Accord des Évangiles · Augustin d'Hippone
Livre I
Chapitre IV : DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST
Cependant les trois évangélistes dont nous venons de parler se sont arrêtés, pour ainsi dire, aux faits transitoires que présente le côté sensible et humain de la vie de Jésus-Christ. Mais saint Jean a surtout considéré dans Notre-Seigneur la divinité qui le rend semblable au Père ; et en écrivant son Évangile c’est ce qu’il a voulu principalement faire ressortir dans la mesure qu’il a jugée suffisante pour des hommes. Ainsi, il s’élève bien au-dessus des trois autres : on croit voir ces derniers suivre sur la terre Jésus-Christ comme homme, et saint Jean franchir l’enveloppe nébuleuse qui recouvre toute la terre et arriver au ciel pur, où le regard de son esprit plein d’assurance et de subtilité va découvrir en Dieu même le secret de l’éternelle génération du Verbe par qui toutes choses ont reçu l’être ; là il apprend que le Verbe s’est fait chair pour habiter parmi nous10 ; en ce sens que le Fils de Dieu s’est uni à la nature humaine et non qu’il s’est changé en elle : car si le Verbe avait pris la chair sans garder immuable sa divinité, il ne dirait pas : « Moi et mon Père nous sommes un11 », puisque le Père et la chair ne peuvent pas être une même nature. Seul l’Apôtre saint Jean a rapporté ce témoignage que Notre-Seigneur rend de lui-même. Seul encore il a reproduit ces autres paroles du divin maître : « Qui m’a vu, a vu mon Père12 ; » et celles-ci : « Afin qu’ils soient un comme nous sommes un13 ; » et celles-ci encore : « Toutes les choses que fait le Père, le Fils les fait semblablement14. » Enfin tous les passages qui révèlent aux intelligences droites la divinité qui rend Jésus-Christ égal au Père, seul pour ainsi dire, saint Jean les a présentés, dans son Évangile. On dirait qu’en reposant sur la poitrine du Seigneur, comme il avait coutume de le faire quand il mangeait avec lui15, il a puisé plus abondamment et plus familièrement à cette source le secret de l’essence divine de son auguste maître.
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