Accord des Évangiles · Augustin d'Hippone
Livre I
Chapitre III : ROYAUTÉ ET SACERDOCE DE JÉSUS-CHRIST
Et en effet, Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui seul est vrai roi et vrai prêtre, roi pour nous gouverner, prêtre pour nous purifier du péché, a montré dans la double dignité royale et sacerdotale, assignée chez ses ancêtres à des personnages différents, une figure de ce qu’il est lui-même. Il l’a fait voir, d’un côté, par cette inscription mise au haut de sa croix : « Jésus de Nazareth roi des Juifs », inscription que Pilate, poussé par une force mystérieuse, déclara vouloir maintenir en disant : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit,3 » et aussi bien longtemps d’avance on lisait dans les Psaumes : « N’altérez pas l’inscription du titre4. » Il l’a fait voir d’un autre côté pour ce qui regarde sa qualité de prêtre, dans le grand mystère qu’il nous a dit d’offrir et de recevoir, et au sujet duquel il se fait adresser ces paroles par un prophète : « Vous êtes prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédech5. » Beaucoup d’autres témoignages encore des divines Écritures nous présentent Jésus-Christ comme roi et comme prêtre. De là, David lui-même, dont il est avec raison plus souvent appelé le fils, que le fils d’Abraham, et sur qui saint Matthieu et saint Luc ont également fixé l’attention dans les généalogies qu’ils ont dressées ; l’un en descendant de lui par Salomon jusqu’à Jésus-Christ, l’autre en montant de Jésus-Christ jusqu’à lui par Nathan ; David quoique proprement et évidemment roi, a néanmoins figuré aussi le sacerdoce de Jésus-Christ en mangeant des pains de proposition, dont l’usage n’était permis qu’aux prêtres6. Ajoutons que seul l’Évangéliste saint Luc rapporte le discours de l’ange à Marie, où nous apprenons la parenté de celle-ci avec sainte Élisabeth, épouse du grand-prêtre : et que parlant de Zacharie, il a soin de dire que sa femme était du nombre des filles d’Aaron, c’est-à-dire de la tribu sacerdotale7.
Comme saint Matthieu a considéré en Jésus-Christ le titre de roi, et saint Luc le caractère de prêtre, ils ont donc l’un et l’autre fait ressortir tout particulièrement l’humanité du Sauveur. Car c’est à raison de sa nature humaine que Jésus-Christ est devenu roi et prêtre, c’est ainsi qu’il est le fils de David dont Dieu lui a donné le trône où il doit régner toujours8 : c’est ainsi qu’il est le médiateur de Dieu et des hommes pour intercéder en notre faveur9. Nous ne voyons personne qui ait 'suivi saint Luc en qualité d’abréviateur, comme saint Marc a suivi saint Matthieu. Et ce n’est peut-être point sans quelque mystère. La dignité royale, en effet, réclame l’honneur d’un cortège ; aussi celui qui s’était appliqué à mettre en relief la royauté de Jésus-Christ a-t-il vu quelqu’un se joindre à lui pour l’accompagner et le suivre pas à pas dans son discours. Au contraire, le grand-prêtre entrait seul dans le saint des saints ; c’est pourquoi l’Évangéliste saint Luc, dont le but était de faire connaître le sacerdoce de Jésus-Christ, n’a eu personne à sa suite pour reprendre en quelque manière et abréger sa narration.
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