Réponse aux cent huit articles tirés de l'ouvrage de Pierre de Tarentaise · Saint Thomas d'Aquin

    Questions IX à XII

    La neuvième question : La génération divine n’a pas pour terme la relation, mais l’hypostase qui est le sujet, est vraie, si on l’entend de la substance impliquant le suppôt, mais non de la substance en tant que substance ou nature. L’objection qu’on nous fait n’est pas sérieuse. La relation dans les personnes divines est l’hypostase; donc si elle a pour terme l’hypostase, elle a aussi la relation. Voici comme on doit en entendre le sens : L’essence divine est l’hypostase ; donc la génération divine a l’essence pour terme. De même que l’essence divine n’est pas engendrée, pas plus que la filiation, mais bien le Fils.

    QUESTION X.

    .On peut passer cette proposition quoiqu’elle ne soit pas toujours dans son vrai sens. Nature de nature, lumière de lumière, substance de substance, Dieu de Dieu, et quoiqu’on ne dise pas ici ordinairement essence d’essence, on ne peut pas penser qu'on prétende qu’il n’est pas permis de dire Dieu de Dieu. Car on peut aussi bien dire Dieu do Dieu que ceci : Dieu a engendré Dieu, comme l’auteur le dit, et comme il l’exprime dans sa quatrième distinction, ce qui me fait croire que c’est une erreur de copiste.

    QUESTION XI.

    Question onzième : Malgré qu’il y ait la même nature dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit, elle n'y est pas de la même manière : cette proposition renferme un sens douteux. Si on entend qu’elle n’y est pas de la même manière d’une façon essentielle; par exemple, si l’on clisoit qu’elle est meilleure ou plus parfaite dans l’un que dans l’autre ; mais si on entend d’un mode de relation, comme l’écrit Hugues de Saint-Victor, dans son Traité de la Trinité, lequel attribue à chaque personne divine un certain mode d’être; ceci est vrai, parce qu’on n ’entend pas l’essence de cette manière, qu’elle engendre ou qu’elle est engendrée, comme le dit le docteur de Verceil, elle est cependant reçue ou communiquée par génération. L’essence divine est donc dans le Père, sans qu’il l’ait reçue d’aucun autre ; dans le Fils, à titre do génération, et dans le Saint-Esprit, par voie de procession.

    QUESTION XII.

    Sa douzième proposition est ainsi conçue : Ce qui est produit par la nature et la volonté, peut l’être de trois manières seulement, par la nature, par la volonté seule, ou par le concours de la nature et de la volonté. C’est de la première manière que le Fils de Dieu a été engendré, les créatures ont été faites de la seconde, et le Saint-Esprit procède, de la troisième. L’objection qu’on nous fait ici n’est pas forte. Car on peut dire que le Fils est engendré par nature, le Saint-Esprit procède de la nature et de la volonté, comme le Fils est nature de nature, sagesse de sagesse ; mais la distinction qui place le Saint-Esprit entre le Fils et la créature est surtout très-fausse. Car comme Dieu le Père a engendré le Fils de sa nature et par sa volonté, on peut dire la même chose du Saint-Esprit : car ce que Dieu produit par sa volonté est une pure créature, comme saint Hilaire le prouve dans son livre des Synodes : il faut dire cependant que le Saint-Esprit procède comme amour; de même que le Fils procède par l’intellect en tant que procédant comme Verbe; de même que le Verbe procède de la parole de Dieu, de même l’amour procède de Dieu en tant qu’il est amour.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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