La Voie du salut · Alphonse de Liguori
Chapitre V : À la mort on perd tout
I, Le jour de la mort est appelé dans l'Ecriture le jour de la Perdition ( Deut. xxix. 2 1. ), parce qu'en CE jour l'homme perd tout ce qu'il a acquis durant sa vie : honneurs, amis, richesses, royaumes et seigneuries. Que sert donc d'acquérir toute la terre, si à la mort il faut tout laisser? Tout reste là, sur le lit du moribond. Y a-t-il un seul roi, disait S. Ignace à S. François-Xavier, lors de la conversion de ce dernier, y a-t-il un seul roi. qui ait jamais emporté dans l'autre monde un fil de pourpre en signe de sa puissance ? Y a-t-il un riche qui ait pu en mourant conserver une seule pièce de monnaie, ou un seul esclave pour le servir. À la mort, on laisse tout. L'aine entre seule dans l'éternité, avec la seule compagnie de ses œuvres. Malheur à moi ! Où sont-elles ces œuvres qui doivent m'accompagner dans l'éternité bienheureuse? J'en vois bien quelques unes; mais ce sont précisément celles qui m'ont fait mériter l'enfer.
II. Les hommes viennent au monde dans des conditions inégales; Ton naît riche, l'autre pauvre; celui-ci noble, celui-là plébéien. Quand il s'agit d'en sortir, la mort les égalise tous. Entrez dans un cimetière, et voyez si parmi tant de cadavres vous pouvez distinguer qui fut maître, qui fut esclave, qui fut roi, qui fut sujet. La mort, comme dit Horace, égale le sceptre au hoyau. Que les autres ô mon Dieu! courent s'ils le veulent après les trésors de ce monde; ma fortune à moi, ce sera votre grâce. Vous êtes mon unique bien pour cette vie et pour l'autre.
III. Tout ce qui est sur cette terre doit finir. Les grandeurs finiront, les misères finiront; honneurs, ignominies, plaisirs, souffrances, tout aura un terme. Heureux à la mort, non celui qui fut comblé de richesses, de distinctions et de voluptés, mais celui qui supporta avec patience la pauvreté, les mépris et les peines. C'est alors que la consolation ne vient plus de la possession des biens de la terre, mais bien de ce que l'on a fait et souffert pour Dieu. Détachez-moi de ce monde, ô mon Jésus! avant que la mort ne m'en détache ! Aidez-moi de votre grâce; vous savez combien je suis faible. Ne permettez pas que je vous sois désormais infidèle, comme je le fus par le passé. Je me repens, Seigneur, de vous avoir méprisé tant de fois. Dans ce moment, je vous aime plus que tous les biens, et je veux perdre mille fois la vie plutôt que votre grâce. Cependant l'ennemi de mon salut conspire ton jours contre moi; par pitié, ne m'abandonnez pas; ne souffrez plus que je me sépare de votre amour. ô mon espérance! ô Marie ! obtenez-moi la sainte persévérance.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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