De la patience · Augustin d'Hippone
Chapitre VII : LES MÉCHANTS SAVENT TOUT SOUFFRIR POUR LA VIE TEMPORELLE. L’AME NE PROFITE PAS SEULE DE LA MORT ET DES DOULEURS PATIEMMENT SUPPORTÉES ; LE CORPS EN A SA PART
Toutefois cette étonnante persévérance des hommes à souffrir tant de maux horribles pour leurs passions, et même pour des crimes, nous avertit assez de tout ce que nous devons supporter nous-mêmes pour mener une vie vertueuse, afin qu’elle puisse devenir une vie éternelle, assurée du vrai bonheur contre les limites du temps et contre tout amoindrissement des éléments de sa félicité. Le Seigneur l’a dit : « C’est par votre patience que vous posséderez vos âmes ». Il n’a pas dit : vos fermes, vos honneurs, vos plaisirs coupables ; mais, vos âmes. Si donc l’âme sait tant souffrir pour posséder ce qui la fait périr, combien ne doit-elle pas endurer pour éviter de périr ? Et pour citer en exemple un fait qui ne renferme rien de criminel, si l’âme sait tant souffrir pour sauver sa chair entre les mains des médecins armés du fer et du feu, combien ne doit-elle pas souffrir pour son propre salut, au milieu des attaques furieuses de tous ses ennemis ? Car les médecins sauvent le corps de la mort en le faisant souffrir, et les ennemis du salut menacent le corps de la souffrance de la mort, pour précipiter dans la mort éternelle et l’âme et le corps.
Il y a mieux : on veille plus efficacement aux intérêts du corps lui-même, lorsqu’on méprise, pour la justice, sa santé temporelle, lorsque pour la justice, on le livre aux tourments et même à la mort. Car c’est de la rédemption finale du corps même que l’Apôtre parle, quand il dit : « Nous poussons des gémissements intérieurs, en attendant l’adoption qui fera de nous des enfants de Dieu, et qui sera la rédemption de notre corps ». Et il ajoute : « C’est par l’espérance que nous sommes sauvés. Mais l’espérance des choses que l’on voit n’est pas une espérance. Car dès que l’on voit une chose, l’espère-t-on encore ? Si donc nous espérons les choses que nous ne voyons pas, c’est par la patience que nous les attendons ».
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