L'évangile avec les Pères

    Mt 1, 16.18-21.24a

    • Saint Joseph, époux de la Bienheureuse Vierge Marie
    • Saint Joseph, époux de la Bienheureuse Vierge Marie · Jeudi 19 mars 2026
    • Saint Joseph, époux de la Bienheureuse Vierge Marie · Vendredi 19 mars 2027

    L'évangile

    16Et Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qu’on appelle Christ. 18Or la naissance de Jésus-Christ arriva ainsi. Marie, sa mère, étant fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu’ils eussent habité ensemble, qu’elle avait conçu par la vertu du Saint-Esprit. 19Joseph, son mari, qui était un homme juste, ne voulant pas la diffamer, résolut de la renvoyer secrètement. 20Comme il était dans cette pensée, voici qu’un ange du Seigneur lui apparut en songe, et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains point de prendre avec toi Marie ton épouse, car ce qui est formé en elle est l’ouvrage du Saint-Esprit. 21Et elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus ; car il sauvera son peuple de ses péchés. » 24Réveillé de son sommeil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait commandé : il prit avec lui Marie son épouse.

    Bible Crampon (1923).

    Ce qu'en disent les Pères

    Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Matthieu, traduction de l'abbé Péronne (1868).

    Mt 1, 16

    Après la généalogie des ancêtres de Jésus-Christ, l’Évangéliste donne en dernier lieu celle de Joseph, époux de Marie, à laquelle toutes les autres se rapportaient : « Et Jacob engendra Joseph ». S. Jér. Julien Auguste voit ici une preuve de contradiction entre les Évangélistes ; pourquoi, dit-il, Matthieu écrit-il que Joseph est le fils Jacob, tandis que Luc le donne comme le fils d’Héli ? Julien paraît ne pas comprendre le langage de l’Écriture, qui appelle également du nom de père et celui qui l’est par nature et celui qui l’est en vertu de la loi. C’est ce que nous apprend la loi de Moïse, expression de la volonté divine, en ordonnant, lorsqu’un homme meurt sans enfant, que son frère ou un de ses proches parents prenne pour épouse la femme du défunt pour donner des enfants à ce dernier (Deut). Africanus le chronologiste et Eusèbe de Césarée (dans son traité intitulé d éáöùíéáò Åõáíãåëéùí ou de la divergence des Evangélistes) ont parfaitement discuté et résolu cette question.

    Eusèbe. (Hist. eccl., liv. 1, chap. 7). Mathan et Melchi eurent, chacun à des époques différentes, des enfants de la même femme appelée Jesca. Mathan qui descendait de Salomon l’avait eue le premier pour épouse, et il était mort en lui laissant un fils unique appelé Jacob. Après sa mort, la loi ne défendant pas à sa veuve de prendre un autre époux, Melchi, qui était parent de Mathan, de la même tribu, mais non de la même famille, épousa la femme de Mathan et en eut un fils nommé Héli. C’est ainsi que Jacob et Héli, frères utérins, naquirent de deux pères différents. Jacob, de son côté, en vertu de la prescription expresse de la loi, épousa la femme de son frère Héli, mort sans enfants, et en eut un fils, Joseph ; c’est pour cela que nous lisons : « Jacob engendra Joseph ». Joseph fut donc le fils naturel de Jacob, tandis qu’il était considéré comme le fils légal d’Héli, dont Jacob n’avait épousé la veuve que pour donner des enfants à son frère. C’est ainsi que se trouvent justifiées la vérité et l’intégrité des généalogies de saint Matthieu et de saint Luc. Ce dernier a suffisamment distingué la succession légale qui était une espèce d’adoption à l’égard du défunt, en évitant, dans l’exposé de ces successions, de parler de génération proprement dite. - S. Aug. (De l’Acc. des Evang., 2, 3). L’expression de fils à l’égard de celui qui ne l’était que par adoption, était plus convenable et plus juste que celle d’engendré, puisqu’il n’était pas né de son sang. Saint Matthieu, au contraire, en commençant sa généalogie par ces mots : « Abraham engendra Isaac », et en s’exprimant toujours de même jusqu’à la fin, où il dit : « Jacob engendra Joseph », marque assez par là que ce père l’a engendré selon l’ordre naturel, et que Joseph est, non pas son fils adoptif, mais son véritable fils. Et toutefois, quand même saint Luc aurait employé la même expression à l’égard de Joseph adopté par Héli, nous ne devrions pas en être embarrassé, car on peut sans absurdité dire d’un homme qu’il a engendré, par l’affection et non dans la réalité, l’enfant qu’il a cru devoir adopter.

    Eusébe. (Hist. ecclés). Ce ne sont pas là des documents arbitraires, trouvés par hasard et dépourvus de toute authenticité, car ce sont les parents du Sauveur qui nous les ont transmis, soit par le désir de faire connaître une naissance si auguste, soit pour rétablir la vérité des faits.

    S. Aug. (De l’Accord des Evang., 2, 4). C’est avec raison que saint Luc, qui place la généalogie du Christ, non pas en tête de son Évangile, mais au baptême du Christ, en le présentant surtout comme le prêtre chargé de l’expiation de nos péchés, a choisi de préférence l’origine d’adoption, car c’est par l’adoption et en croyant au Fils de Dieu que nous devenons nous-mêmes les enfants de Dieu. Dans la génération charnelle, au contraire, que raconte saint Matthieu, le Fils de Dieu se montre surtout à nous comme s’étant fait homme pour nous. D’ailleurs, saint Luc nous apprend assez qu’en appelant Joseph fils d’Héli, il veut parler de son adoption, puisqu’il donne le nom de fils de Dieu à Adam, que Dieu avait établi comme un fils dans le paradis terrestre en vertu d’une grâce qu’il perdit plus tard.

    S. Chrys. (Hom. 4 sur S. Matthieu). Après avoir énuméré tous les ancêtres de Jésus-Christ, il finit par Joseph, et il ajoute : « L’époux de Marie », pour montrer que c’est à cause de Marie qu’il l’a placé dans la généalogie. - S. Jér. Que ce nom « l’époux de Marie » ne vous rappelle aucune idée de mariage, car les saintes Écritures donnent ordinairement le nom d’époux ou d’épouse aux simples fiancés.

    Gennad. (Des Dogm. de l’égl., chap. 2). Le Fils de Dieu est né de l’homme (c’est-à-dire de Marie), et non par le moyen de l’homme, c’est-à-dire des relations de l’homme avec la femme, comme le prétend Ebion, et c’est avec un dessein marqué que l’Évangéliste ajoute : « Marie, de laquelle est né Jésus ». - S. Aug. (Des Hérés., chap. 2). Ces paroles condamnent l’opinion de Valentin, qui soutenait que le Christ n’avait rien reçu de Marie, mais qu’il n’avait fait que passer par elle comme par un ruisseau ou par un canal.

    S. Aug. (Des Hérés., chap. 2). Que le Christ ait voulu prendre dans le sein d’une femme un corps semblable au nôtre, c’est chez lui l’effet d’une haute sagesse, soit qu’il ait voulu ainsi honorer les deux sexes en prenant la forme d’un homme et en recevant l’existence par le moyen d’une femme, soit pour tout autre motif qu’il ne nous appartient pas d’examiner. - S. Aug. (Des Quest. du Nouv. et de l’Anc. Test). Ce que Dieu donnait par l’onction à ceux qui étaient sacrés rois, l’Esprit saint le confère à l’humanité du Christ, en la sanctifiant. C’est pour cela qu’à sa naissance il reçut le nom de Christ, ainsi que l’ajoute l’Évangéliste : « Qui est appelé le Christ ».

    S. Aug. (De l’Acc. des Evang). Cependant il n’est pas permis de conclure qu’il n’y avait pas de mariage entre Marie et Joseph de ce que le Christ n’était pas né de leur union, mais qu’il avait été enfanté par une vierge. C’est un magnifique exemple donné aux fidèles engagés dans les liens du mariage, et qui leur apprend que tout en gardant la continence d’un mutuel accord, le mariage ne laisse pas d’exister, par la seule union des âmes, sans l’union des corps, alors surtout qu’on voit naître ici un fils sans qu’il y ait eu d’union charnelle.

    S. Aug. (Du Mariage et de la concupis., 1, 2). Tous les biens du mariage se trouvent réunis dans cette union de Joseph et de Marie : la fidélité, les enfants, le pacte mutuel. Jésus-Christ est leur enfant béni. La fidélité du mariage a été gardée, puisqu’il n’y a pas eu d’adultère, il y a eu pacte sacré puisqu’il n’y a pas eu de divorce.

    S. Jér. Un lecteur attentif fera peut-être cette question : Puisque Joseph n’est pas le père du Dieu sauveur, quel rapport peut avoir avec Jésus cette généalogie qui descend jusqu’à Joseph ? Nous répondrons d’abord que ce n’est pas l’usage des écrivains sacrés de donner dans les généalogies la descendance des femmes ; en second lieu que Joseph et Marie étaient de la même tribu et que Joseph était obligé de la prendre pour épouse à cause de la parenté qui existait entre eux, ce que prouve leur inscription simultanée à Bethléem comme étant de la même famille.

    S. Aug. (Du Mariage et de la concupisc). Un autre motif pour lequel la généalogie devait descendre jusqu’à Joseph, c’était de conserver dans cette union la prééminence à son sexe, alors surtout que la vérité des faits n’avait pas à en souffrir, puisque Joseph et Marie étaient tous deux de la race de David. - S. Aug. (Contre Faust., lib. 23, chap. 9). Nous croyons donc que Marie était de la race de David, sur la foi des Écritures qui nous apprennent ces deux choses que le Christ était de la race de David selon la chair, et que Marie était sa mère non en vertu de son mariage, mais en demeurant vierge.

    Du Concile d’Ephèse. Il faut se garder de l’erreur de Nestorius, dont voici le raisonnement : Toutes les fois que l’Écriture parle ou de la naissance temporelle de Jésus-Christ, ou de sa mort, elle ne lui donne jamais le nom de Dieu, mais celui de Christ ou celui de Fils, ou celui de Seigneur, car ces trois noms désignent les deux natures, tantôt la nature divine, tantôt la nature humaine, tantôt l’une et l’autre réunies. En voici un exemple : « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qu’on appelle Christ ». Or le Verbe, qui est Dieu, n’a pu avoir besoin de naître une seconde fois d’une femme. - S. Aug. (Contre Félicien, chap. 11, 12). Le Fils de Dieu n’est autre que le Fils de l’homme, mais c’est le même Christ qui est à la fois le Fils de l’homme et le Fils de Dieu. De même que dans un seul et même homme l’esprit et le corps sont deux choses différentes, ainsi dans le médiateur de Dieu et des hommes, le Fils de Dieu et le Fils de l’homme sont deux choses distinctes, mais qui concourent à former un seul et même Seigneur Christ ; car s’il y a ici deux choses distinctes parce qu’il y a deux substances, il n’y a cependant qu’une seule et même personne. Les hérétiques nous font cette objection : Je ne sais pas comment vous enseignez que celui qui, selon vous, est coéternel au Père, ait put naître dans le temps, car naître c’est comme le mouvement que fait avant sa naissance un être qui n’existe pas, et dont le but est de se procurer l’existence par le moyen de cette naissance. Donc il faut conclure que celui qui existait n’a pu naître, ou que s’il a pu prendre naissance, c’est qu’il n’existait pas. Voici comment saint Augustin répond à cette difficulté : Supposons, comme plusieurs auteurs le prétendent, qu’il y ait dans le monde une âme universelle qui vivifie les germes de tous les êtres par une opération ineffable, en restant toujours distincte de ce qu’elle anime et vivifie. Lorsqu’elle pénétrera dans le sein de la mère pour y donner la forme à la matière passive qu’elle y trouve, elle fera de cette matière, d’une nature toute différente de la sienne, une seule personne avec elle. C’est ainsi que l’opération de l’âme et la passibilité de la matière concourent à former un seul homme de deux substances distinctes, l’âme étant tout à fait différente du corps, et nous disons que l’âme prend naissance dans le sein de la mère, tout en reconnaissant d’ailleurs que c’est en venant elle-même dans le sein maternel qu’elle y donne bu vie au germe qui est conçu.

    Nous disons qu’elle est née du sein de la mère, parce qu’elle s’y est unie à un corps dans lequel elle put naître, sans qu’on puisse en conclure qu’elle n’existait pas avant sa naissance. C’est ainsi, ou plutôt c’est d’une manière bien plus incompréhensible et plus élevée, que le Fils de Dieu a pris naissance dans le sein de sa mère en s’y revêtant de la nature humaine tout entière, lui qui, par sa toute-puissance unique, donne l’être à tout ce qui est engendré dans l’univers.

    Mt 1, 18

    S. Chrys. (sur S. Matth). L’Évangéliste avait dit précédemment : « Jacob engendra Joseph », dont l’épouse Marie mit au monde Jésus. Mais dans la crainte qu’on ne vînt à penser que la génération du Sauveur était semblable à celle de ses aïeux, il change la forme qu’il a suivie jusqu’à présent pour s’exprimer de la sorte : « Or la naissance de Jésus-Christ arriva ainsi », expressions qui reviennent à celles-ci : La génération des aïeux du Christ a eu lieu comme je l’ai dit, mais celle du Christ lui-même a été toute différente, et voici comment elle est arrivée : « Marie sa mère étant fiancée », etc. - S. Chrys. (hom. 4 sur S. Matth). Il annonce qu’il va décrire le mode de cette génération comme étant d’un ordre nouveau, dans la crainte que le nom d’époux de Marie donné à Joseph ne vous fasse croire que Jésus est né selon les lois ordinaires de la nature. - Remi. On peut encore rapporter ces paroles à ce qui précède, en ce sens : « La génération du Christ a eu lieu comme je l’ai dit, c’est-à-dire : Abraham engendra Isaac, etc ».

    S. Jér. Mais pourquoi Jésus est-il conçu d’une vierge fiancée, et non pas d’une vierge dans l’état ordinaire ? C’était d’abord pour que l’origine de Marie fût prouvée par la génération de Joseph ; en second lieu, pour ne pas l’exposer à être lapidée par les Juifs comme adultère ; troisièmement, afin qu’elle eût un soutien et un consolateur pendant la fuite en Égypte. Saint Ignace martyr donne une quatrième raison : ce fut, dit-il, afin que la naissance du Christ demeurât voilée pour le démon, qui le croyait ainsi né d’une femme mariée, et non pas d’une vierge. - S. Chrys. (sur S. Matth). Elle était mariée et habitait avec son mari, car de même que celle qui conçoit un enfant dans la maison de son mari est supposée l’avoir eu de lui, ainsi celle qui conçoit hors de la maison conjugale tombe sous le soupçon d’un commerce illégitime.

    S. Jér. Un certain Helvidius, homme inquiet et turbulent, ayant cherché matière à dispute, s’est mis à blasphémer contre la mère de Dieu, et a formulé ainsi sa première objection : « Vous le voyez, dit-il, elle était fiancée et non pas confiée comme un dépôt, ainsi que vous le dites, et elle n’était fiancée que pour se marier quelque temps après ».

    Orig. Oui elle fut en effet fiancée à Joseph, mais jamais elle ne lui fut unie par les liens de la concupiscence charnelle. Sa mère fut une mère immaculée, une mère sans souillure, une mère chaste. Nous disons sa mère, la mère de qui ? La mère du Seigneur, du Fils unique de Dieu, du Roi, du Sauveur, du Rédempteur de tous les hommes. - S. Cyril. (aux moines d’Égypte). Que peut-on voir dans la sainte Vierge de supérieur aux autres femmes ? Si elle n’est pas la mère de Dieu, comme le soutient Nestorius, mais seulement la mère du Christ ou du Seigneur, qu’y aurait-il d’absurde à donner le nom de mère du Christ à toutes les mères de ceux qui ont reçu l’onction sainte du baptême. Cependant la sainte Vierge seule entre toutes les femmes est reconnue et proclamée à la fois vierge et mère du Christ, parce qu’elle n’a pas enfanté un homme ordinaire, mais le Verbe engendré de Dieu le Père, qui s’est incarné et s’est fait homme. Peut-être m’objectera-t-on : Dites-moi, pensez-vous que la Vierge soit devenue la mère de la divinité : Voici notre réponse : Le Verbe est né de la substance de Dieu, il a toujours existé égal à son Père sans jamais avoir eu de commencement. Il s’est fait chair dans ces derniers temps, c’est-à-dire qu’il s’est uni un corps vivifié par une âme raisonnable, et c’est pour cela que nous disons qu’il est né aussi de la femme selon la chair. Notre naissance présente quelqu’analogie avec ce mystère. Nos mères fournissent à la nature un peu de chair coagulée qui doit recevoir la forme humaine, et c’est Dieu qui envoie une âme dans cette matière. Cependant, bien que nos mères ne soient que les mères de nos corps, elles sont regardées comme ayant enfanté l’homme tout entier, et non pas seulement la chair. Quelque chose de semblable s’est passé dans la naissance de l’Emmanuel. Le Verbe de Dieu est né de la substance du Père ; cependant comme il a pris une chair humaine et se l’est rendue propre, il faut reconnaître qu’il est véritablement né d’une femme selon la chair, et comme il est réellement Dieu, comment hésiter à proclamer la sainte Vierge mère de Dieu ? - S. Léon Pape. (Serm. sur la Nativ). Que les mots de conception, d’enfantement ne vous effrayent ni ne vous troublent, car ici la virginité calme toutes les craintes de la pudeur. Et en quoi la pudeur recevrait-elle quelqu’atteinte dans l’union de la divinité avec la pureté qui lui est toujours si chère, dans cette union annoncée par un ange, contractée sons les auspices de la foi et consommée dans la chasteté, dans cette union qui a la vertu pour dot, la conscience pour arbitre, Dieu pour objet, et où nous voyons une conception sans souillure, un enfantement immaculé, une mère vierge ? - S. Cyril. (à Jean d’Antioche). Si au contraire, comme le prétend Valentin, le corps sacré de Jésus avait été formé d’une matière céleste, et non de la chair virginale de Marie, comment pourrait-elle être considérée comme la mère de Dieu ? L’Évangéliste nous fait connaître le nom de sa Mère lorsqu’il ajoute : « Marie ». - Bède. Le nom de Marie en hébreu signifie étoile de la mer, et en syriaque maîtresse, parce qu’elle a enfanté et la lumière du salut, et le Seigneur du monde.

    Il nous apprend ensuite quel était son époux en ajoutant le nom de Joseph. - S. Chrys. (sur S. Matth). Marie avait pour époux un ouvrier qui travaillait le bois en figure de ce que Jésus-Christ devait opérer le salut du monde sur le bois de la croix.

    S. Chrys. (Hom. 4 sur S. Matth). Ces paroles : « Avant qu’ils fussent ensemble », ne veulent pas dire : Avant que Marie fût conduite dans la maison de son époux, car elle y était déjà, selon la coutume assez suivie des anciens d’avoir les fiancées dans leurs maisons, ce qui se voit encore aujourd’hui ; c’est ainsi que les gendres de Loth habitaient la même maison que lui avant d’avoir épousé ses filles. - La Glose. Ces paroles : Avant qu’ils fussent ensemble, doivent être entendues dans le sens de l’union charnelle. - S. Chrys. (sur S. Matth). Cela s’est fait pour que le Christ ne dût pas sa naissance aux inclinations de la chair et du sang, lui qui venait détruire l’empire de la chair et du sang. - S. Aug. (Du mariage et de la concupisc. liv. 1, chap. 12). Il n’y eut point ici de relation conjugale, parce qu’elle ne pouvait avoir lieu dans une chair de péché sans être accompagnée de la concupiscence de la chair qui vient du péché. Celui qui devait être sans péché voulut être conçu en dehors de la concupiscence, pour nous apprendre que toute chair qui naît de l’union de l’homme et de la femme est une chair de péché, puisque la seule chair exempte de cette origine est la seule qui n’eût pas été une chair de péché. - S. Aug. (serm. sur la Nativ). Le Christ a voulu naître d’une femme qui eût conservé sa virginité, parce qu’il était contraire à toute idée de justice que la volupté donnât le jour à la vertu, la luxure à la chasteté, la corruption à la sainteté, et aussi parce que celui qui venait renverser l’antique empire de la mort ne pouvait descendre du ciel que d’après les lois d’un ordre nouveau. La Mère du Roi de la chasteté devait donc être la reine de la virginité. Le Seigneur voulut encore se choisir une habitation virginale pour nous apprendre à porter Dieu dans un cœur chaste. Celui donc qui écrivit sur les tables de fer sans se servir d’un poinçon de fer, féconda lui-même le sein de Marie par l’opération du Saint-Esprit, suivant ces paroles de l’écrivain sacré : « Il se trouva qu’elle avait conçu ».

    S. Jér. Ce secret ne fut pas découvert par un autre que Joseph, qui en vertu des droits que lui conférait son titre d’époux, connaissait tout ce qui avait rapport à sa future épouse. - S. Chrys. (sur S. Matth). D’après un témoignage historique assez vraisemblable, Joseph était absent lorsque eurent lieu les faits racontés par saint Luc, car on ne peut guère croire que l’ange, s’il eût apparu à Marie en présence de Joseph, lui eût tenu le langage qu’il lui adressa et que Marie lui eût répondu tout ce que nous lisons dans l’Évangile. Si nous supposons que l’ange ait pu parvenir jusqu’à Marie et lui parler, du moins n’est-il pas possible d’admettre que, Joseph étant présent, Marie eût entrepris un voyage dans les montagnes et qu’elle soit demeurée trois mois avec Élisabeth, car Joseph se serait nécessairement informé des raisons d’une absence et d’un séjour si prolongé. Ce fut lorsqu’elle revint de ce voyage qui dura plusieurs mois, qu’il la trouva dans un état de grossesse évidente. - S. Chrys. (homél. 4 sur S. Matth). Ces paroles : « elle fut trouvée », sont justement choisies parce qu’elles expriment ordinairement une chose à laquelle on était loin de s’attendre. Du reste ne fatiguez pas l’Évangéliste de vos questions, en lui demandant comment une vierge a pu devenir mère, il se débarrasse de toutes ces questions par cette simple réponse : « Il se trouva qu’elle avait conçu du Saint-Esprit ». Comme s’il disait : c’est l’Esprit saint qui a fait ce miracle, ni l’archange Gabriel ni saint Matthieu n’ont pu en dire davantage.

    La Glose. (ou S. Anselme). L’Évangéliste ajoute : « Par l’opération du Saint-Esprit », afin que ces paroles : « Il se trouva qu’elle avait conçu », ne pussent laisser aucun soupçon fâcheux dans l’esprit de ceux qui les entendaient. - S. Jér. (Explic. de la foi cath). Nous ne partageons pas l’opinion impie de quelques-uns qui prétendent que l’Esprit saint a remplacé ici ce qui, d’après les lois ordinaires, aurait fécondé le sein de Marie, mais nous disons que tout s’est fait par la puissance et la vertu du Créateur. - S. Amb. (de l’Esprit saint, liv. 2, chap. 5). Celui qui tire son origine d’un principe quelconque, vient ou de sa substance ou de sa puissance : de sa substance comme le Fils qui est engendré du Père ; de sa puissance, comme toutes les choses créées viennent de Dieu, et c’est de cette manière que Marie a conçu du Saint-Esprit. - S. Aug. (à Laurentius). La manière miraculeuse dont le Christ est né de l’Esprit saint, nous rappelle cette grâce divine en vertu de laquelle la nature humaine dépourvue de tous mérites au premier moment de son existence a été unie au Verbe d’une union si étroite qu’elle ne fait plus qu’une même personne qui est le Fils de Dieu. Mais, puisque l’œuvre de la conception et de l’enfantement de Marie, bien que n’ayant pour objet que la personne du Fils, est l’œuvre de la Trinité tout entière (les œuvres de la Trinité sont indivisibles) pourquoi l’Esprit saint est-il nommé comme en étant le seul auteur ? Faut-il entendre que toute la Trinité est censée agir alors que l’action n’est attribuée qu’à une seule des trois personnes ? - S. Jér. (contre Helvidius). Helvidius objecte que l’Évangéliste voulant parler de personnes qui ne devraient pas s’unir ne se serait pas exprimé de la sorte : « Avant qu’ils fussent ensemble », de même qu’on ne pourrait dire : Avant de dîner dans le port j’ai fait voile vers l’Afrique, si l’on ne devait pas dîner une fois qu’on serait arrivé au port. Mais ne peut-on pas dire plutôt que bien que le mot avant indique souvent ce qui doit suivre, cependant il n’exprime quelquefois que ce qui était d’abord l’objet de la pensée, sans qu’il soit nécessaire que cet objet se réalise, alors surtout qu’il se présente quelqu’obstacle qui en empêche l’exécution. - S. Jér. On ne peut donc pas conclure qu’ils se soient unis plus tard, car l’Écriture sainte se contente de dire ce qui n’est pas arrivé. - Remi. On peut dire encore que ce mot : « être ensemble », exprime non pas l’union conjugale, mais l’époque de la célébration des noces, c’est-à-dire le moment où la fiancée devient épouse, et alors le sens serait : « Avant qu’ils fussent ensemble » ; c’est-à-dire avant la célébration solennelle du mariage.

    S. Aug. (de l’acc. des Ev. 2, 5). Ce que saint Mathieu a passé sous silence, c’est-à-dire la manière dont s’est accompli ce mystère, saint Luc nous le raconte après le récit de la conception de saint Jean-Baptiste : « Au sixième mois, dit-il, l’ange fut envoyé », et plus bas : « l’Esprit saint surviendra en vous ». C’est ce que saint Matthieu rappelle en ces termes : « Il se trouva qu’elle avait conçu du Saint-Esprit ». Il n’y a ici aucune contradiction entre ces deux Évangélistes, parce que saint Luc raconte ce que saint Matthieu a passé sous silence, et il n’y en a pas davantage lorsque saint Matthieu enchaîne dans son récit ce qui a été omis par saint Luc. On lit en effet plus bas dans saint Mathieu : « Joseph, son mari, étant juste », etc. et tout ce qui suit jusqu’à l’endroit où nous voyons les Mages retourner dans leur pays par un autre chemin. Or si quelqu’un voulait composer d’après l’ordre chronologique un seul et unique récit de toutes les circonstances de la naissance du Christ qui sont racontées par l’un et omises par l’autre, il devrait commencer à ces mots : « Or voici quelle fut la génération du Christ. Il y eut aux jours d’Hérode », (Lc 1,5) etc. jusqu’à ces autres : « Marie resta avec elle environ trois mois ; et elle revint dans sa maison » ; et puis ajouter ce que nous venons d’exposer : « Il se trouva qu’elle avait conçu du Saint-Esprit ».

    Mt 1, 19

    S. Chrys. (hom. 4 sur S. Matth). L’Évangéliste après avoir exposé comment Marie devint féconde par l’opération du Saint-Esprit, et sans aucune relation avec son époux, semble craindre qu’on ne le soupçonne, lui disciple de Jésus-Christ, d’entourer la naissance de son Maître de grandeurs imaginaires ; il nous présente donc Joseph son époux mis à une si rude épreuve, et rendant ainsi témoignage à la vérité des faits ; c’est pour cela qu’il ajoute : « Or Joseph son mari étant juste ». - S. Aug. (serm. sur la Nativ). Joseph voyant la grossesse de Marie, est profondément troublé de voir dans cet état celle qu’il avait reçue comme épouse au sortir du temple et avec laquelle il n’avait eu aucune relation. Ces pensées l’agitent tour à tour et se confondent dans son esprit ? Que ferai-je ? Dois-je faire connaître son crime ou me taire ? Si je dévoile sa faute, je proteste contre l’adultère, mais je m’expose au reproche de cruauté, car je sais que d’après la loi de Moïse elle doit être lapidée. Si je garde le silence, je me rends complice du mal, et je fais alliance avec les adultères. Puisque donc c’est un mal de se taire et un plus grand mal encore de pactiser avec l’adultère, je me séparerai d’elle.

    S. Amb. (sur S. Luc, liv. 2, chap. 1). Saint Matthieu nous a enseigné admirablement ce que doit faire un homme juste qui a découvert la honte ou le déshonneur de son épouse, s’il veut à la fois ne pas tremper ses mains dans son sang, et ne pas se souiller au contact d’une adultère. Aussi a-t-il soin de nous dire : « Comme il était juste ». Joseph en effet conserve dans toutes les circonstances la grâce et le caractère d’un juste, et son témoignage n’en est que plus certain ; car la langue du juste tient le langage de la justice, etc. - S. Jér. Mais comment Joseph qui cache le crime de son épouse nous est-il présenté comme juste ? Car la loi veut que l’on considère comme coupables non seulement ceux qui ont commis le crime, mais ceux-là mêmes qui en ont eu connaissance. - S. Chrys. (hom. 4 sur S. Matth). Le mot juste, dans la pensée de l’Évangéliste, veut dire qui réunit toutes les vertus. Il y a une justice spéciale, opposée au vice de l’avarice. La justice est aussi une vertu universelle, et c’est dans ce dernier sens que l’Écriture emploie le plus souvent le mot de justice. Joseph étant donc juste, c’est-à-dire plein de douceur et de bonté, voulut la renvoyer en secret, elle qui d’après la loi devait être non seulement traduite ignominieusement, mais condamnée au dernier supplice. Mais Joseph, dont la vie était supérieure à la loi, sauva Marie de ce double danger. De même que le soleil éclaire la terre avant même que ses rayons paraissent sur l’horizon, ainsi Jésus-Christ avant sa naissance a fait briller une multitude d’actes héroïques de vertu. - S. Aug. (Serm. 6 sur les par. du Seig). On peut encore donner cette explication : Si vous êtes seul pour connaître l’offense qu’un de vos frères a commise contre vous, et que vous cherchiez à l’accuser publiquement, vous ne le corrigez pas, vous le trahissez. Aussi voyez le juste Joseph : malgré l’énormité du crime dont il soupçonnait son épouse, sa bonté lui inspire les ménagements les plus grands. Il était tourmenté par un soupçon d’adultère qui approchait de la certitude, et cependant comme lui seul avait cette connaissance, il ne voulut pas dénoncer son épouse, mais la renvoyer en secret, car il désirait encore lui être utile, et ne point attirer sur elle le châtiment dû à son péché. - S. Jér. Ou bien peut-être est-ce un témoignage en faveur de Marie, que Joseph qui ne pouvait douter de sa vertu, et qui admirait d’ailleurs ce qui était arrivé, voile sous le silence ce qui était pour lui un mystère. - Remi. Il voyait donc en état de grossesse celle dont il connaissait la chasteté, et comme il avait lu dans le prophète Isaïe (Is 11,1) : « Un rejeton sortira de la tige de Jessé (d’où il savait que Marie tirait son origine) ; et encore : « Voici qu’une Vierge concevra » (Is 7,14), il ne doutait pas que cette prophétie n’eût reçu en elle son accomplissement.

    Orig. Mais si Joseph n’avait aucun soupçon sur son épouse, en quoi se montrait-il juste en renvoyant celle dont la vertu n’avait souffert aucune atteinte ? Il voulait la renvoyer, parce qu’il s’estimait indigne d’approcher de ce grand mystère qui s’était opéré en elle. - La Glose. Ou bien, en la renvoyant il se montrait juste, et en la renvoyant en secret ; il faisait preuve de bonté, puisqu’il voulait la mettre à l’abri de l’infamie, c’est ce que signifient ces paroles : « Comme il était juste, il voulut la renvoyer ». Il pouvait la livrer à la sévérité de la loi, c’est-à-dire la diffamer ; il préféra la renvoyer en secret.

    S. Amb. (sur S. Luc). On ne peut renvoyer celle qu’on n’a pas reçue ; par cela même qu’il veut la renvoyer, Joseph prouve qu’il l’avait prise chez lui comme son épouse. - La Glose. Ou bien comme il ne voulait pas l’introduire dans sa maison pour vivre indissolublement avec elle, il voulut la renvoyer en secret et retarder l’époque de son mariage. Car la bonté sans la justice, ou la justice sans la bonté ne peuvent constituer la vertu véritable, et leur séparation mutuelle les détruit. Ou bien encore, il était juste par la foi qui lui faisait croire que le Christ naîtrait d’une vierge, et le portait à s’humilier devant une grâce aussi extraordinaire.

    Mt 1, 20

    Remi. Comme nous venons de le voir, Joseph pensait à renvoyer Marie en secret. Or s’il avait exécuté ce dessein, la plupart auraient vu en Marie une femme perdue plutôt qu’une vierge. Aussi le ciel se chargea-t-il de changer bien vite le dessein de Joseph, ce que l’Évangéliste exprime en ces termes : « Comme il était dans cette pensée ». - La Glose. On reconnaît ici l’âme d’un sage qui ne veut rien entreprendre avec précipitation.

    S. Chrys. (hom. 4 sur S. Matth). La douceur de Joseph n’est pas moins admirable ; il ne confie à personne le soupçon qui l’agite, pas même à celle qui en était l’objet, il garde tout en lui-même. - S. Aug. (serm. 14 sur la Nativ). Pendant que Joseph est dans cette pensée, que Marie la fille de David soit sans crainte, car de même que la voix du Prophète apporta le pardon à David, l’ange du Sauveur vient délivrer Marie. L’ange Gabriel, le paranymphe de la Vierge, apparaît de nouveau comme le dit l’Évangéliste : « Voici que l’ange du Seigneur apparut à Joseph ». - La Glose. Ce mot il apparut exprime la puissance de celui qui apparaît, et qui se rend visible quand il veut et de la manière qu’il veut. - Rab. Ces mots : « En songe » expriment comment l’ange apparut à Joseph, c’est-à-dire de la même manière que Jacob vit des yeux de l’esprit comme une image de l’échelle mystérieuse. - S. Chrys. (hom. 4 sur S. Matth). Il n’apparaît pas ouvertement à Joseph comme aux bergers à cause de sa grande foi. Les bergers avaient besoin d’une apparition manifeste à cause de leur grossière ignorance ; Marie, à cause des grandes choses dont l’ange devait l’instruire la première. Une apparition de ce genre ne fut pas moins nécessaire à Zacharie avant la conception de son fils.

    La Glose. L’ange en apparaissant à Joseph le nomme par son nom, lui rappelle le souvenir de sa famille, et bannit la crainte de son cœur par ces mots : « Joseph, fils de David ». En l’appelant par son nom, il le traite comme une personne qui lui est connue, et comme un ami. - S. Chrys. (sur S. Matth). En l’appelant : « Fils de David », il voulut lui remettre en mémoire la promesse faite à David que le Christ naîtrait de sa race. - S. Chrys. (hom. 4). En lui disant : « Ne craignez pas », il nous fait voir qu’il craignait d’offenser Dieu en gardant chez lui celle qu’il regardait comme adultère ; autrement il n’aurait pas pensé à la renvoyer. - Sévérianus. Ce chaste époux reçoit l’ordre de bannir la crainte de son cœur, car une âme bienveillante trouve dans la compassion qu’elle éprouve un nouveau motif de crainte. L’ange semble lui dire : Il n’y a point ici cause de mort, mais bien plutôt cause de vie, car celle que la vie a rendue mère ne mérite point d’être mise à mort. - S. Chrys. (sur S. Matth). Ces paroles : « Ne craignez pas », apprennent encore à Joseph que l’ange connaissait les secrets de son cœur et le préparent à croire tout ce qu’il allait dire des biens futurs dont le Christ devait être l’auteur. - S. Amb. (sur S. Luc, liv. 2, chap. 1). Ne soyez pas étonné qu’il donne à Marie le nom d’épouse ; il ne veut pas exprimer par là la perte de sa virginité, mais attester la vérité de leur union et la célébration de leur mariage. - S. Jér. (contre Helvid). De ce que l’ange lui donne le nom d’épouse, il ne faut pas conclure qu’elle ne fut plus fiancée, car c’est la coutume de l’Écriture de donner le nom d’époux ou d’épouses à ceux qui ne sont que fiancés comme on peut le prouver par ce passage du Deutéronome (Dt 22,23) : « Celui qui, trouvant dans un champ la fiancée d’un autre lui fera violence et dormira avec elle, sera puni de mort, parce qu’il a déshonoré l’épouse de son prochain ». - S. Chrys. (hom. 4 sur S. Matth). L’ange lui dit : « Ne craignez pas de la recevoir, c’est-à-dire de la garder dans votre maison, car elle était déjà renvoyée dans son esprit. - Rab. Ou bien ne craignez pas de la recevoir, c’est-à-dire de l’admettre comme épouse à la participation de la communauté conjugale et du foyer domestique.

    S. Chrys. (sur S. Matth). L’ange apparut à Joseph et lui tint ce langage pour trois raisons : la première, afin que cet homme juste ne fit point par ignorance une action mauvaise dans une bonne intention ; la seconde, pour l’honneur de la mère du Sauveur, car si elle avait été renvoyée, elle n’aurait pas manqué d’être en butte aux soupçons les plus injurieux de la part des infidèles ; la troisième raison, afin que Joseph comprenant combien était sainte cette conception, eût encore plus de respect qu’auparavant pour sa chaste épouse. L’ange cependant ne vint trouver Joseph qu’après que la Vierge eut conçu, pour ne point l’exposer aux pensées et au châtiment de Zacharie, qui se rendit coupable d’infidélité en refusant de croire à la maternité de son épouse si avancée en âge, car il était plus incroyable encore qu’une vierge pût concevoir, qu’une femme parvenue à l’extrême vieillesse. - S. Chrys. (hom. 4 sur S. Matth). Ou bien encore, l’ange apparaît à Joseph lorsque le trouble s’est déjà emparé de son esprit, pour faire éclater davantage la sagesse de cet homme juste, et aussi pour que cette apparition devînt pour lui la preuve de ce qu’il lui annonçait. En effet, lorsqu’il entendait l’ange lui parler de ce qui faisait l’objet de ses pensées les plus intimes, n’avait-il pas une preuve indubitable qu’il était l’envoyé de Dieu, à qui seul il appartient de connaître les secrets des cœurs. La véracité de l’Évangéliste en devient elle-même incontestable, car il nous présente Joseph éprouvant tout ce que tout homme aurait éprouvé à sa place. La Vierge elle-même échappe à tout soupçon déshonorant, puisque nous voyons son époux, malgré ce juste sentiment de jalousie, la recevoir et la garder après qu’elle est devenue mère ; si elle ne fait pas connaître à Joseph ce que l’ange lui avait annoncé, c’est qu’elle présumait qu’elle n’en serait pas crue surtout après les soupçons qu’il nourrissait contre elle. L’ange au contraire vint trouver Marie avant la conception, pour ne point l’exposer aux inquiétudes qu’elle aurait éprouvées si elle n’avait été instruite de ce mystère qu’après son accomplissement, car il fallait que cette mère privilégiée qui avait reçu dans son sein le Créateur de toutes choses, fût inaccessible au trouble et à l’agitation.

    S. Chrys. (hom. 4). L’ange ne se contente pas de justifier la Vierge de tout commerce criminel, mais il apprend à Joseph que cette conception est toute surnaturelle, et après avoir dissipé ses craintes, il lui inspire la joie par ces paroles : « Ce qui est né en elle », etc. La Glose. Naître en elle et naître d’elle sont deux choses différentes : naître d’elle, c’est être mis au jour par elle ; naître en elle, c’est être conçu dans son sein. On peut dire aussi que par suite de la prescience que Dieu, pour qui l’avenir est comme le passé, communiquait à l’ange, la naissance était comme accomplie. - S. Aug. (quest. du Nouv. et de l’Anc. Test). Mais si le Christ est né de l’Esprit saint, pourquoi est-il écrit : « La sagesse s’est bâtie une demeure ? » (Pr 9,1). On peut faire à cette question une double réponse : premièrement la maison du Christ est son Église, qu’il s’est bâtie par son sang ; en second lieu son corps peut être regardé comme sa maison de même qu’il est appelé son temple. Or l’œuvre de l’Esprit saint est celle du Fils de Dieu, par suite de l’unité de volonté dans la nature divine ; que le Père agisse, que ce soit le Fils ou l’Esprit saint, c’est toujours la Trinité qui agit, et quelle que soit l’œuvre faite par l’une des trois personnes, c’est toujours l’œuvre d’un seul Dieu.

    S. Aug. (Ench., chap. 39). Mais pourrons-nous dire cependant que l’Esprit saint est le Père du Christ en tant qu’homme, dans ce sens que l’Esprit saint aurait engendré l’homme, comme Dieu le Père a engendré le Verbe ? C’est une telle absurdité, qu’il n’y a pas d’oreilles chrétiennes qui puissent la supporter. Dans quel sens disons-nous donc que le Christ est né de l’Esprit saint, si l’Esprit saint ne l’a point engendré ? Est-ce parce qu’il l’a fait ? Car en tant qu’homme il a été fait, d’après cette parole de l’Apôtre : « Qui a été fait de la race de David, selon la chair » (Rm 1,3). Mais de ce que Dieu a fait le monde, peut-on dire que le monde est fils de Dieu ou qu’il est né de Dieu ? Non sans doute, tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il a été fait, créé ou formé par lui. Lors donc que nous confessons que le Christ est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, pourquoi ne peut-on pas dire qu’il est le Fils de l’Esprit saint, comme il est le Fils de Marie ? C’est qu’il est impossible d’admettre que tout ce qui tire sa naissance d’une chose doive par là même en être appelé le fils. Car sans m’arrêter à dire qu’un fils naît autrement d’un homme, que ne naissent de lui les cheveux, les poux et les vers (dont aucun sans doute ne pourra être appelé son fils), certainement les hommes qui naissent de l’eau et de l’Esprit saint ne peuvent être appelés les enfants de l’eau, mais les enfants de Dieu leur père, et de l’Église leur mère. C’est ainsi que le Christ est né de l’Esprit saint, et qu’il est appelé non pas le Fils de l’Esprit saint, mais le Fils de Dieu.

    Mt 1, 21

    S. Chrys. (hom. 4 sur S. Matth). Ce que l’ange avait annoncé à Joseph était au-dessus de toute pensée humaine et des lois de la nature ; il en confirme donc la vérité, en ajoutant à la révélation du mystère accompli, la prédiction des grandeurs futures : « Elle enfantera un fils. Or Joseph pouvait penser que, puisqu’il avait été étranger à cette conception, il devait l’être désormais aux devoirs de la vie conjugale ; l’ange le dissuade en lui apprenant que s’il n’a pas été nécessaire à la conception, il le devient pour les soins de la paternité. Car elle enfantera un fils, et alors il sera indispensable à la mère et au fils : à la mère pour défendre son honneur ; au fils, pour être son père nourricier et le faire circoncire. C’est à cette cérémonie de la circoncision que l’ange fait allusion en disant : « Vous l’appellerez Jésus » ; car c’est au moment de la circoncision que le nom est donné aux enfants. - S. Chrys. (sur S. Matth). Il ne lui dit pas : « Elle vous enfantera un fils », comme il avait dit à Zacharie : « Voici qu’Elisabeth votre femme vous enfantera un fils » (Lc 1,13). La femme, en effet, qui conçoit de son mari lui enfante un fils, car l’enfant vient plus de l’homme que de la femme ; mais celle qui conçoit en dehors de l’homme, n’engendre pas l’enfant à son mari, mais à elle-même. S. Chrys. (sur S. Matth). Ou bien l’ange s’exprime d’une manière générale pour montrer que cet enfant naissait pour le monde entier. - Rab. Il lui dit : « Vous l’appellerez du nom », et non pas : « Vous lui imposerez le nom », car ce nom lui a été donné de toute éternité.

    S. Chrys. (sur S. Matth). L’ange dévoile tout ce qu’il y avait d’admirable dans cette naissance, puisque c’est Dieu lui-même qui envoie le nom du ciel par le ministère d’un ange, et ce n’est pas un nom quelconque, mais un nom qui est un trésor de biens infinis. Ce nom, il l’interprète en faisant naître les meilleures espérances et en rendant ainsi plus facile la foi aux choses qu’il annonce, car nous avons une propension naturelle à croire aux espérances qu’on nous donne.

    S. Jér. En hébreu le mot Jésus veut dire Sauveur, et c’est l’étymologie de ce nom que l’ange explique en disant : « Il sauvera son peuple de ses péchés ». - Remi. C’est ainsi qu’il est à la fois le Sauveur de tout l’univers et l’auteur de notre salut. Il sauve non pas les incrédules, mais son peuple, c’est-à-dire ceux qui croient en lui, et il les délivre non pas tant des ennemis visibles que des ennemis invisibles. Il les sauve du péché sans recourir à la force des armes, mais en brisant les liens du péché qui nous retiennent captifs.

    Severianus. Qu’ils viennent et qu’ils prêtent l’oreille ceux qui demandent quel est celui que Marie a enfanté. C’est celui qui sauvera son peuple, et non le peuple d’un autre. Et de quoi le sauve-t-il ? De ses péchés. Or, qu’il y ait un Dieu qui remette les péchés, si vous ne voulez pas en croire les chrétiens, croyez-en les infidèles ou les Juifs qui disaient : « Personne ne peut remettre les péchés, si ce n’est Dieu » (Lc 5,1).

    Mt 1, 24

    Remi. La vie nous est revenue par la porte qui avait donné passage à la mort : la désobéissance d’Adam nous avait tous perdus, l’obéissance de Joseph commence à nous ramener à notre premier état. En effet, quelle magnifique leçon d’obéissance dans cette conduite de Joseph : « Joseph donc s’étant levé », etc. - La Glose. Il ne fit pas seulement ce que l’ange lui avait ordonné, il le fit de la manière qu’il lui avait ordonnée. Que celui donc qui reçoit un avertissement du Ciel se lève de son sommeil sans aucun retard et qu’il exécute ce qui lui est commandé.

    « Et il reçut son épouse », etc. - S. Chrys. (sur S. Matth). Ce n’est pas dans sa maison qu’il la reçut, car il ne l’en avait pas encore renvoyée, mais il la reçut dans son cœur dont il l’avait momentanément bannie. - Remi. Ou bien il la reçut après la célébration des noces, afin qu’elle portât le nom d’épouse, mais non pour avoir comme époux aucune relation avec elle, car voyez la suite : « Et il ne la connut pas », etc. - S. Jér. (contre Helv). Helvidius fait de vains efforts pour prouver que le verbe connaître exprime les relations conjugales plutôt qu’une connaissance ordinaire, mais personne ne soutient le contraire, et il n’y a pas un auteur tant soit peu habile qui s’arrête aux inepties qu’il combat. Il veut encore nous apprendre que l’adverbe jusqu’à ce que signifie un temps déterminé, après lequel ce qui n’existait pas auparavant commencerait à avoir lieu, de manière que ces paroles : « Il ne la connut pas jusqu’à ce qu’elle eût enfanté son fils » signifieraient clairement qu’il eut avec son épouse, après l’enfantement, des rapports qu’il n’avait différés que jusqu’à la naissance de son fils. Pour le prouver il accumule le plus qu’il peut de textes de l’Écriture. Quant à nous, voici notre réponse : Ces paroles : « il ne la connut pas jusqu’à ce que », etc. peuvent s’entendre de deux manières dans l’Écriture. D’abord il est certain que le verbe connaître qui, comme Helvidius l’avoue, doit s’entendre de l’union conjugale, a quelquefois le sens de connaissance proprement dite, comme dans ce passage : « L’enfant Jésus resta à Jérusalem et ses parents ne le connurent pas ou l’ignorèrent » (Lc 2,43). De même l’adverbe jusqu’à ce que exprime souvent, comme il le reconnaît également, un temps déterminé, mais souvent aussi un temps sans limite, comme dans ce passage d’Isaïe : « Je suis jusqu’à ce que vous parveniez à la vieillesse » (Is 46,4). Dira-t-on que Dieu ne sera plus lorsqu’ils auront vieilli ? - Le Sauveur dit aussi dans l’Évangile : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles » (Mt 28,20). Est-ce qu’il cessera d’être avec ses disciples après la fin du monde ? L’apôtre ne dit-il pas aussi : « Il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il mette ses ennemis sous ses pieds ? (1Co 15,25) » Veut-il dire qu’après que Jésus aura réduit le monde sous son empire, il cessera de régner ? Qu’Helvidius comprenne donc que l’écrivain sacré n’a exprimé que ce qui aurait pu être un sujet de doute s’il ne l’avait écrit, et que le reste est abandonné à notre intelligence. D’après cette règle, l’Évangéliste ne nous indique que ce qui aurait pu donner matière à scandale, c’est-à-dire que son mari ne l’avait pas connue jusqu’à ce qu’elle eût enfanté, nous laissant à conclure qu’à plus forte raison il ne l’avait pas connue après la naissance du Sauveur. - S. Chrys. (sur S. Matth). Si l’on dit de quelqu’un : Tant qu’il a vécu il n’a point tenu ce langage, cela veut-il signifier qu’il l’ait tenu après sa mort ? Cela n’est pas possible. Ainsi on aurait pu croire que Joseph avait eu des rapports avec la Vierge avant l’enfantement parce qu’il ne connaissait pas la dignité du mystère qui s’était accompli dans son sein ; mais après qu’il eut appris qu’elle était devenue le sanctuaire du Fils unique de Dieu, comment supposer qu’il ait eu la témérité de profaner un temple aussi auguste ? Les disciples d’Eunomius s’imaginent que parce qu’ils osent le dire, Joseph aurait osé le faire, comme un insensé croit que tout le monde a perdu la raison. - S. Jér. (contre Helv). En résumé, je demanderai : Pourquoi Joseph s’est-il abstenu de tout rapport avec son épouse jusqu’à l’enfantement ? C’est parce qu’il avait entendu l’ange lui dire : « Ce qui est né en elle vient de l’Esprit saint », etc. Celui donc qu’un songe mystérieux avait déterminé à ne pas s’approcher de son épouse, comment, après avoir entendu les bergers, vu les Mages, été témoin de tant de merveilles, aurait-il osé s’approcher du temple de Dieu, du siège de l’Esprit saint, de la Mère de son Seigneur ?

    S. Chrys. (sur S. Matth). On peut aussi donner ici au verbe connaître le sens ordinaire de simple connaissance, car en réalité Joseph n’avait pas connu jusque-là la dignité de Marie. Ce n’est qu’après son divin enfantement qu’il la connut parfaitement ; c’est alors qu’elle lui devint plus précieuse et plus chère que le monde entier, parce qu’elle avait porté dans l’étroit espace de son sein virginal celui que le monde entier ne peut contenir. - S. Hil. Ou bien encore on peut dire que Joseph ne put connaître la très-sainte vierge Marie avant son enfantement à cause de la gloire dont elle était revêtue ; car comment aurait-il pu connaître celle qui portait dans son sein le Dieu de gloire ? La face de Moïse, qui s’était entretenu avec Dieu, fut si resplendissante de gloire que les Israélites ne pouvaient en soutenir la vue ; à plus forte raison Joseph ne pouvait-il regarder et connaître Marie qui portait dans son sein le Seigneur tout-puissant. Après son enfantement, Joseph la connut par la beauté resplendissante de son visage, et non pas en usant de ses droits d’époux.

    S. Jér. (sur S. Matth). De ce que l’Évangéliste dit : « Son fils premier-né », quelques esprits pervers en concluent qu’elle a eu d’autres enfants, et ils prétendent qu’on ne donne le nom de premier-né qu’à celui qui a des frères, assertion complètement fausse, car l’Écriture appelle premier-né non pas l’aîné d’autres frères, mais celui qui est né le premier. - S. Jér. (contre Helvid). S’il n’y a de premier-né que lorsqu’il y a d’autres enfants, il faut en conclure que les prémices ou les premiers-nés n’étaient pas dus aux prêtres tant que ces premiers-nés n’avaient pas d’autres frères. - La Glose. Ou bien il est appelé le premier-né entre tous les élus de la grâce, tandis qu’il est proprement le Fils unique de Dieu le Père et de Marie.

    « Et il l’appela du nom de Jésus ». Ce fut le huitième jour où l’enfant était circoncis et recevait le nom qui lui était destiné. - Remi. Ce nom a été parfaitement connu des saints patriarches et des prophètes de Dieu, mais il l’a été surtout de celui qui a dit : « Mon âme a défailli dans l’attente de votre salut (Ps 118,81), et encore : « Mon cœur tressaillira dans votre salut (Ps 12,5), et de celui encore qui disait : « Je tressaillirai dans Jésus qui est mon Dieu » (Ha 3,18).

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