Constitution apostolique érigeant le monastère de Grottaferrata en abbaye nullius · Pie XI
Constitution apostolique érigeant le monastère de Grottaferrata en abbaye nullius
PIE, EVEQUE SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU Pour perpétuelle mémoire.
Le très ancien monastère de Grottaferrata qui, depuis ses origines jusqu'à nos jours, a conservé le rite bj zantin, quoiqu'il se trouve au sein de populations latines, et même tout près de Rome, représenta toujours un magnifique témoignage de la disposition la plus favorable des Pontifes romains à l'égard des a) A. A. S., t. XXX. 1938. pp. 183-18«.
Eglises orientales. Nous-mème, réfléchissant sur ce sujet depuis le moment où, par un dessein mystérieux de Dieu, Nous avons été élevé sur le Siège de Pierre, ce Nous fut une très grande joie de prendre sous Notre spéciale protection ce couvent qui, fondé par saint Nil le Jeune au début du xi siècle, a resplendi chaque jour davantage, au cours des âges, semblable à une perle orientale d'un grand prix enchâssée dans la tiare du Pontife romain. Il ne pouvait Nous échapper que l'histoire de cette abbaye a toujours été très étroitement liée à celle de l'Eglise romaine ; et que Nos prédécesseurs lui ont accordé beaucoup de privilèges et d'honneurs, grâce auxquels elle devint à la fois plus vénérable aux yeux des fidèles et plus apte à promouvoir l'union si désirée des Eglises orientales avec le Siège apostolique. On pourrait apporter plus d'un exemple de cette affection des Pontifes romains pour le monastère de Grottaferrata. Mais, pour ne parler brièvement que de ce qui a eu lieu à l'époque la plus rapprochée de Nous, il Nous plait de rappeler l'action du Pape Léon XIII, d'illustre mémoire ; il a rétabli dans cette abbaye. et le rite byzantin dans sa plénitude, et la discipline monastique d'une façon plus conforme à la Règle de saint Basile le Grand. Ce même Pontife s'occupa de faire connaître dans toutes les nations les œuvres artistiques, dont la pieuse dévotion des fidèles a enrichi la basilique de Sainte-Marie de Grottaferrata : basilique vers laquelle sont accourus en tout temps et nombreux les fidèles de Rome, du Latium, et même des parties éloignées de l'Orient byzantin.
La munificence du Pape Pie X, de sainte mémoire, à l'égard de ce monastère, ainsi que la sollicitude apostolique du Pape Benoît XV, d'heureuse mémoire, ne furent pas moindres. Benoît XV y établit le Séminaire pontifical grec-albanais, en le confiant aux soins vigilants des moines de Saint-Basile. Marchant sur les traces de Nos prédécesseurs, et animé de la même charité apostolique, Nous avons décidé de fournir un témoignage solennel de Notre particulière affection pour ce monastère. Il fera voir à tous que le Pontife romain, avec l'Eglise tout entière, nourrit l'espoir certain de pouvoir enfin un jour ramener à l'unité de l'Eglise catholique, par le zèle ardent et l'activité industrieuse des moines Basiliens de Grottaferrata, tous les fidèles de rite byzantin, autrefois très étroitement unis au Siège de Pierre, puis, dans la suite, séparés de lui par le plus déplorable des schismes. Que tous sachent en conséquence combien Nous estimons les œuvres doctrinales remarquables de ces moines, leurs travaux considérables dans les arts libéraux, et spécialement dans la mélurgie byzantine, à l'étude de laquelle s'appliquent avec succès, grâce à la pénétration de leur intelligence, beaucoup de moines très savants. En effet, cette abbaye qui possède, comme tous le savent, une très célèbre bibliothèque, très riche en manuscrits précieux ornés de miniatures, a édité beaucoup d'ouvrages dignes de toute louange, concernant soit l'art typographique polygloLte, soit la paléographie byzantine, soit des peintures, du genre de la miniature, faites selon l'art byzantin. Il y a enfin, dans ce monastère, un atelier qui travaille à réparer, pour la plus grande utilité des sciences, les manuscrits et les livres détériorés par les injures du temps et des hommes. Considérant toutes ces choses, mais ayant surtout en vue le bien des âmes, après consultation de Nos vénérables Frères, les éminentîssimes cardinaux préposés à la Sacrée Congrégation pour l'Eglise orientale ; ayant entendu aussi Notre vénérable Frère le cardinal François Marchetti-Selvaggiani, évêque du diocèse suburbicaire de Tusculum, sur le territoire duquel se trouve la cité de Grottaferrata ; ayant mûrement pesé l'affaire, Nous avons décrété d'élever à un plus haut degré de dignité ce monastère. C'est pourquoi, suppléant le consentement des ayants droit ou de ceux qui présument avoir des droits, en vertu de la plénitude de Notre pouvoir apostolique, Nous élevons, érigeons, établissons au rang d'abbaye nullius ou monastère exarchique le monastère de Grottaferrata, dont Nous avons parlé ci-dessus, en lui conservant la dénomination de Sainte-Marie de Grottaferrata. Nous voulons — et Nous le déclarons — que cette abbaye soit soumise à Notre juridiction immédiate et à celle du Saint-Siège, et Nous la confions aux moines basiliens de rite byzantin. Le territoire de cette nouvelle abbaye nullius, déjà détaché du diocèse de Tusculum, sera fixé par les limites mentionnées ici, à savoir : la rue Julien-Della-Rovere, appelée vulgairement délia Cartiera, le pont Castri, les remparts du retranchement, le sentier qui se trouve entre la propriété des Sœurs Franciscaines Missionnaires de la Bienheureuse Vierge Marie et le terrain de l'abbaye ; le lieu planté d'oliviers appartenant actuellement à la famille Mazzanti. Nous établissons, de plus, que l'Abbé de cette abbaye sera archimandrite pro tempore de la Congrégation italienne des moines basiliens. Quoique l'abbaye ne possède pas les trois paroisses au moins requises par le droit, par faveur spéciale et nonobstant la prescription du canon 319 § 2 du Code du droit canon, Nous accordons à la nouvelle abbaye nullius de Sainte-Marie de Grottaferrata, et à ses Abbés ou archimandrites pro tempore, tous les droits, privilèges, honneurs et pouvoirs dont jouissent dans l'univers, en vertu du droit commun, les autres abbayes nullius et leurs prélats, et Nous les soumettons également aux devoirs et aux charges de ces mêmes abbayes et Abbés nullius. L'église abbatiale sera, comme auparavant, la basilique de Sainte-Marie-des-Grâces de Grottaferrata, dans laquelle Nous établissons le siège de l'Abbé ou archimandrite, et Nous lui conservons tous les honneurs et privilèges qui, au cours des siècles, ont été accordés par les Souverains Pontifes. Nous décrétons en outre qu'il appartiendra à la Congrégation italienne des moines basiliens, dont Nous avons parlé ci-dessus, de fournir, selon ses possibilités, une mense à l'archimandrite ou Ordinaire, pour l'aider à supporter ses charges. Nous voulons aussi qu'il ne soit permis, pour aucun motif, d'aliéner ou de céder, soit par vente, soit par location, soit de toute autre façon, n'importe quelle partie du territoire abbatial renfermé dans les limites déjà indiquées, sans l'autorisation du Saint-Siège ; de telle sorte que si une cession d'une partie de ce territoire venait à se faire sans la permission du Saint-Siège, cette cession soit tenue pour absolument invalide et illicite. Que rien ne soit modifié quant aux droits et aux obligations de la paroisse de rite byzantin de l'église précitée Sainte-Marie, conformément à ce que Nous avons établi par le décret Quanto ronutnorum, publié par la Sacrée Congrégation pour l'Eglise orientale le 19 mai 1029. Nous voulons que demeure dans toute sa force, en faveur des moines basiliens, le droit de faire, si cela leur plaît, trois fois par an des processions religieuses à travers les rues de Grottaferrata, c'est-à-dire : le 22 août, fête de l'icône de sainte Marie ; le jour de la solennité de saint Nil le Jeune, fondateur et protecteur de la ville de Grottaferrata ; et dans la soirée du Vendredi-Saint. Cependant, au sujet de ces processions, que l'Ordinaire archimandrite prévienne, chaque année, le cardinal évêque de Tusculum.
Pour mettre à exécution tout ce qui a été ci-dessus réglé et établi, Nous déléguons Notre vénérable Frère Pierre Pisani, archevêque titulaire de Tomi et assistant au trône pontifical, et Nous lui accordons les pouvoirs nécessaires et opportuns, même celui de sous-déléguer, en vue de l'effet dont il s'agit, n'importe quel dignitaire ecclésiastique, avec l'obligation de transmettre le plus tôt possible à la Sacrée Congrégation pour l'Eglise orientale une copie authentique des actes relatifs à l'exécution complète du mandat.
Nous voulons et ordonnons que les présentes Lettres, et tout ce qu'elles contiennent, soient fermes et valides, nonobstant les Constitutions et Ordonnances apostoliques et toutes autres choses contraires. Nul n'aura le droit d'altérer les termes de ces Lettres qui érigent, établissent, dérogent, accordent, statuent, donnent mandat et ordonnent, ni de s'y opposer. Si quelqu'un osait le tenter, par une audace téméraire, il encourra, qu'il le sache, l'indignation du Dieu tout-puissant et des bienheureux apôtres Pierre et Paul.
FR. TH. P I U S, O. P., card. BOGGIANI, Cancellarius S. R. E.
E. card. TISSERANT, S. C. pro EccL Orient Secretis.
ALFONSUS CARINCI, Proton. Apost
Loco t Plumbi.
VINCENTIUS BIANCHI-CAGLIESI, Proton. Apost Donné à Castel-Gandolfo, le 26 septembre, en la fête de saint Nil le Jeune, l'an du Seigneur 1937, l a seizième année de Notre Pontificat1.
Fr. THOMAS-PIE, O. P., cardinal BOGGIANI, Chancelier de la Sainte Eglise Romaine.
EUGÈNE cardinal TISSERANT,
Secrétaire de la S. Congrégation pour l'Eglise orientale.
LITTERAE ENCYCLICAE
Ad Venerabiles Fratres Patriarchas, Primates, Archiepiscopos, Episcopos, aliosque locorum O r d i n a r i o s pacem e t c o m m u n i o n e m cum Apos-
TOLICA SEDE HABENTES : De Sacro Beatae Virginis Mariae Rosarïo (1).
P I U S P P. XI VENERABILES FRATRES, SALUTEM ET APOSTOLICAM BENEDICTIONEM.
Ingravescentibus malis aetatis huius nostrae non semel Nos ac nuperrime per Encyclicas Litteras Divini Redemptoris (A. A. S., t. XXIX, 1937, p. 65), nullum posse ediximus
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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