Des unions adultères · Augustin d'Hippone

    Livre I

    Chapitre VII : EN CAS DE SÉPARATION LÉGITIME, NOUVEAU MARIAGE EST DÉFENDU

    Or, l’Apôtre, ou plutôt le Seigneur lui-même, par l’organe de l’Apôtre, défend absolument à une femme de se séparer de son mari, quand il n’est pas adultère. Reste à montrer que dans le cas où la séparation est permise, un second mariage est absolument défendu. Cette démonstration est facile, car il est dit de celle qui se sépare qu’elle ne doit point se remarier ; on ne lui permet de se séparer qu’à la condition qu’elle ne se remarie pas. Si donc elle est bien résolue à ne pas se remarier, rien ne l’empêche de se séparer. C’est ainsi que l’on dit de celle qui ne peut pas rester dans la continence, qu’elle peut se marier7 ; il lui est permis de ne pas garder la continence, mais à la condition qu’elle se marie. Si donc il lui plaît de se marier, il n’y a pas de raison pour la forcer à rester dans la continence. De même que l’on prescrit le mariage à celle qui est incontinente, afin que son incontinence ne lui soit point une cause de damnation ; de même, la femme qui se sépare de son mari, est obligée de rester dans la continence, afin que sa séparation ne lui devienne pas une occasion de crime. Or, c’est un crime de se séparer d’un mari qui n’est pas adultère, lors même qu’on resterait dans la continence. C’est donc uniquement pour celle qui se sépare d’un mari adultère qu’est formulé le précepte de rester dans la continence. Donner au texte de l’Apôtre une interprétation différente, ce serait dire aux femmes : Gardez-vous de vous séparer de vos époux fidèles ; pourtant, si vous voulez vous en séparer, prenez soin de rester dans la continence. Sur une telle proposition, toutes celles à qui la continence sourirait, sans attendre aucun consentement de leurs époux, se croiraient autorisées à s’en séparer. Évidemment, ce serait là un crime ; d’où je conclus que le précepte imposé à celle qui se sépare, de rester dans la continence, s’applique uniquement et directement à celle à qui seule la séparation est permise, en raison de l’infidélité de son époux. Professer une autre doctrine, ce serait jeter le trouble dans les mariages chrétiens, sous prétexte de se livrer à la continence ; ce serait précipiter dans l’adultère une foule d’hommes incontinents, abandonnés, contre le précepte miséricordieux du Seigneur, par leurs épouses continentes, ou de femmes incontinentes, délaissées par leurs maris capables de continence.

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