Lettres et instructions aux religieux de sa congrégation du Saint Rédempteur · Alphonse de Liguori

    Lettre IX

    Que soit le très-saint sacrement, et Marie immaculée. Ciorani, 7 avril 1744.

    Je reçois précisément ce matin de vos chères nouvelles, et je suis consolé d ’apprendre que vous ayez conservé jusqu’ici la bonne pensée qui vous fut inspirée dans les exercices. Si vous m’eussiez parlé, vous seriez peut-être à l'heure qu’il est hors de l’Égypte. Il n ’est pas nécessaire que je m ’étende là-dessus davantage ; parce qu’il faut absolument que, pour prendre le chemin le plus court, nous conférions de vive voix. Samedi prochain, compte net, le passage des Espagnols sera terminé. Ainsi je vous attends pour la semaine prochaine sans plus tarder ; vous n ’aurez qu ’à venir par Falemo sous un prétexte quelconque. Je vois que votre résolution se soutient toujours; il me paraît donc indubitable que la vocation vient de Dieu. Ainsi désormais la désobéissance à la voix des cieux devrait vous faire craindre quelque grand châtiment ; car soyez sùr que Dieu châtie terriblement ceux qui méprisent ces grâces particulières, ces grâces éminentes, ces grâces que tous n ’obtiennent pas. Il faut donc au reçu de ma lettre vous donner de nouveau à Dieu, vous mettre généreusement tout entier entre ses mains, el être disposé à faire tout ce qui vous sera conseillé par moi : il faut vous affermir dans la résolution de mettre votre volonté toute entière entre mes mains, tant pour la substance même de vos projets, que pour le mode et le temps de l'exécution. On a besoin d ’apporter à de pareilles résolutions une volonté aussi déterminée ; car autrement vous offrirez au démon la facilité, ou de vous inquiéter toujours à l ’avenir, ou do vous faire ajourner votre résolution tant qu’enfin vous y renoncerez, comme il est arrivé à tant d ’autres. Ainsi dès que vous en aurez le loisir, ne perdez pas un seul instant, et venez. Vous ne seriez pas le premier qui auriez été reçu ici comme séculier, cl sans être revêtu d ’aucun ordre ; dès-lors que se trouvent réunies les conditions qu’on peut désirer, el la volonté déterminée d cire tout à Dieu. Sachez qu’on a reçu ici, il y a peu de jours, plusieurs sujets partis de chez eux sans rien dire à leurs parens : et certes nous ne sommes pas tout-à-fait obligés dans ces sortes de vocations de leur faire connaître nos desseins : au contraire en les leur découvrant on court risque do perdre la vocation, et avec la vocation la protection de Dieu et le salut éternel. Il faut donc mettre sous vos pieds toute espèce de tendresse pour vos parens et vous armer de courage. Dieu vous appelle non à quelque poste éminent sur la terre, mais au poste glorieux de la sainteté. Sachez répondre à cet appel ; cl vous verrez bientôt comment Dieu, qui est si reconnaissant et si fidèle, mettra le comble aux grâces que déjà il vous prépare. Courage donc, et songez que pour un Dieu si aimable, et qui a tant fait pour notre âme, tout ce que l’on peut faire, môme le sacrifice de la vie, est bien peu de chose. Que ce premier pas se fasse donc avec beaucoup de force d ’ame; pareequeà ce premier pas sont attachées et votre prédestination et toute l’abondance des faveurs que par suite Dieu vous prépare dans le temps et dans l'éternité.

    Or voici ce que je vous prierai de faire ces jours-ci avant de venir : ne cessez do traiter celte affaire ou avec le très-saint sacrement, ou avec le crucifix dans votre chambre. Tâchez d ’éviter les conversations autant que possible, et autant que possible cherchez un entretien dans les lectures spirituelles et l’oraison; le plus souvent possible enfin faites la communion, parce que vous avez besoin de force pour renverser tous les obstacles que l’enfer placera devant vous ; et cette force Dieu seul petit vous la donner. Quand vous vous verrez un peu refroidi dans votre résolution, recourez aussi loi à Marie immaculée, en disant : Marie immaculée, ne m ’abandonnez pas, donnez-moi la force d ’être fidèle à Dieu. Et puis tournez-vous vers Dieu en disant: Seigneur, je ne suis plus à moi, je me suis donné à vous; donnez-moi la force dont j ’ai besoin. Faites ainsi et vous vaincrez toujours infailliblement. J’espère que cette lettre vous fera comprendre et agréer le désir que j ’ai de vous voir saint et tout à Dieu. En reconnaissance donc vous prierez Jésus-Christ qu’il me rende tel que je désire vous voir vous-même. Voilà tout ce que j ’avais à vous dire. Je suis, etc. Mes compagnons et moi nous vous attendons avec la plus vive impatience : etc. Vive Jésus, Marie, Joseph et Thérèse.

    Recommandez-vous à S. Stanislas Koslka, afin qu’il vous obtienne la force de répondre à votre vocation comme ce saint jeune homme. Vive Jésus et Marie.

    J ’ai envoyé un exprès à Viélri, afin que vous reçussiez ma lettre sans retard. Si vous n ’avez pas le temps de répondre, il n ’importe : pourvu que vous receviez ma lettre et que vous veniez avec d ’aussi bonnes intentions que vous en montrez en m ’écrivant. Vive Jésus et Marie.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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