Accord des Évangiles · Augustin d'Hippone
Livre I
Chapitre V : LA CONTEMPLATION ET L’ACTION. – SAINT JEAN ET LES AUTRES ÉVANGÉLISTES
Il y a deux vertus proposées à l’âme humaine : la vertu active et la vertu contemplative. Avec l’une on marche, avec l’autre on atteint le but : avec l’une on travaille à purifier le cœur et à se rendre capable de voir Dieu, avec l’autre on goûte en liberté la vue de Dieu. L’une a pour objet les préceptes qui règlent la conduite de cette vie passagère, et l’autre la science de la vie éternelle. Ainsi l’une opère, l’autre se repose ; car l’expiation des péchés est le propre de la vertu active, et la lumière d’une conscience pure celui de la vertu contemplative. Ainsi durant les jours de notre mortalité celle-là consiste dans les œuvres d’une bonne vie, celle-ci plus particulièrement dans la foi ; et à l’égard d’un bien petit nombre c’est la vue en énigme et comme en un miroir, c’est la vision en partie de l’immuable et éternelle vérité16. On trouve ces deux vertus figurées dans les deux épouses de Jacob, Lia et Rachel. J’en ai discouru suivant le cadre que je m’étais tracé, et autant qu’il m’a paru nécessaire, dans mon ouvrage contre Fauste le Manichéen17. Lia est un terme hébreu dont le sens présente l’idée de travail, et Rachel est un mot qui signifie vue du principe. » De là on peut comprendre avec un examen attentif, que les trois premiers Évangélistes, en s’attachant à retracer les faits temporels de la vie de Notre-Seigneur et de celles de ses paroles dont le but spécial est de former les mœurs et de régler la conduite dans le siècle présent, ont surtout relevé par leurs discours la vertu active ; tandis que saint Jean, qui ne raconte pas, à beaucoup près, en si grand nombre les faits accomplis par Jésus-Christ, et, quant aux paroles du divin maître, s’étend davantage et avec plus de soin sur celles où il s’agit d’insinuer le mystère d’un seul Dieu en trois personnes, le bonheur de la vie éternelle, a eu l’intention de faire valoir dans son récit la vertu contemplative.
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