De la patience · Augustin d'Hippone
Chapitre VIII : UTILITÉ DE LA PATIENCE POUR L’AME ET POUR LE CORPS
Ainsi, lorsque des maux nous tourmentent sans que ces tourments parviennent à nous faire commettre des œuvres mauvaises, ce n’est pas seulement notre âme que nous possédons par la patience. Mais lorsque notre corps même est affligé pour un temps, et même lorsque nous le perdons dans l’exercice de la patience, nous le regagnons pour l’éternité, nous lui procurons la stabilité et le salut éternel, et par la douleur et la mort, nous lui acquérons la santé indéfectible et l’heureuse immortalité. Aussi le Seigneur Jésus, exhortant ses martyrs à la patience, leur promet l’intégrité future du corps même, et les rassure contre la perte, je ne dis pas d’un membre, mais même d’un cheveu. « Je vous le dis en vérité, un cheveu de votre tête ne périra pas ». Et parce que personne, selon l’expression de l’Apôtre, n’a jamais haï sa propre chair, il arrive ainsi que l’homme fidèle pourvoit plus sûrement aux intérêts de sa chair par la patience que par l’impatience, et trouve dans le gain inappréciable de l’incorruptibilité future une compensation aux dommages du présent, quels qu’ils soient.
La patience est une vertu de l’âme ; néanmoins l’âme l’exerce tantôt en elle-même tantôt en son corps. Elle l’exerce en elle-même, quand l’épreuve ne blesse ni n’offense le corps ; quand ce sont des actes hostiles ou des paroles déshonorantes qui la froissent et l’excitent elle-même à des actions ou à des paroles inopportunes ou contraires au bien, et qu’alors elle supporte toutes sortes de maux sans commettre elle-même aucun mal, soit en paroles, soit en œuvres.
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