De la patience · Augustin d'Hippone
Chapitre IX : LA PATIENCE DE L’ÂME
C’est en vertu de cette patience que, fûssions-nous pleins de santé, nous nous résignons à voir différer notre béatitude et à vivre au milieu des scandales de ce siècle. Et tel est le sens du texte cité tout à l’heure : « Si nous espérons ce que nous ne voyons pas encore, nous l’attendons en patience ». C’est cette patience qui fit supporter au saint roi David les opprobres et les insultes, lui interdit la vengeance alors qu’elle lui était facile ; le porta à contenir lui-même la colère d’un des siens qui partageait sa peine, et à user du pouvoir royal pour empêcher la vengeance plutôt que de l’exercer. Or à ce moment, son corps n’était tourmenté d’aucune maladie ni atteint d’aucune blessure ; mais c’était le temps d’être humilié, et il le reconnut ; et il porta le poids de la volonté de Dieu d’un cœur soumis et d’une âme patiente ; et il but le calice amer de l’ignominie. Cette patience, le Seigneur l’enseigna, lorsqu’il vit les serviteurs irrités du mélange de l’ivraie au bon grain, disposés à l’arracher, et qu’il leur fit connaître la réponse du père de famille : « Laissez croître l’un et l’autre jusqu’à la moisson ». Car il faut souffrir en patience ce qu’on ne doit pas se hâter d’empêcher. Enfin il donna lui-même un exemple et une démonstration de cette patience, lorsqu’avant de souffrir sa passion dans son corps, il supporta Judas voleur avant de le convaincre de trahison. Avant de passer par les liens, la croix et la mort, il ne refusa pas le baiser de paix aux lèvres du fourbe. Tous ces traits, et les autres semblables, qu’il serait trop long d’énumérer, appartiennent à cette espèce de patience, par laquelle l’âme supporte courageusement non le poids de ses péchés, mais les maux extérieurs de toute sorte, au-dedans d’elle-même, sans que le corps soit atteint.
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