple roumain rentrer à nouveau dans la communion catholique qu'il avait abandonnée, comme on l'a dit plus haut. L'occasion favorable à ce retour parut se présenter lorsque des délégués du patriarche de Constantinople, en même temps que ceux de l'empereur de Byzance et ceux aussi de plusieurs villes, soit de la Grèce, soit de la Russie, soit enfin de ces régions qui étaient sous la domination turque, furent envoyés au Concile de Constance. En effet, huit villes de la Valachip, dix de la Moldavie, avec l'approbation du prince Alexandre déjà mentionné, envoyèrent elles aussi des délégués, choisis parmi leurs concitoyens, chargés de les représenter, de traiter de leurs affaires et de défendre leurs intérêts à Constance. Mais ce Concile s'occupa trop peu du retour des peuples d'Orient à l'unité catholique. Avant la tenue du Concile oeçpméniquc de Florence, Grégoire, métropolite de Moldavie, se rendit auprès du Pape Eugène IV, Notre prédécesseur d'heureuse mémoire, et, ainsi que l'atteste ce Pontife, il se remit dans l'unique bercail du bienheureux Pierre.

    A ce Concile œcuménique de Florence prirent part le métropor-JUe de Moldavie, Damien, et Constantin Protopapas et d'autres personnages envoyés par Elie et Etienne, fils (lu prince Alexandre déjà nommé ; les deux princes y députèrent aussi Neageëm, leur

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    logogthète. A ce sujet, C'est une chose importante à remarquer que le métropolite Damien et Constantin Protopapas signèrent chacun, avec les évêques grecs, et approuvèrent les actes conciliaires par lesquels l'Eglise d'Orient était régulièrement unie au Siège apostolique. Cela ressort des pièces ou originaux authentiques conservés à la Bibliothèque vaticane. La Valachie, bien qu'ayant à cette époque ses frontières soumises à la pression des armées turques sur le point d'entrer en guerre avec la Hongrie, envoya cependant deux délégués au Concile œcuménique de Florence.

    Comme le danger d'invasion des. régions de l'Occident par les Turcs devenait chaque jour plus menaçant, les Papes exhortèrent instamment les princes ou les chefs des peuples menacés à s'entendre les uns et les autres e(; à unir leurs forces afin de s'opposer si un si redoutable péril, parmi ces chefs, Etienne, prince de Moldavie, surnommé le Grand et le Victorieux en raison des victoires remportées, occupe le premier rang, Notre prédécesseur Sixte IV l'appelle un véritable athlète chrétien de la foi, dans la Bulle Redempiçr Noster des ides de janvier 1476. Cette même année, Le même Pontife, afin d'accroître, encore son courage, lui accorda avec bienveillance la faveur de l'indulgence plénière de l'année jubilaire et de la rémission des péchés, avec possibilité pour tous les sujets de son Etat d'en profiter.

    Hélas ! l'union de l'Eglise rétablie avec tant de bonheur au Concile de Florence fut, peu d'années après, rejetée à Constantinople et combattue dans tout l'Orient. C'est pourquoi, après la mort de Damien, comme le parti opposé à l'unité catholique avait le dessus et que, selon la coutume, il demandait un nouveau métropolite de Moldavie, il obtint un prélat adversaire de l'union. Pendant ce temps, à Constantinople, dans une situation déjà désespérée, Isidore de Kiew proclamait en vain les décrets établissant l'unité catholique. En conséquence, que restait-il aux Pontifes romains, sinon de travailler pour mettre à l'abri de tout danger la foi orthodoxe des fidèles qui résidaient disséminés dans les diverses parties de la Roumanie ? Et, assurément, ils ne faillirent pas à ce devoir de leur charge. Souvent, ils y furent aidés par les princes de Moldavie et de Valachie qui, plus d'une fois, ballottés par les agitations politiques, recherchaient l'appui pontifical afin de se rendre plus aisément maîtres du pouvoir suprême.

    Ainsi il arriva que, les anciens évêchés de Serth et de Baija étant supprimés, le siège épiscopal d'Argès fut rétabli, au moins quant au titre, par Grégoire XIV, l'évêque résidant à Bacau ou Backow. Cependant, comme après un intervalle de temps assez court, l'évêché de Bacau n'existait guère que de nom, Notre prédécesseur d'heureuse mémoire, Léon XIII, fonda l'évêché de Jassy dans la même région. Les catholiques de la Vaiachie furent d'abord sous la juridiction ecclésiastique des évêques de Sofia, ensuite des évêques de Nicopolis ou Routschouk : à la fin du xviii siècle, comme la peste exerçait ses ravages en Bulgarie, ces évêques établirent leur résidence près de Bucarest, à Cioplea.

    Nous ne parlons que sommairement de ces événements : mais Nous ne voulons pas laisser échapper cette occasion de louer, comme ils le méritent, les religieux Franciscains, Dominicains, ceux aussi qu'on appelle Conventuels : tous, au cours des siècles, n'ont pas ménagé leurs forces et leur travail, afin de s'occuper avec soin du salut éternel des catholiques de rite latin demeurant sur le sol roumain.

    Mais revenons aux Roumains de rite oriental. Ceux qui habitaient la Transylvanie, réduits en servitude par les chefs qui gouvernaient cette province, furent privés de la liberté non seulement civile, mais religieuse, puisque l'hérésie calviniste propagée aussi dans ces régions faisait courir aux âmes le plus grand péril. Cependant, la situation religieuse s'améliora en Transylvanie lorsque le pays passa sous la domination de l'Empire d'Autriche, et surtout lorsque des religieux de la Compagnie de Jésus, aumôniers des garnisons militaires, furent unis par les liens de l'amitié au métropolite d'Alba Julia, Théophile, et lui conseillèrent également de rentrer en communion avec le Siège apostolique.

    Ainsi fut fait à la suite de la tenue d'un Synode général à ce sujet. L'empereur d'Autriche, Léopold, accorda avec bienveillance aux prêtres de Roumanie qui embrasseraient la foi catholique l'immunité et les privilèges dont bénéficiait le clergé latin. Le métropolite Théophile étant mort soudainement et d'une façon imprévue, le prêtre Athanase fut choisi pour le remplacer. Malgré les efforts et les embûches des hérétiques, au mois de septembre 1700, il reconnut et approuva les décrets d'union avec le Saint-Siège, qu'il avait signés avec cinquante-quatre protopopes ou doyens du clergé. On sait que l'on a âprement discuté au sujet des raisons pour lesquelles l'union avec Rome fut alors rétablie. Quelques historiens qui ne manquent pas de valeur ont prétendu que cette union avait été réalisée pour des motifs passagers et politiques, bien plus, qu'elle avait même été obtenue par la violence. Certains, en en traitant, ont mis en lumière les immenses avantages qui en étaient résultés pour la nation roumaine. Sans nul doute possible, il s'ensuivit d'une façon certaine que le clergé reprit sa liberté, en tenant compte, bien entendu, des conditions locales et du droit public en vigueur à cette époque, qu'aussi pas mal de jeunes gens furent envoyés soit à Vienne, soit à Tirnava (Hongrie), soit enfin à Rome, pour y faire leurs études. A ce sujet, il est utile de rappeler que, lorsqu'à la fin du xvi siècle, Notre prédécesseur Grégoire XIII eut fondé dans cette Ville Eternelle le Collège grec dit de Saint-Athanase, deux des premiers élèves du nouveau Collège étaient de nationalité roumaine. Tout le monde reconnaît que ce fut grâce à tous ces jeunes gens que les études littéraires commencèrent à devenir florissantes en Transylvanie, chose qui contribua beaucoup au bien général et aux intérêts de la nation tout entière.

    Au cours des siècles, le nombre des Roumains qui professaient la religion catholique s'accrut si tort qu'on dut établir selon les règles le vicariat apostolique d'Oradea Mare que le Pape Pie VI. par la Bulle Inàefessum personarum du 15 des calendes de juillet (16 juin) 1777, changea en diocèse ou éparchie indépendant. Notre prédécesseur Pie IX, après avoir créé (1853) les deux nouvelles éparchies de Lugoj et de Gherla, institua par la Bulle Ecclesiam Christi du 6 des calendes de décembre (26 novembre) 1853, la province ecclésiastique (ou métropolie) dite d'Alba Julia et Fagaras. Cinq ans après, il fonda à ses frais quatre bourses pour payer les études ecclésiastiques au Collège grec (appelé alors Collège grecruthène) de quatre jeunes gens originaires de cette même province.

    Enfin, un Concordat ayant heureusement réglé les affaires et les relations entre le Saint-Siège et le royaume de Roumanie, une délimitation et une réorganisation hiérarchique nouvelles des diocèses roumains ont été établies par la Bulle Sollemni conventione du 5 juin 1930.

    Certes, des Séminaires ont été fondés dans les diocèses et éparchies de la Roumanie. Cependant, ayant considéré que les besoins spirituels de ce peuple qui Nous est très cher croissent chaque jour davantage et que le jeune clergé fréquente en nombre toujours plus grand soit le Collège urbain de la Propagande, soit le Séminaire romain, soit enfin le Collège grec déjà mentionné, il Nous a paru opportun, à Nous à qui l'instruction et l'éducation appropriées des élèves du sanctuaire, ainsi que leur formation selon les règles de leurs rites, tiennent tant à cœur, que l'illustre nation roumaine, à l'imitation de presque toutes les autres nations, possédât dans cette Ville Eternelle un Collège ou Séminaire qui lui fût propre.

    C'est pourquoi Nous n'avons rien négligé de ce qui pouvait satisfaire cette nécessité. En effet, sur le mont Janicule, au prix de beaucoup de soins et à grands frais, Nous avons fait construire dans ce but un édifice et Nous l'avons pourvu de toutes les ressources. Aujourd'hui, afin que Notre amour paternel envers le très cher peuple roumain soit encore plus manifeste, Nous avons résolu de procéder à l'érection canonique de ce Collège. En conséquence, pour la plus grande gloire de Dieu et pour l'accroissement de la religion catholique, en vertu de Notre autorité apostolique, Nous établissons à Rome un Séminaire ou Collège pour les Roumains et Nous lui conférons le titre et les droits de Collège pontifical. Qu'il soit placé sous le patronage si puissant de la Bienheureuse Vierge Marie saluée par l'archange comme Mère de Dieu ; et que cette fête de l'Annonciation y soit célébrée chaque année avec une ardente dévotion comme la fête propre et spéciale de ce Collège roumain.

    Nous voulons en outre qu'aux copies, même imprimées, de ces Lettres, pourvu qu'elles soient signées de la main d'un notaire public et revêtues du sceau d'un dignitaire ecclésiastique, on donne exactement la même créance qu'aux présentes Lettres si leur original était produit ou montré.

    Enfin, Nous voulons et ordonnons, en vertu de Notre autorité, que toutes les choses que Nous avons établies, décrétées, publiées par les présentes Lettres, demeurent toutes ratifiées et invariables ;

    EUGENIUS card. TISSERANT,

    A. Secretis S. G. pro Eccl. Orient.

    lOSEPH WlLPERT,

    Decanus Collegii Protonot. Apostolicorum.

    VINCENTIUS BIANCHI-CAGLIESI,

    Protonotarius Apostolicus. Loco •& Plumbi.

    nonobstant toutes choses contraires, même celles dignes d'une mention spéciale.

    Donné à Castel-Gandoll'o, le 6 mai, jour de l'Ascension, de l'année 1937, la seizième de Notre Pontificat.

    Fr. TH. PIE, O. P., cardinal BOGGIANI,

    Chancelier de la Sainte Eglise Romaine

    EUGÈNE, card. TISSEUANT,

    Secrétaire de la Congrégation pour l'Eglise orientale JOSEPH WILPERT, Doyen du Collège des Protonotaires apostoliques, VINCENT BIANCHI-CAGLIESI, Protonotaire apostolique, L. ij< P.

    CHIROGRAFO PONTIFICIO al Signor Cardinale Eugenio Pacelli, affidando al cardinale Segretarïo dï Stato pro fempore la Protettoria délia Pontificia Accademia dei Nobili ecclesiastici il).

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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