Des mœurs de l'Église catholique · Augustin d'Hippone

    Livre I

    Chapitre IV : QU’EST-CE QUE L’HOMME ?

    Cherchons donc quel bien peut être supérieur à l’homme. Mais comment le trouver si auparavant nous n’avons étudié et compris l’homme lui-même ? Toutefois ce ne peut être une simple définition que l’on me demande, car tout le monde, ou du moins mes adversaires et moi nous sommes parfaitement d’accord sur ce point, à savoir que nous sommes composés d’une âme et d’un corps. La question à résoudre est donc plutôt celle-ci : de ces deux substances que j’ai nommées, laquelle est l’homme ? Est-ce le corps seulement ou seulement l’âme ? En effet ce sont là deux choses distinctes, et aucune des deux prises séparément ne peut être appelée l’homme, car le corps ne serait pas l’homme s’il n’y avait pas d’âme, et l’âme ne serait pas l’homme si le corps n’était animé par elle. Cependant il peut se faire que l’une des deux paraisse être l’homme et en porte le nom. Qu’appellerons-nous donc l’homme ? Est-ce l’âme et le corps unis entre eux comme le char l’est aux coursiers, ou à la manière du centaure ? N’est-ce que le corps au service de l’âme qui le gouverne, et que nous appelons l’homme, comme nous désignons par le nom de lanterne, non pas tout ensemble la lumière et le vase qui la porte, mais le vase seulement, quoique ce nom lui vienne à raison même de la lumière 'qu’il renferme ? Ou bien appellerons-nous du nom d’homme l’âme seulement, mais à raison du corps qu’elle anime, comme nous appelons cavalier non pas l’homme et le cheval, mais l’homme seulement, en tant qu’il est assis sur le cheval qu’il dirige ? Une telle controverse est difficile à vider ; si la raison y parvient aisément, ce ne peut être sans une longue dissertation, et nous n’avons nul besoin d’entreprendre ce travail ni de retarder ainsi notre discussion. Dites que l’homme c’est l’âme et le corps tout ensemble, ou que c’est l’âme seule, peu importe ; il n’en sera pas moins vrai que le souverain bien de l’homme n’est pas le souverain bien du corps, mais le souverain bien du corps et de l’âme tout ensemble, ou de l’âme seule.

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