Lettres et instructions aux religieux de sa congrégation du Saint Rédempteur · Alphonse de Liguori

    Lettre VIII

    Loué soit le très-saint sacrement et Marie immaculée. Ciorani, 15 mars 1 744.

    J’ai été instruit do vos bonnes résolutions, ou du moins de vos bonnes pensées, touchant votre vocation : et là dessus j ’ai trouvé tant soit peu étrange que vous ayez voulu en faire part à d’autres, et non à moi qui devais en être le dépositaire le plus naturel, étant le supérieur, etc. J’ai été aussi tant soit peu attristé de ce qu ’on vous a répondu qu’il fallait différer long-temps l’exécution de vos projets ; je crains que ce délai ne puisse compromettre beaucoup votre vocation elle-même, car le démon dans ces sortes d’affaires, quand il ne peut parvenir à nous faire changer de résolution, vise du moins à faire traîner les choses en longueur : et certes par là il est venu à bout plus d’une fois de ruiner les plus belles vocations. D’après ce que j ’apprends, votre vocation, vu les circonstances, me paraît évidemment venir de Dieu ; ainsi de votre fidélité à la suivre dépend votre salut éternel. Ainsi je vous prierai de faire en sorte de venir le plus tôt possible vous aboucher avec moi ; j ’espère vous faire abréger beaucoup le chemin, si vous persévérez dans votre bonne volonté. Si vous êtes bien décidé, vous ne manquerez pas de facilités pour venir me trouver, au moins sous quelque prétexte, soit de visiter quelque endroit du voisinage, soit de venir ici passer une journée dans l’intention de déposer quelque scrupule, ou de faire une retraite d ’un jour, ou autre chose semblable. Vous avez un grand cœur, un jugement sain, vous ne sauriez manquer de moyens pour venir ici. Dans ces choses là, quand il s’agit d’obéir à la voix de Dieu, vous [comprenez de vous-même qu’il faut s’armer de courage et se faire violence : il n ’importe pas que l’on déplaise à tous ses parens, pourvu qu ’on plaise à Dieu et qu’on assure le salut de son ame.

    Je crains que ma lettre ne vous soit inutile; parce que voyant qu’on vous conseillait de différer si long-temps, ou vous aurez changé de pensée, ou vous vous serez refroidi. N’importe : ma lettre servira du moins à vous rappeler une voix qui vous annonça que Jésus-Christ vous voulait tout entier pour lui; elle vous fera comprendre le désir que j ’ai eu de seconder votre résolution. Du moins si vous ne pouvez venir tout de suite, répondez-moi par la même voie que vous aurez reçu ma lettre, afin que je puisse savoir si votre résolution se soutient, et la seconder en ce qui dépend de m oi. Je vous prie en attendant, de vous recommander de nouveau à Jésus-Christ touchant cette affaire dans vos communions, et dans l’oraison de chaque jour, dont j ’espère bien que vous n ’aurez pas abandonné la pratique ; que si vous l’avez abandonnée, il faut la reprendre avec ferveur, spécialement pour l’accomplissement de cette résolution. Commencez aussi une neuvaine à Marie immaculé«} afin qu’elle vous inspire ce qui est le plus avantageux pour votre salut éternel, cl ce qui pourra mieux vous consoler au moment de la mort..Te ne puis croire que vous n ’ayez pour agréable une lettre dans laquelle je témoigne tant d’estime pour votre personne, eum si grand désir devons voir tout à Dieu.

    Je vous recommande autant qu’il est en moi de garder le secret le plus absolu, soit sur ma lettre, soit sur votre vocation, car pour ce qui est de ces choses, dès qu’on les divulgue, le démon trouve moyen de les empêcher, ou de les refroidir, en venant parler lui-même par la bouche d ’autrui. Oh ! combien en est-il qui ont ainsi perdu la vocation ! et fasse le ciel que vous ne vous soyez pas refroidi de la sorte. Or il doit suffire de ce que je vous écris; j’attends que vous répondiez le plus promptement possible. Si vous êtes à Naples ou à Yiétri, faites-moi connaître quelle est la voie la plus sûre pour vous écrire et vous répondre, cl en quel endroit de Naples je pourrai vous faire tenir la réponse, si jamais vous m’écrivez. Mais je serais bien mieux consolé, si vous veniez en personne. Voilà tout ce que j’avais à vous dire. Je suis etc. Vive Jésus, Marie, Joseph et Thérèse.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

    Lire la suite de Lettres et instructions aux religieux de sa congrégation du Saint Rédempteur

    201 chapitres dans l'app Lectio, avec plus de 500 œuvres des Pères de l'Église et des saints. 3 chapitres par mois sans compte, 15 avec un compte gratuit.