Accord des Évangiles · Augustin d'Hippone

    Livre I

    Chapitre VI : LES QUATRE ANIMAUX SYMBOLIQUES ET LES QUATRE ÉVANGÉLISTES

    Il me semble que, envoyant le symbole des quatre Évangélistes dans les quatre animaux de l’Apocalypse, ceux d’après lesquels le lion représente saint Matthieu, l’homme saint Marc, le bœuf saint Luc, et l’aigle saint Jean, ont plus probablement saisi la vérité, que ceux qui attribuent l’homme à saint Matthieu, l’aigle à saint Marc et le lion à saint Jean. Ceux-ci ont voulu trouver la raison de leur conjecture dans les premiers mots des Évangiles, non dans tout le dessein des Évangélistes, dont ils auraient dû se rendre compte avec plus d’exactitude. Mais il est beaucoup plus rationnel de reconnaître sous l’emblème du lion celui qui a surtout fait ressortir la royauté de Jésus-Christ. Nous en avons la preuve dans ces paroles de l’Apocalypse : « Le lion de la tribu de Juda est vainqueur,18 » paroles qui nous présentent l’image du lion en même temps que le souvenir de la tribu dépositaire de l’autorité royale. De plus, c’est dans l’Évangile selon saint Matthieu qu’il est parlé des Mages venus d’Orient pour chercher et adorer le roi des Juifs, dont une étoile leur avait appris la naissance, ainsi que du roi Hérode qui redoute ce roi encore enfant et pour le mettre à mort fait mourir tant d’autres enfants19. Pour l’Évangéliste saint Luc, qu’il soit figuré par le bœuf, principale victime dit prêtre, personne n’en a douté. C’est par le prêtre Zacharie, en effet, que commence le récit dont il est l’auteur : c’est lui qui nous fait connaître la parenté de Marie et d’Élisabeth20 : c’est lui qui nous montre les mystères du premier sacerdoce accompli dans la personne de Jésus-Christ enfant21. C’est dans son Évangile qu’un examen attentif peut découvrir tant d’autres choses par lesquelles on voit bien qu’il s’est appliqué à considérer Jésus-Christ comme prêtre. Saint Marc n’a voulu parler ni de l’origine royale ni de la parenté et de la consécration sacerdotale de Notre-Seigneur ; toutefois comme on peut le voir, il s’est occupé des faits qui appartiennent à l’humanité de Jésus-Christ et paraît par conséquent n’avoir que l’homme pour emblème parmi ces quatre animaux. Or le lion, l’homme et le bœuf ont la terre pour séjour : aussi les trois Évangélistes dont nous venons de parler se sont appliqués principalement à retracer les œuvres sensibles de Jésus-Christ durant les jours de son apparition dans la chair, et à rappeler les préceptes qu’il a laissés, pour la conduite de la vie présente, aux hommes revêtus d’une chair mortelle. Au contraire saint Jean par un vol hardi, s’élève comme un aigle au-dessus des nuages de la faiblesse humaine, et contemple d’un regard très-ferme et très-perçant la lumière de l’immuable vérité.

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