De la manière de se confesser et de la pureté de conscience · Saint Thomas d'Aquin
Le lieu, le temps et les témoins
La confession doit également être complète, parce qu’elle doit renfermer les circonstances aggravantes qui sont le lieu où on a péché, par la raison qu’il y a plus de mal à pécher dans une église ou dans un lieu sacré que dans une maison ; il y a plus de mal aussi à se livrer à des pensées deshonnêtes, en disant la messe, l’office ou les heures qu’en écrivant; il y a plus de mal à regarder et à toucher avec une disposition déshonnéte les parties du corps qui sont voilées que la main ou le pied, parce que la délectation libidineuse est plus grande. Il faut donc faire ainsi la différence des lieux.
Le temps.
Le temps où l’on a péché, parce qu’il y a plus de mal à perdre la messe ou à se livrer à la fainéantise un jour de dimanche ou de fête solennelle qu’un jour ordinaire; le péché dans un jour de grande solennité est plus grave qu’en un autre temps, il y a plus de mal à négliger l’oraison, à tenir de mauvais propos, à se livrer à la gourmandise quand on doit communier ou que l’on a communié, que dans un autre temps.
Les témoins.
Il y a plus de mal à dire ou à faire quelque chose devant celui qui peut en prendre occasion de pécher, que de le dire ou faire en secret; il y a plus de mal à dissimuler la haine que l’on a dans le cœur qu’à se montrer indisposé tel que l’on est, sans donner pourtant par là à perquia dedisti intelligere confessorï tuo, est caveri aMissa, vel otiari in die D oraisonne l’occasion de se livrer à la haine ou de suivre un mauvais exemple, comme le dit saint Grégoire. En conséquence, il ne suffit pas de dire : Je me suis irrité d’une parole que l’on m’a dite, mais il faut dire et ajouter : et j’ai feint de ne pas ressentir l’injure dans mes paroles et mes gestes, pour paraître humble quand j’étois orgueilleux, et j’ai ajouté ainsi le mensonge à la colère que j’ai dissimulée. De même, il y a plus de mal à toucher Berthe en l’embrassant que si on la touchoit au même endroit avec le pied, parce que cette manière de toucher est plus impudique. C’est pourquoi il ne suffit pas de dire : J’ai touché Berthe d’une manière déshonnête, il faut encore dire la partie du corps, si c’est la main ou le sein, sur les habits ou à nu, avec la bouche, la main, ou le pied, etc...
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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