Lettres · Saint François de Sales

    Lettre VII : Au président Fabre

    M on frere, je n’ay peu respondre N on anteà potui, mi fraà vos lettres avant que l’homme ter, illis tuis litteris responqui les avoit apportées s’en re- dere, quàm hic idem, qui tournast à Chamberi. Certes, je tuas altulerat, Camberiacum l’aurois bien fait volontiers plus versùs rediret. Fecissem id tost; car je n’ay point de pensée quidem libentissimè : nulla qui me fasse plus de playsir que enim cogitatio me dulciùs celle par laquelle je tasche tous récréât, quàm ex quâ quo-les jours de vous rendre presentà tidiè te mihi præsentem, mon esprit le plus vivement qu’il quoad expressissimè fieri pom’est possible, parce qu’alors il test, efQcio. Enimverô tùm, me semble qu’une certaine lu­ post densissimas tenebras, mière vient m’esclairer après de mihi lux quædam oboriri tres-epaisses tenebres ; tant cet air videtur; adeô mihi caliginoest pour moy plein debroüillards, sus est hic aer, cui procul cet air, dy-je, où présidé le prince dubio princeps tenebrarum de ces tenebres dont vous parlez. harum de quibus loqueris præest.

    Apres vostre despart, il n'a point Post tuum enim discessum cessé de pousser tousjours les es­ non cessavit animos horum prits de ces gens-cy à quelque hominum in deterius quodchose de pis. Le gouverneur, avec que obvolvere. Gubernator les autres catholiques, par des cum cæteris his catholicis persuasions secrettes, ont fait ve­ rusticos necnon cives secrenir les paysans, et mesme quel­ tis suasionibus ad conciones ques bourgeois à nos prédications ; nostras convocavit, rem christianam rectè ac irapen-ce qui a fort advancé l’affaire de la sissimè promovit. Sed quam- religion. Mais le diable s’en est primùm vidit dsemon ; enim- apperceu aussitost; car ayant asverò tunc, advocata suorum semblé un conseil, il a fait en concilio, per summam per- sorte que les principaux de Thofìdiam, fidem vicissiim Tu- non, par une tres-grande perfidie, nonences, quotquot sant ex se sont donné leur parolle, les primariis, sibi faciunt nullis uns aux autres, de n'assister jase unquàm adfuturos catho- mais à aucunes prédications calicis praedicationibus : nimi- tholiques; comme si ce n’estoit rùm satis non esset privata pas assez de l’obstination particujusque pertinacia, nisi, ne- culière de chacun d’eux, sans se farià ac communi cohorta- mocquer ainsi de leur prince et de tione in suam perniciem, nos travaux par une commune et principis, desiderio ac nostris tres-meschante convention contre conatibus illudant, ac omni-leur bien propre, et sans s’y opnò cervices opponant temu­ poser opiniastrement comme ils lentas. font.

    Id actum est nudiustertius Cela fut arresté l’autre jour in urbis ipsius eedibus pu- dans la mayson de ville, sous blicis, cùm jam anteà abiis- pretexte d’invalider, selon leur sentin concilium impiorum, coustume, certain maryage, et en hoc est, per speciem matri­ conséquence d’une assemblée conmonii cujusdam, uti solet, voquée antecedemment dans le dirimendi, convenissent in conseil des impies, qu’ils appelsuo quod appellant consisto­ lent leur consistoire, où plusieurs rio, in quo idem jam pleri- avoient desjà résolu la mesme que inter se decreverant. chose entre eux.

    Quid faceres, mi frater? Que feriez-vous à cela, mon Induratimi est cor eorum. frere? Leur cœur est endurci Dixerunt Deo : Non servie- (Exod. 1). Ils ont dit à Dieu : mus, recede à nobis, viam Nous ne vous servirons pas (Jer. mandatorwñ tuorum nolu- 2). Retirez-vous de nous, nous ne mus. Nolunt audire nos, voulons pas suivre la voye de vos quia nolunt audire Deum. commandemens (Job. 11). Ils ne Mihi autem videre videor veulent pas nous entendre, parce quò hujusmodi perditissimi qu'ils ne veulent pas entendre ta homines tendant. Nimirùm voix de Dieu (Ezech. 3). Certes, vellent nos, tandem rerum il me semble voir où tendent les ageudarum spe amissà, desseins de ces hommes perdus : ad discessum quodammodo ils voudraient nous osier l’espccompellere. Atqui nos con- rance de rien faire icy, et par ce moyen nous en chasser. Mais les irà : quamdiù per inducías choses ne se traittent pas ainsi et priDcipis utriusque, turn chez nous ; car, tant que les treves ecclesiastici, tùm secularis, nous le permettront, et que la vo­ licuerit voluntatem, operi lonté du prince tant ecclesiastique instandum, nullum non moque secuiier ne nous sera pas con­ vendum lapidem, obsecrantraire, nous avons absolument et dum, increpandum, in omni tout à fait résolu de travailler à quá nos Deus donaverit paceste œuvre, d’employer tous les tientià et doctrinà, oraninò moyens imaginables pour la con­ ac fìrmissimè statutum est. duire à sa perfection, de prier, de Atque non modo conciones, conjurer, d'exhorter, d’inculquer imò verò sacrificia, si quis, ces veritez, de reprendre, de crier, me judice, certare in hàc de prescher, avec toute la pa­ palaestrà velit, quamprimùm tience et toute la doctrine que fieri poterit, instituenda Dieu donnera. Mais, sans s’arres- sunt; uti non tam ánimos ter aux prédications, je soustiens demere nobis quàm addere à quiconque voudra disputer avec suis artibus senliat inimicus moy sur ceste affaire, qu'il faut homo. Verùm eàin re magnam celebrer le sacrifice de la messe requiri video prudentiam. le plus tost que faire se pourra, affin que l’ennemy voye qu’il nous inspire d’autant plus de courage qu'il fait plus d’eiforts pour nous l'osier. Mais en cecy je vois bien qu’il faut user d’une grande prudence.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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