Réponse aux cent huit articles tirés de l'ouvrage de Pierre de Tarentaise · Saint Thomas d'Aquin

    Questions XIII à XVI

    Ce qui est exposé dans la treizième proposition n ’est pas en général un acte de la nature, commun et ordinaire, mais en tant qu’uni à la qualité de suppôt générateur : ce qu’insinue ici notre adversaire n’est pas très-faux, parce que cette union peut être rapportée à l’intellect ou à notre manière de parler, comme quand nous disons : l’essence et la paternité sont dans le Père. Mais on ne peut pas le rapporter à l’ordonnance de la chose; on pourroit plutôt l’attaquer sur ce qu’il dit : La génération est un acte naturel dans le Père, si on l’entendoit comme acte de la nature génératrice. On ne doit pas dire que c’est un acte de la nature génératrice qui produit. Car la nature n’engendre pas, mais c’est le père qui engendre naturellement le fils.

    QUESTION XIV.

    On peut facilement comprendre la puissance, non du côté des opérations, c’est-à-dire de création et de génération, qui sont des actes bien différents, considérées avant et après l’exercice de ces deux puissances. Car, malgré que le pouvoir de créer et d’engendrer soit de l’essence divine, comme le dit l’auteur, cependant il renferme une faculté qui n’est point dans l’essence, et sous ce rapport on peut faire une distinction de la puissance, quoiqu’on ne puisse en faire aucune quant à l’essence. De même, quoique l’acte de créer soit Dieu et l’essence divine, cependant on distingue en lui un effet qui différentie la création de la génération, mais non selon l’essence d’action, en tant qu’elle est l’essence divine elle-même.

    QUESTION XV.

    Elle est ainsi posée : Comme l’éternité est antérieure au temps, de même ce qui est éternel est antérieur par rang à ce qui est créé. D’où il suit que l’ordre de puissance, relativement à l’acte éternel de génération, précède l’action limitée de créer. Ceci n’est pas erroné, parce que l’action de créer renferme l’idée de temps, par rapport à l’effet qui est lié avec lui ; et à cause de cela on ne peut pas dire que Dieu créa de toute éternité, bien que son action soit éternelle, puisqu’elle est l’essence divine. Et malgré que ce qui est éternel ne tienne en rien à ce qui est passager, il y a cependant, entre ces deux termes, une idée de relation, comme, par exemple, du principe à l’effet. Car Dieu, qui est éternel, est le principe et la fin de toute créature.

    QUESTION XVI.

    L’auteur est ici dans l’erreur, et n’entend pas ce qu’il dit. Cette proposition peut être envisagée sous deux rapports. En sens absolu, et ceci ne peut convenir à Dieu; ou avec précision et sans rien ajouter, et alors elle s’entend de Dieu. Car, ici, absolu ne veut pas dire qui ne dépende d’autre chose, mais bien pris généralement. De même il n’a pas compris le mot précisément, c’est-à-dire sans addition. Car il a compris que être ce à quoi on n’ajoute rien, c’est être existant de soi-même, est le propre à Dieu ; mais il n’a pas compris que être, comme il le dit, sans avoir besoin de rien, est le propre de Dieu.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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