De la patience · Augustin d'Hippone
Chapitre X : LA PATIENCE DANS LES MAUX EXTÉRIEURS. — LES MARTYRS ONT EU L’UNE ET L’AUTRE PATIENCE
Il est une autre espèce de patience. Elle a lieu lorsque l’âme supporte toutes sortes de tourments et de peines dans son corps, non pas toutefois comme font les insensés ou les méchants, c’est-à-dire pour se procurer des choses vaines ou commettre des crimes, mais comme Dieu lui-même l’a déterminé, c’est-à-dire pour la justice. Les martyrs ont soutenu l’un et l’autre combat. Car ils ont été rassasiés d’opprobres de la part des impies, et c’est ainsi que l’âme, saine dans un corps sain, endure en quelque sorte des maux qui lui sont propres ; puis ils ont été tourmentés dans leurs corps, enchaînés, emprisonnés, en proie aux horreurs de la faim et de la soif, torturés, sciés, hachés, brûlés, égorgés. Et tandis qu’ils souffraient ainsi dans leur chair tout ce que peut inventer la cruauté la plus raffinée, ils tenaient leur âme soumise à Dieu dans un amour inébranlable.
Mais il est pour la patience un combat plus grand encore. C’est quand on cesse d’avoir affaire à un ennemi visible qui, par ses persécutions ouvertes et ses violences, vous pousse au mal et vous fournit l’occasion de lui résister au grand jour et de remporter sur lui la victoire : c’est quand le diable lui-même, toute en persécutant les fils de la lumière par les fils de l’infidélité qui sont comme ses organes, vous attaque secrètement lui-même, et vous presse par ses violences à faire quelque action ou dire quelques paroles contre Dieu.
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