Du cantique nouveau et du retour à la céleste patrie · Augustin d'Hippone
Chapitre III : DE LA VOIE TERRESTRE VERS LA PATRIE
Peut-être, comme il est assez ordinaire, tel homme a horreur du vaisseau et des flots de la mer ; il préfère donc se rendre par voie de terre à la patrie, quoique cette voie soit plus longue. Eh bien ! Je lui indiquerai la voie, ou plutôt elle s’impose d’elle-même. Le Sauveur ne s’écrie-t-il pas dans l’Évangile : « Je suis la Voie »23 ? Voilà la voie, marchez donc, mais cependant ne négligez pas de dompter votre coursier, c’est-à-dire votre chair, car c’est elle qui porte votre âme. Si le coursier qui vous porte menaçait de vous précipiter contre terre, est-ce que vous ne le dompteriez pas par la faim, pour suppléer à ce que vous ne pourriez faire par les rênes ? Notre chair, tel est notre coursier ; nous voyageons vers Jérusalem et bien souvent cette chair tente de nous entraîner et de nous faire sortir de voie. Un tel coursier ne peut être modéré que par le jeûne. Encore ici voyez Paul, cet illustre voyageur, voyez-le domptant son coursier. « Bien souvent exposé à la faim, à la soif et au jeûne »24, je châtie mon corps et le réduis en servitude »25. Vous aussi qui désirez marcher, domptez votre chair et marchez. Vous marchez chez si vous aimez. Car ce n’est point en formant des pas, mais des affections que nous courons vers Dieu.
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