De la Genèse contre les Manichéens · Augustin d'Hippone

    Livre I

    Chapitre IV : LES TÉNÈBRES NE SONT RIEN.

    engendrées ? Et si personne ne les avait faites ni engendrées, elles étaient donc éternelles ? Ils parlent comme si les ténèbres étaient quelque chose ; mais nous l’avons dit : c’est l’absence de la lumière qui a été appelée ainsi. Parce que, déçus eux-mêmes par leurs fables, ils ont cru à l’existence d’un peuple de ténèbres, où ils s’imaginent qu’étaient les corps avec leurs formes et leurs âmes, ils pensent que les ténèbres sont quelque chose ; et ils ne comprennent pas que l’on ne perçoit les ténèbres que, quand on ne voit point, comme on ne perçoit le silence que quand aucun bruit ne frappe les oreilles. Or, de même que le silence n’est rien, les ténèbres non plus ne sont rien. Et de la même manière que ces hérétiques prétendent que la race des ténèbres a lutté contre la lumière de Dieu, on peut dire, avec aussi peu de raison, que la nation des silences a lutté contre la parole de Dieu. Mais nous n’avons pas entrepris de réfuter ici et de convaincre d’erreur ces rêveries. Notre but est seulement de défendre, autant que Dieu daignera nous en donner la force, ce que les Manichéens attaquent dans l’ancien Testament, et d’y montrer que les ténèbres de l’homme ne peuvent rien contre la vérité de Dieu.

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