Advis à madame Rose du Bourgeois sur le gouvernement de sa communauté · Saint François de Sales
Advis à madame Rose du Bourgeois sur la maniere de gouverner sa communauté
L’humilité, la simplicité de cœur et d’affection, et la sousmission d’esprit, sont les solides fondemens de la vie religieuse. J’aymerois mieux que les cloistres fussent remplis de tous les vices, que du péché d’orgueil et de vanité, parce que, avec les autres offenses on peut se repentir et obtenir pardon ; mais l’ame superbe a dans ses Ioyx les principes de tous les vices, et ne fait jamais penitence, s’estimant en bon estât, et mesprisant tous les advis qu’on luy donne. On ne sçauroit rien faire d’un esprit vain et plein de l’estime de soy-mesme ; il n’est bon ny à soy ny aux autres.
Il faut encore, pour faire un bon gouvernement, que les supérieurs et supérieures ressemblent aux pasteurs qui paissent les agneaux, et qu’ils ne nesgligent le moindre exemple pour edifier le prochain, parce que, tout ainsi qu’il n'y a si petit ruisseau qui ne mene à la mer, aussi n’y a-t-il traict qui ne conduise l’ame en ce grand bcean des merveilles de la bonté de Dieu.
Madame, le soing que vous devez avoir à ce sainct ouvrage doit estre doux, gracieux, compastissant, simple et debonnaire. Et croyez-moy, la conduitte la plus parfaicte est celle qui approche le plus près de l’ordre de Dieu sur nous, qui est plein de tranquillité, de quiettude et de repos, et qui, en sa plus grande activité, n’a pourtant aucune esmotion, et se fait tout à toutes choses.
De plus, la diligence des supérieurs doit estre grande pour remedier aux plus petits murmures de la Communauté. Car, comme les grands orages se forment des vapeurs invisibles, de mesme aux religions les grands troubles viennent de causes fort legeres. Rien aussi ne perd tant les Ordres que le peu de soing qu’on apporte à examiner les esprits de ceux qui se jettent au cloistre. On dit : Il est de bonne mayson, c’est un grand esprit; mais l’on oublie qu’il ne se sousmettra qu’avec grande difficulté à la discipline religieuse.
Avant que de les admettre, on doit leur représenter la vraye mortification et la sousmission que la religion demande, et ne leur point figurer si avantageusement tant de consolations spirituelles. Car tout ainsi que la pierre, encore que vous la jettiez en haut, retombe en bas de son propre mouvement, aussi, plus une arae que Dieu veut à son service sera repoussée, plus elle s’eslancera à ce que Dieu voudra d’elle. D’ailleurs, ceux qui prennent ce parti comme par despit d’avoir un courage haut avec une basse fortune, apportent d’ordinaire bien plus de desordre dans les cloistres que de bon ordre en eux.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.