L'évangile avec les Pères

    Lc 13, 1-9

    • 3ème Dimanche de Carême, année C

    L'évangile

    1En ce même temps, quelques-uns vinrent raconter à Jésus ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. 2Il leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir souffert de la sorte ? 3Non, je vous le dis ; mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous comme eux. 4Ou bien ces dix-huit sur qui tomba la tour de Siloé, et qu’elle tua, pensez-vous que leur dette fût plus grande que celle de tous les autres habitants de Jérusalem ? 5Non, je vous le dis ; mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous de même. » 6Il dit aussi cette parabole : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne ; il vint pour y chercher des fruits, et n’en trouvant point, 7il dit au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n’en trouve point ; coupe-le donc : pourquoi rend-il la terre improductive ? 8Le vigneron lui répondit : Seigneur, laissez-le encore cette année, jusqu’à ce que j’aie creusé et mis du fumier tout autour. 9Peut-être portera-t-il du fruit ensuite ; sinon, vous le couperez. »

    Bible Crampon (1923).

    Ce qu'en disent les Pères

    Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Luc, traduction de l'abbé Péronne (1868).

    Lc 13, 1-5

    La Glose. (En termes équival). Notre-Seigneur venait de parler du supplice qui est réservé aux pécheurs, lorsqu’on vient lui annoncer le châtiment infligé à des rebelles, exemple dont il se sert pour menacer les pécheurs d’une peine semblable : « En ce même temps, quelques-uns vinrent raconter à Jésus ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices ». - S. Cyr. (Ch. des Pèr. gr). C’étaient les sectateurs de Judas le Galiléen dont saint Luc fait mention dans les Actes des Apôtres (Ac 5,36), qui prétendaient qu’on ne devait donner à personne le nom de maître. Aussi plusieurs d’entre eux qui ne voulaient pas reconnaître l’autorité de César, furent punis par Pilate. Ils enseignaient encore qu’on ne devait offrir à Dieu d’autres victimes que celles qui avaient été prescrites par Moïse ; ils défendaient donc d’offrir les victimes présentées par le peuple pour le salut de l’empereur, et du peuple romain. Pilate indigné contre les Galiléens, ordonna de les mettre à mort au milieu même des sacrifices qu’ils offraient suivant les prescriptions de la loi, et mêla ainsi le sang des sacrificateurs au sang des victimes qu’ils immolaient. Or, comme la foule pensait qu’ils n’avaient souffert que ce qu’ils méritaient, parce qu’ils semaient la division dans le peuple, et indisposaient les princes contre leurs sujets, quelques-uns vinrent raconter ces faits au Sauveur pour savoir ce qu’il en pensait. Notre-Seigneur déclare que c’étaient des rebelles et des pécheurs, mais sans affirmer qu’ils étaient plus coupables que ceux qui avaient échappé à ce châtiment : « Il leur répondit : Pensez-vous que les Galiléens fussent plus pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir été traités ainsi ? » etc.

    S. Chrys. (Disc. 3, sur Lazare). Dieu punit certains pécheurs, en mettant un terme à leur iniquité, en leur infligeant des peines légères, en les séparant complètement des autres, et en instruisant par l’exemple de leur châtiment ceux qui vivent dans le péché. Il ne punit pas tous les pécheurs ici-bas, il veut ainsi leur donner le moyen d’éviter par la pénitence les peines de cette vie, et les supplices de l’éternité ; mais s’ils persévèrent dans le mal, ils doivent s’attendre à un châtiment plus sévère. - Tite de Bostr. Le Sauveur nous apprend encore ici que toutes les sentences qui condamnent les coupables au dernier supplice, ne sont pas seulement édictées par l’autorité des juges mais par la volonté de Dieu. Que le juge condamne suivant les règles de l’équité, ou pour tout autre motif, il faut voir dans le jugement qu’il prononce une permission de la divine justice.

    S. Cyr. Notre-Seigneur veut donc détourner le peuple de toutes ces séditions intestines dont la religion était le prétexte, et il ajoute : « Si vous ne faites pénitence, (et si vous ne cessez de conspirer contre vos princes, ce qui est contraire à la volonté divine), vous périrez tous de la même manière, et votre sang sera mêlé au sang de vos victimes ». - S. Chrys. Il leur montre aussi par ces paroles que s’il a permis ce châtiment pour quelques-uns, c’est afin que la frayeur salutaire qu’il inspirerait à ceux qui survivraient, les rendît héritiers du royaume. Quoi donc, me direz-vous, Dieu en punit un autre pour me rendre meilleur ? Non pas précisément, il est puni pour ses propres crimes, mais son châtiment devient une occasion de salut pour ceux qui en sont témoins. - Bède. Mais comme les Juifs n’ont pas voulu faire pénitence, quarante ans après la passion du Sauveur, les Romains (figurés ici par Pilate qui était de leur nation), envahirent la Judée, et, commençant par la Galilée (où le Sauveur avait commencé le cours de ses divines prédications), ils détruisirent entièrement cette nation impie, et souillèrent de sang humain, non seulement les parvis du temple où on offrait les sacrifices, mais l’intérieur même des maisons.

    S. Chrys. Dix-huit autres encore avaient été écrasés par la chute d’une tour, Notre-Seigneur en parle en ces termes : « De même ces dix-huit sur qui tomba la tour de Siloé, et qu’elle tua, pensez-vous qu’ils fussent plus redevables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis ». En effet, Dieu ne punit pas ici-bas tous les pécheurs pour leur laisser le temps de se repentir, mais il ne les réserve pas non plus tous aux châtiments de l’autre vie, pour ne pas donner lieu de nier sa providence. - Tite de Bostr. Il oppose cette tour à toute la ville, afin que le malheureux sort de quelques-uns épouvante tous les autres, et c’est pour cela qu’il ajoute : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous de la même manière », c’est-à-dire, toute la ville sera bientôt envahie, si ses habitants persévèrent dans l’infidélité.

    S. Ambr. Dans le sens figuré, ceux dont Pilate mêla le sang avec leurs sacrifices, représentent ceux qui sous l’impulsion du démon offrent des sacrifices impurs, et dont la prière devient un nouveau péché, (comme il est écrit de Juda), qui au milieu même du sacrifice eucharistique songeait à vendre le sang du Seigneur. - Bède. Pilate (qui signifie la bouche du forgeron) est la figure du démon, toujours prêt à frapper et à répandre le sang ; le sang figure le péché, et les sacrifices représentent les bonnes œuvres. Pilate mêle donc le sang des Galiléens avec leurs sacrifices, quand le démon cherche à souiller et à corrompre les aumônes et les autres bonnes œuvres des fidèles, par les plaisirs sensuels, par le désir des louanges, ou par tout autre vice. Ces habitants de Jérusalem qui furent écrasés par la chute de cette tour, représentent les Juifs qui, pour n’avoir pas voulu faire pénitence, furent écrasés sous les ruines de leurs murailles. Et le nombre de dix-huit a ici une signification particulière, (ce nombre s’écrit en grec par les deux lettres I, et H, qui sont les premières du nom de Jésus. Ce nombre signifie donc que la cause première de la ruine des Juifs, c’est qu’ils n’ont pas voulu recevoir le nom de Jésus. Cette tour est la figure de celui qui est la tour de la force ; elle est située à Siloé qui veut dire envoyé, parce qu’elle représente celui qui a été envoyé par son père, qui est venu dans le monde, et qui écrasera tous ceux sur lesquels il tombera.

    Lc 13, 6-9

    Tite de Bostr. Les Juifs tiraient vanité de ce que dix-huit d’entre eux ayant péri, tous avaient été préservés, c’est pour cela que Notre-seigneur leur propose cette parabole du figuier : « Il leur dit encore cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne ». - S. Ambr. La vigne du Dieu des armées est celle qu’il a livrée en prise aux nations. La comparaison de la synagogue avec le figuier est on ne peut plus juste ; de même, en effet, que cet arbre se couvre de larges feuilles en abondance, et trompe l’espérance de son maître qui en attend inutilement beaucoup de fruits ; ainsi la synagogue avec ses docteurs stériles en œuvres, et fiers de leurs paroles pompeuses qui ressemblent aux feuilles du figuier est toute couverte des ombres d’une loi infructueuse. Le figuier est encore le seul arbre qui tout d’abord produit des fruits au lieu des fleurs, dont les premiers fruits tombent pour faire place à d’autres, et qui conserve cependant une partie des premiers fruits. C’est ainsi que le premier peuple qui était sous l’autorité de la synagogue est tombé comme un fruit inutile, afin que le nouveau peuple qui a formé l’Église sortit de la sève abondante de l’ancienne religion. Cependant les premiers d’entre les Israélites qui avaient été produits par un rameau d’une nature plus vigoureuse, à l’ombre de la loi et de la croix, dans le sein de l’une et de l’autre, nourris et colorés par cette double sève, et semblables aux premières figues qui arrivent à la maturité, l’ont emporté sur les autres par la richesse des plus beaux fruits ; et c’est à eux qu’il est dit : « Vous serez assis sur douze trônes » (Mt 19,28. Il en est cependant qui voient dans ce figuier la figure non de la synagogue, mais de la malice et de la perversité ; leur interprétation ne diffère de la précédente qu’en ce qu’ils prennent le genre pour l’espèce.

    Bède. Or, le Seigneur qui avait daigné naître et se manifester dans une chair sensible, avait par ses fréquents enseignements dans la synagogue cherché le fruit de la foi et ne l’avait pas trouvé dans le cœur des pharisiens : « Il vint pour y chercher du fruit, et il n’en trouva point ». - S. Ambr. Le Maître cherchait du fruit, non pas qu’il ignorât que le figuier n’en portait pas, mais pour montrer par cette figure, que la synagogue aurait dû produire des fruits. D’ailleurs la suite fait bien voir qu’il n’est pas venu avant le temps, lui qui est venu pendant trois années consécutives : « Et il dit au vigneron : Voici trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n’en trouve point. Il est venu aux jours d’Abraham, sous Moïse et au temps de Marie ; c’est-à-dire dans le signe de la circoncision (Gn 17,11 Rm 4,11), dans la loi, et dans la chair qu’il a prise du sein de Marie, et nous reconnaissons son avènement à ses bienfaits, d’un côté la purification, de l’autre la sanctification, de l’autre enfin la justification. La circoncision purifiait, la loi sanctifiait, la grâce a justifié. Le peuple juif n’a donc pu ni être purifié, parce qu’il n’avait que la circoncision extérieure sans avoir la circoncision de l’esprit ; ni être sanctifié, parce qu’il ignorait la vertu de la loi, et qu’il était bien plus fidèle aux formalités extérieures qu’aux prescriptions spirituelles ; ni être justifié, parce que ne faisant aucune pénitence de ses péchés, il ne connaissait pas la grâce de Dieu. Il était donc impossible de trouver des fruits dans la synagogue, aussi commande-t-il qu’elle soit retranchée : « Coupez-le donc, pourquoi occupe-t-il encore la terre ? » Cependant le bon vigneron, (peut-être celui sur lequel a été bâtie l’Église), présageant qu’un autre irait évangéliser les Gentils, tandis que lui-même serait envoyé au peuple de la circoncision, intervient dans un sentiment de charité chrétienne pour prier qu’il ne soit point coupé, parce qu’il puise dans sa vocation la confiance que le peuple juif pourra aussi être sauvé par l’Eglise : « Le vigneron lui répondit : Seigneur, laissez-le encore cette année ». Il reconnut aussitôt que c’était la dureté et l’orgueil des Juifs qui étaient la cause de leur stérilité. Il sait donc comment il faut les cultiver, parce qu’il sait les reprendre de leurs vices : « Je creuserai tout autour ». Il promet de labourer profondément leurs cœurs si durs avec la bêche apostolique, afin que la racine de la sagesse ne soit ni étouffée ni cachée sous un amas de terre : « Et je mettrai du fumier », c’est-à-dire le sentiment de l’humilité qui peut faire produire aux Juifs eux-mêmes des fruits dignes de l’Évangile de Jésus-Christ. Aussi ajoute-t-il : « Alors s’il porte du fruit, à la bonne heure, (c’est-à-dire ce sera bien), sinon vous le couperez ». - Bède. C’est ce qui s’accomplit, lorsque les Romains détruisirent la nation juive, et la chassèrent de la terre promise.

    S. Aug. (serm. 23, sur les par. du Seig). Ou bien encore, ce figuier c’est le genre humain ; car lorsque le premier homme eut péché, il prit des feuilles de figuier pour couvrir sa nudité, c’est-à-dire les membres dont nous sommes nés. - Théophyl. Chacun de nous est encore ce figuier planté dans la vigne de Dieu, c’est-à-dire dans l’Église de Dieu ou dans ce monde. - S. Grég. (hom. 31, sur les Evang). Le Seigneur est venu trois fois à ce figuier, parce qu’il a cherché le fruit que produirait le genre humain avant la loi, sous la loi, et sous la grâce, (en l’attendant, en l’avertissant, en le visitant). Et cependant il se plaint de ce que pendant trois années consécutives, il n’a point trouvé de fruit, parce que certains esprits dépravés n’ont pu être corrigés par la loi naturelle gravée dans leurs cœurs, ni instruits par les préceptes de la loi, ni convertis par les miracles de l’incarnation. - Théophyl. Par trois fois notre nature a refusé de donner le fruit qui lui est demandé ; dans le paradis lorsque dans la personne de nos premiers parents nous avons désobéi au commandement de Dieu, en second lieu, lorsque les Israélites adorèrent le veau d’or qu’ils avaient fabriqué (Ex 32), troisièmement, lorsqu’ils renièrent le Sauveur. Ces trois ans peuvent encore figurer les trois âges de la vie, l’enfance, la virilité et la vieillesse.

    S. Grég. (hom. 31 sur les Evang). C’est avec un grand sentiment de crainte qu’il faut entendre ces paroles : « Coupez-le, pourquoi occupe-t-il inutilement la terre ? » Tout homme, en effet, à sa manière, et en tant qu’il tient une place dans cette vie, occupe inutilement la terre comme un arbre infructueux, s’il ne peut présenter les fruits de ses bonnes œuvres ; parce qu’en effet, dans la place qu’il occupe, il est un obstacle au bien que d’autres pourraient produire.

    S. Bas. (serm. 8 sur la pénit). C’est le propre de la divine miséricorde, de ne pas infliger de punitions sans avertir, mais de faire toujours précéder les menaces, pour rappeler à la pénitence. C’est ainsi qu’il avait fait pour les Ninivites, et qu’il fait encore ici en disant au vigneron : « Coupez-le » ; il le presse par là d’en prendre soin, et il excite cette âme stérile à produire les fruits qu’il a droit d’exiger d’elle. - S. Grég. de Nazianze. (disc. 26 sur la modération qu’il faut garder dans les discussions). Ne soyons donc pas nous-mêmes trop prompts à frapper, faisons prévaloir la miséricorde ; ne coupons pas le figuier qui peut encore faire du fruit, et qui peut être guéri de sa stérilité par les soins d’un habile jardinier : « Le vigneron lui répondit : Seigneur, laissez-le encore cette année », etc.

    S. Grég. (hom. 31 sur les Evang). Le cultivateur de la vigne représente l’ordre des supérieurs qui sont placés à la tête de l’Église, pour prendre soin de la vigne du Seigneur. - Théophyl. Ou bien le père de famille, c’est Dieu le Père ; le cultivateur, c’est Jésus-Christ qui ne permet pas que l’on coupe le figuier stérile, et qui semble dire à son Père : Ni la loi, ni les prophètes n’ont pu leur faire produire des fruits de pénitence, cependant je les arroserai de mes souffrances et de mes enseignements, peut-être alors ils produiront des fruits d’obéissance.

    S. Aug. (serm. 31 sur les par. du Seig). Ou bien encore, le cultivateur qui intercède, c’est toute âme sainte qui, dans le sein de l’Église, prie pour ceux qui sont hors de l’Église en disant à Dieu : « Seigneur, laissez-le encore cette année (c’est-à-dire dans ce temps de grâce), jusqu’à ce que je creuse tout autour ». Creuser autour, c’est enseigner l’humilité et la patience, car une terre creusée est déprimée ; le fumier (il faut l’entendre dans un bon sens), c’est de l’ordure, mais il aide à produire des fruits. Le fumier du cultivateur, c’est la douleur du pécheur. Ceux qui font pénitence, paraissent sous des dehors négligés, et agissent en cela selon la vérité. - S. Grég. (hom. 31). Ou bien encore, ce sont les péchés de la chair qui sont appelés du fumier, ainsi c’est du fumier qu’il tire sa vie et sa fécondité, parce que c’est la considération du péché qui ressuscite l’âme à la vie des bonnes œuvres. Mais la plupart entendent ces menaces, et refusent cependant de faire pénitence, c’est pour cela que le cultivateur ajoute : « S’il porte du fruit, à la bonne heure ». - S. Aug. (comme précéd). « Sinon, vous le couperez », c’est-à-dire lorsque vous viendrez au jour du jugement pour juger les vivants et les morts, jusque-là, le figuier est épargné. - S. Grég. (hom. 31). Celui donc qui ne veut pas écouter ces menaces pour revenir à la vie et à la fécondité, tombe dans un état dont il lui est impossible de se relever par la pénitence.

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