La Voie du salut · Alphonse de Liguori

    Chapitre VI : La grande pensée de l'éternité

    I. S. Augustin appelait la pensée de l'éternité la grande pensée. C'est cette pensée qui a envoyé tant de solitaires peupler les déserts, qui a captivé dans le cloître tant de religieux, jusqu'à des rois et des reines; qui a encouragé tant de martyrs à finir leur vie dans les tourments. Ils voulaient acquérir l'éternité bienheureuse du paradis, éviter l'éternité malheureuse de l'enfer. Le vénérable Jean d'Avila convertit une dame avec ces deux seules paroles : Madame, dit-il, pensez toujours à ces deux mois : TOUJOURS, JAMAIS. Un religieux s'enferma dans un tombeau pour penser continuellement à l'éternité, et là, sans cesse il faisait entendre cette acclamation : Eternité! ctcmitél Oh! si je ne vous avais jamais offensé. O mon Dieu ! que de fois je l'ai méritée cette éternité de l'enfer! Donnez-moi la douleur de mes péchés; ayez pitié de moi.

    II. Le même père Avila disait que quiconque croit à l'éternité et ne devient pas un saint mérite d'être enfermé avec les insensés. Quand un homme se bâtit un maison, il s'étudie à la rendre saine, belle et commode, et il dit : Je me donne cette peine parce que je dois demeurer dans cette maison toute ma vie ; mais quand il s'agit de la maison de l'éternité, tout au plus si l'on y pense. Quand nous serons arrivés à l'éternité, il ne s'agira plus de demeurer dans une maison plus ou moins commode, plus ou moins agréable; il s'agira d'habiter ou un palais de délices ou un abîme de tourments. Et pour combien de temps? Non pour quarante ans, non pour cinquante ans, mais pour toujours, tant que Dieu sera Dieu. Les saints ont cru faire peu en passant leur vie entière dans la pénitence, la prière et les bonnes œuvres; et nous, que faisons-nous? O mon Dieu ! déjà tant d'années passées, la mort approche, et avec tout cela, qu'ai-je fait pour vous ? Donnez-moi la lumière; donnez-moi la force de vous consacrer au moins les jours qui me restent. Je veux maintenant vous aimer autant que je vous ai offensé.

    III. Opcrezvotrcsalut avec crainte et tremblement. (Phil. II. 12. ) Pour se sauver, il faut trembler de se perdre et redouter non pas tant l'enfer que le péché, qui seul peut conduire à l'enfer. Quiconque redoute le péché fuit les occasions dangereuses, se recommande fréquemment à Dieu, prend les moyens de se conserver en grâce. Celui qui agit ainsi se sauve ; autrement le salut est moralement impossible. Ecoutons ce que dit S. Bernard : Quand il s'agit d'assurer une éternité on ne saurait chercher trop de sécurité. O mon Rédempteur! ma sécurité, c'est votre sang. Mes péchés m'avaient perdu, vous m'avez offert le pardon si je me repentais. Je me repens donc de tout mon cœur d'avoir offensé votre infinie bonté: je vous aime, ô mon souverain bien! plus que tous les biens. Je vois que vous voulez me sauver : je le veux aussi pour vous aimer éternellement. Marie, mère de Dieu, priez Jésus pour moi.

    Source du texte : Bibliothèque Saint Libère

    Texte non relu : il vient de la numérisation d'une édition ancienne, des fautes de lecture peuvent subsister.

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