Léon XIV, pape augustinien · Lire saint Augustin →

    Considérations pour ceux qui sont appelés à l'état religieux · Alphonse de Liguori

    Première considération : Combien le salut éternel de notre âme est assuré dans la vie religieuse

    Pour comprendre combien est important le salut éternel de notre âme, il suffit d'avoir la foi, et de considérer que nous n'avons qu'une âme, et qu'en la perdant nous perdons (ont. Que sert à l'homme de gagner (oui le monde, s'il vient à perdre son âme? Quid prodest homini si mundum universum lucretur, animm verô &uœ delrimcntum patialur? (Matth.,xvi, 26.) C'est cette grande maxime de l'Evangile qui détermina tant de jeunes chrétiens, les uns à se retirer dans des cloîtres, les autres à vivre au désert, d'autres enfin à donner leur vie pour Jésus-Christ dans le martyr. Tous se disaient en effet : Quel bonheur y a-t-il dans la possession du monde entier et de tous les biens qu'il peut offrir, pendant cette vie si courte, si en même temps on se damne et on se rend malheureux pour toute cette vie qui ne doit pas avoir de fin? Tous ces riches, tous ces princes et empereurs qui se trouvent maintenant dans l'enfer, que leur reste-t-il de tout ce qu'ils ont possédé dans le monde, qu'un plus grand tourment, que de plus cuisants regrets? Ils pleurent maintenant, les malheureux; ils s'écrient : Transierunl amnia illaianquàm wmôra(Sap., v, !>), Tout, en effet, est passé pour eux comme une ombre, comme un songe, et le tourment qui leur est resté dure depuis bien des années et durera toute une éternité.

    La figure de ce mon le passe : Præterit figura hujus mundi (I. Cor., v n Si). Ce monde est une scène où se passe un drame fort court. Heureux qui sait remplir son rôle de manière qu'il mérite d'être heureux dans cette vie, qui ne doit point finir. Peu importera alors que, dans ce monde, il ait été pauvre, méprisé, tourmenté, s'il est ensuite heureux, honoré, roi dans le paradis, et cela tant que Dieu sera Dieu. C'est pour cette unique fin que le Seigneur nous a placés dans ce monde et nous fait vivre sur cette terre, non pour y acquérir des biens passagers, mais pour mériter et gagner des biens éternels. Finem verò vitam œlernam (Rom., vi, 22).

    Telle est la fin que devraient avoir en vue tous les hommes qui vivent dans le monde, mais le mal est que, dans ce monde, on ne pense que peu ou point à la vie é t e m e l l e. \ u milieu des ténèbres de cette autre Egypte, la plupart des hommes ne placent leur étude que dans l'acquisition 'tes honneurs et des jouissances mondaines, et voilà pourquoi il y en a un si grand nombre qui se perdent. La terre est plongée dans une grande désolation, parce qu'il n'est personne qui ait le cœur attentif à Dieu. Desofatione dcsolala est omnis terra quia nullus est qui recogitat corde (Jérém., x n. H). Qu'il y en a peu qui s'occupent à considérer que la mort viendra terminer cette courte scène, que l'éternité nous attend après! à réfléchir surtout ce que Dieu a fait pour l'amour de nous! Et de là vient que ces malheureux vivent dans l'aveuglement, éloignés de Dieu, â la manière des bêtes, les yeux constamment baissés vers les choses terrestres, sans aucun recours à Dieu, sans aucun désir de son amour, sans aucune pensée vers l'éternité. Aussi, n'ont-ils à la fin qu'une mort funeste, qui n'est que le commencement d'une mort et d'un malheur éternels : Arrivés là, ils ouvrent enfin les yeux, mais ce n'est que pour pleurer sans espoir et sans retour sur leur folie.

    C'est un grand moyen de salut, que celui qu'on trouve dans la vie religieuse, où l'on médite continuellement sur les vérités éternelles. Souvenez-vous de vos fins dernières, dit le Saint-Esprit, et vous ne pécherez pas. Mcmorare novissima tua et in œternum non peccabis (Eccl.. vii, 40). Dans toutes les maisons religieuses bien ordonnées, cela se pratique chaque jour et plusieurs fois le jour. Aussi, à la vive lumière qui s'y répand continuellement sur les choses divines, il est moralement impossible de vivre, au moins longtemps, éloigné de Dieu et sans s'occuper â tenir eu règle ses comptes pour l'éternité.

    PRIÈRE.

    Mon Dieu, et par où pouvais-je être digne de cette faveur miséricordieuse, qui, pendant que vous en laissiez tant d'autres au milieu des dangers du siècle, vous a fait m'appeler à vous, moi qui plus que les autres vous avais offensé, et méritais davantage d'être privé de votre divine lumière, et de jouir de l'honneur de vivre dans votre sainte maison, avec vos intimes serviteurs? Seigneur, faites que je reconnaisse dignement cette faveur trop grande que j'ai reçue de vous; que dès lors je vous en rends grâce sans cesse, comme je me propose, et j'ai espoir do le faire, d'abord pendant ma vie entière et puis pendant toute l'éternité; et ne permettez pas que je sois en rien ingrat envers vous. Puisque vous avez déjà été si partial pour moi, et m'avez préféré à tant d'autres dans votre amour, il est bien juste que je vous serve avec plus de zèle et d'amour que les autres. Mon Jésus, vous m'avez voulu tout à vous : je me donne à vous tout entier. Acceptez-moi, et conservez-moi désormais comme chose vous appartenant, puisque je ne suis plus à moi. Vous avez commencé votre ouvrage, daignez l'achever. Vous m'avez appelé dans votre maison, parce que vous voulez que je sois sanctifié : Rendez-moi donc tel que vous le souhaitez. Faites-le, Père éternel, pour l'amour de Jésus-Christ, en qui seul je me confie. Je vous aime, grand Dieu, je vous aime, bonté infinie, c'est vous seul que j'aime et que je veux toujours aimer. Marie, ô mon espoir, prêtez-moi votre secours, et obtenez-moi la grâce d'être toujours fidèle et agréable au Seigneur.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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