Lettres spirituelles · Alphonse de Liguori
Lettre IV
Je reçois votre dernière lettre par l'intermédiaire de monsieur votre frère. Quant à la direction du P. N., j ’ai été consolé de la réponse pleine de sens et de piété que vous m ’avez faite; ainsi, vous vous tenez bien assurée que les choses que je ne fais pas pour votre ame, je ne les ferais certainement pour aucune autre. Du reste, je permets avec grand plaisir que Je père en question vous réponde dans tous vos doutes, et je lui permets encore de venir quelquefois vous trouver.
Ensuite, pour ce que vous ajoutez, que vous avez tant de craintes [cl de doutes, et que tant de pères vous taxent d’illusion et d ’erreur, j ’en suis plus consolé que si j ’apprenais que vous avez ressuscité dix morts. Tout cela me donne la certitude que vous n ’êtes ni dans l'illusion, ni dans l’erreur. Les personnes dupes de l ’illusion y croient pleinement. Mais vous vous en défiez : c’est un signe que vous n’êtes pas dans l’illusion. Priez donc Jésus-Christ que s’il y trouve sa gloire, il y o u s conserve ces craintes. Du reste, je vous commande de la part de Jésus-Christ d’élargir votre cœur avec Dieu, et de traiter avec lui comme auparavant, avec liberté et confiance. Je vous assure que vous ne trompez ni n ’êtes trompée. Recevez avec des sentimens affectueux et sans crainte les lumières el les élans d ’amour que le Seigneur accorde à votre ame : et dorénavant chassez comme des tentations toutes les craintes pour tout ce qu’on vous a dit cl qu’on vous dira. Ces pères l’ont fait à bonne intention, se servant de la règle générale, qu’il faut humilier les ames favorisées et les tenir sous terre, afin qu’elles ne tombent pas dans le piège de l’orgueil. Mais celte règle ne s’applique pas à voire ame. Vous n ’allez pas vous vanter ni d ’extases, ni de prophéties ; vous n ’allez pas publier ce qui vous concerne devant les premiers venus, comme font les autres, ce qui certainement, quant à ces ames, fait naître le soupçon qu’elles ne fassent des dupes et ne le soient elles-mêmes. Vous, comme je le sais, vous parlez seulement quand il y a nécessité de parler, et seulement pour demander aide el conseil. Le Seigneur ensuite vous donne assez de lumière pour vous faire connaître qui vous êtes, et ce que vous méritez pour vos fautes cl vos misères. El ainsi, quelle peur avez-vous que le démon ne vous trompe? quel démon? quel démon ? c’est Dieu qui vous assiste, cl se tient autour de vous, parce qu’il vous veut toute à lui. Quand donc il tire devant vous le rideau, cl vous parle par ses lumières, humiliez-vous d ’abord, pensant qu’il accorde tant de faveurs à une ame aussi ingrate que la vôtre; abaissez-vous donc, à la vue de vos misères ; el puis, vous confiant en la miséricorde et en la bonté infinie du souverain bien, abandonnez-vous comme morte entre ses bras amoureux, cl recevez avec action de grâce et amour toutes les connaissances et toutes les louches amoureuses qu’il donne à votre am c, ne les recevant que pour vous humilier davantage, cl pour vous proposer plus de fidélité à son saint amour. Je vous recommande néanmoins, quand Dieu vous laisse seule et ne vous fait pas de caresses, de ne vous en plaindre ni extérieurement ni intérieurement, de ne pas vous en inquiéter, do ne pas les rechercher, parce qu ’il pourrait y avoir do l’illusion dans celte recherche. Dorénavant non plus vous ne vous inquiéterez pas davantage, comme je vous l ’ai conseillé, de tout ce qu’on peut vous dire. Alors répondez en vous-même : je ne veux que Dieu seul : et tenez-vous en repos. L’inquiétude ne convient qu’à quiconque veut autre chose que Dieu.
Conservez cette lettre pour prendre courage alors qu’on vous inquiétera. Mais quand il se présentera quelque chose de particulier, vous m ’en écrirez brièvement l.i substance, et je déroberai un instant, comme je fais à présent, pour vous répondre, mais en deux mois, parce que je n ’ai pas un moment à moi. Je vous prie au surplus de ne pas élever tant de doutes sur les choses, et de ne pas prétendre savoir en tout si c’est Dieu qui vous parle ou non, parce que cette inquiétude elle-même peut vous faire tort. Il faut avec Dieu, avec cette bonté infinie, y aller tout simplement, tout bonnem ent; faites ce qui vous semble bon, et allez en avant.
Dans les sécheresses de l ’oraison, soutenez-vous toujours par la prière et par de continuelles offrandes de vous-même à Dieu. Mais quand il vous parle, ne parlez pas, vous, ouvrez plutôt votre ame pour recevoir tout ce que Dieu vous donne. Que dans toutes vos oraisons ma pauvre ame vous soit recommandée. N'oubliez jamais de recommander les âmes du purgatoire et les pécheurs, spécialement pour Naples, où l’on dit qu’il y a beaucoup d ’athées qui nient Dieu. Souvenez-vous-en, ainsi que de notre congrégation. Du contentement ! Dieu est avec nous. Dominus illuminalio mea el salus mea queni limebo? Que Jésus soit notre amour et Marie notre espérance. Je suis occupé à faire imprimer un petit livre sur la manière de converser avec Dieu, puis je vous l’enverrai.
Encore un mot : j ’ai écrit à monseigneur qu’il vous donne la permission de répondre à Branconc : s’il vous la donne, répondez au marquis que vous n ’oubliez jamais de le recommander à Dieu, afin que le Seigneur lui donne la lumière et la force nécessaire pour marcher dans la bonne voie, et pour défendre les intérêts de l ’Église dans l ’emploi qu’il occupe; relevez son courage le plus que vous pourrez. Peu importe que sa lettre se soit perdue; elle ne contenait autre chose si ce n ’est que vous le recommandassiez à Dieu. Ainsi, répondez-lui comme je viens de vous dire, si vous en avez la permission, sans dire que sa lettre se soit perdue. Vous pouvez très-bien dire sans m entir : je réponds à votre lettre, etc. Vive Jésus, Marie, Joseph et Thérèse.
Loué soit le très-saint sacrement et Marie immaculée. Iliccto, 1.4 a v r il.......
Ma bienheureuse fille, je suismaintenanl àllicelodans une autre maison prise nouvellement, et située à deux journées de Ciornni. Je n ’ai pas reçu ici d’autre lettre, si ce n ’est celle dernière, à ce que je présume.
Ce rayon qui vous est apparu dans la confusion du jubilé, j’estime que c’est vraiment une lumière venue de Dieu, afin de vous donner lin peu de force pour résister aux tempêtes.
Puisque vous devez vous occuper de votre emploi, occupez-vous-en, et dérobez le temps que vous pourrez pour ]’oraison : c’est un travail qui fructifie pour toujours, Recommandez-moi toujours à Jésus et à Marie. Je suis, etc. Vive Jésus el Marie.
Pour la veuve, je l’ai recommandée à Jésus; dites-lui que Jésus la veut toute à lui ; c’est pour cela qu’il lui a ôté son fils ; qu’elle l’offre toujours à Dieu, et qu’elle soit toute à Jésus. Vive Jésus et Marie.
Quant aux lettres, continuez de les envoyer à Ciorani. Vive Jésus et Marie.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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