De la Genèse contre les Manichéens · Augustin d'Hippone

    Livre I

    Chapitre V : L’ESPRIT DE DIEU PORTÉ SUR LES EAUX.

    Ces paroles écrites au verset deuxième : « Et l’Esprit de Dieu était porté sur les eaux, » sont ainsi critiquées par les Manichéens. L’eau, disent-ils, était donc l’habitation de l’Esprit de Dieu, et contenait elle-même l’Esprit de Dieu ? Leur esprit perverti s’efforce de tout pervertir et ils sont aveuglés par leur malice. Quand nous disons que le soleil s’élève sur la terre, voulons-nous faire entendre que le siège du soleil est la terre, et que la terre contient le soleil ? Cependant l’Esprit de Dieu n’était point porté sur les eaux comme le soleil est porté sur la terre, mais d’une autre manière que peu d’hommes comprennent. Ce n’était point dans l’espace que l’Esprit de Dieu était porté sur les eaux comme le soleil est porté sur la terre, mais par la puissance de son invisible nature. Dites-nous, hérétiques, comment la volonté de l’ouvrier est portée sur ce qu’il doit faire ? S’ils ne comprennent pas ces choses qui sont de l’homme et qui arrivent tous les jours, qu’ils craignent Dieu et cherchent avec simplicité de cœur ce qu’ils n’entendent pas ; autrement en cherchant à abattre par leurs paroles sacrilèges la vérité qu’ils ne peuvent voir, ils sentiraient la cognée se retourner sur eux-mêmes. Car la vérité ne peut être renversée, puisqu’elle est immuable, et tous les coups qu’on veut lui porter sont repoussés et retombent avec plus de violence sur ceux qui osent l’attaquer en frappant ce qu’ils devraient croire, pour mériter de le comprendre.

    Ils font une autre question et demandent avec fierté : D’où venait l’eau sur laquelle était porté l’Esprit de Dieu?, Est-il écrit précédemment que Dieu ait créé l’eau ? S’ils cherchaient avec religion la réponse à cette difficulté, ils la trouveraient. L’eau dont il est parlé en ce lieu n’est pas celle que nous pouvons maintenant voir et toucher : comme la terre appelée invisible et informe n’était point la terre que nous voyons et foulons aujourd’hui. Quand donc il est dit : « Dans le principe Dieu fit le ciel et la terre, » sous le nom de ciel et de terre on désigne tout l’ensemble des créatures sorties des mains de Dieu. Et si les noms des choses visibles ont servi à tout indiquer, c’est à cause de la faiblesse des petits, peu propres à se faire une idée des choses invisibles. Ainsi donc a été faite d’abord, confuse et informe, la matière de laquelle devaient être faits tous les êtres qui ont paru ensuite avec leurs formes déterminées. C’est, je crois, ce que les Grecs appellent Chaos. Aussi bien dans un autre endroit nous lisons ces mots à la louange de Dieu : « Vous qui avez fait le monde d’une matière informe11. » D’autres copies portent : D’une matière invisible.

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