Lettres spirituelles · Alphonse de Liguori

    Lettre VI

    Ciorani, 18 avril......

    D’abord, je vous dirai, ma fille, que lorsque vous m ’écrirez vous laissiez de côté le titre de votre seign. illust. ; il suffit de dire votre révérence, par respect pour le sacerdoce dont je suis revêtu, quoique indigne. En second lieu, je vous dirai de ne pas craindre : quiconque tient la croix embrassée, tient aussi embrassé Jésus-Christ qui est attaché à la croix.

    Je vous remercie de m ’avoir recommandé à Jésus-Christ,, mais il vous faudra ne jamais négliger do le faire, soit que vous receviez ou que vous ne receviez pas de mes lettres, et avec moi recommandez toujours notre institut «à Jésus-Christ. Sachez que nous sommes dans la tribulation : en peu de temps nous avons perdu quatre sujets, et peut-être cinq. Voyez si nous avons besoin de prières. Suppliez Jésus-Christ qu’il nous envoie des sujets, et particulièrement faites une neuvaine à Marie immaculée et à S. Joseph pour trois sujets.

    Ensuite, pour ce qui est de votre am e, contentez-vous d ’avoir Jésus dans le cœ ur, si vous ne l’avez sous les yeux. Offrez-lui cette peine ; il ne peut y en avoir de plus grande pour quiconque aime Jésus-Christ; c’est une peine qui arracha des plaintes à Jésus lui-même sur la croix. « Mais » que sait celui qui ne sait pas souffrir pour Dieu » ? disait votre S. Jean de la Croix. Et S. Philippe de Néri disait « qu’il n ’y a pas de plus grande tribulation dans le monde » que de ne pas avoir de tribulations ». Le même disait aussi que « celui-là n ’aime guère son Dieu qui ne désire » guère de souffrir ». Quand vous êtes la plus désolée, envoyez avec un soupir votre cœur à Jésus, et dites-lui : Époux, je ne veux pas vos consolations, mais je ne veux que vous seul ; cherchez aussi à ressentir la peine que ressentait S. Louis de Gonzague; c’était pour lui un martyre de ne pouvoir aimer Dieu autant qu’il le connaissait digne d’être aimé. Ayez toujours soin pour tout ce qui est peine, pour tout ce qui est goût, d ’en faire l'offrande à Jésus-Christ. Que j ’aime en vous, ô ma fille, cet ennui dans l’oraison et cette persévérance malgré l ’ennui ! Il suffit qu’alors vous fassiez toujours des actes d ’union de votre volonté avec Dieu.

    Si vous voyiez, ma fille, que les choses vont bien auprès de Dieu, où sérail alors la peine? la peine serait un paradis. Ayez soin de retrouver la paix incontinent dans les »roubles de l'ame, et persévérez dans l’oraison et les exercices spirituels en dépit de l’ennui, encore qu’il vous semble que tout soit perdu, et laissez faire Jésus. Ayez soin en outre de bannir tout empressement inquiet pour mes lettres, parce que ce pourrait encore Glre pour vous un obstacle à la perfection.

    Je présente mes respects à la mère supérieure, et je me recommande aux prières de cette ame désolée, parce que les ames désolées sont chères à Dieu. Je l’ai recommandée à Jésus et Marie ; cl pour vous, je tiens au pacte que nous avons fait. Vivez dans le cœur de Jésus et de Marie. Vive Jésus, Marie, Joseph et Thérèse.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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