L'évangile avec les Pères

    Lc 6, 39-45

    • 8ème Dimanche du Temps Ordinaire, année C

    L'évangile

    39Il leur fit encore cette comparaison : « Un aveugle peut-il conduire un aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans la fosse ? 40Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais tout disciple, son instruction achevée, sera comme son maître. 41Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? 42Ou comment peux-tu dire à ton frère : Mon frère, laisse-moi ôter cette paille de ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte d’abord la poutre de ton œil, et tu verras ensuite à ôter la paille qui est dans l’œil de ton frère. 43En effet, il n’y a pas de bon arbre qui porte de mauvais fruits, ni de mauvais arbre qui porte de bons fruits ; 44chaque arbre se reconnaît à son fruit. On ne cueille pas de figues sur les épines ; on ne coupe pas de raisin sur les ronces. 45L’homme bon tire le bien du bon trésor de son cœur ; et, de son mauvais trésor, l’homme méchant tire le mal ; car la bouche parle de l’abondance du cœur.

    Bible Crampon (1923).

    Ce qu'en disent les Pères

    Réunis par saint Thomas d'Aquin dans La Chaîne d'Or sur saint Luc, traduction de l'abbé Péronne (1868).

    Lc 6, 39-42

    S. Cyr. Notre-Seigneur ajoute aux enseignements qui précèdent une parabole bien nécessaire : « Il leur faisait aussi cette comparaison ». En effet, ses disciples étaient appelés à devenir les docteurs du monde ; ils devaient donc connaître toutes les règles d’une vie sainte, et répandre les clartés d’une lumière toute divine, pour éviter d’être des aveugles servant de guide à d’autres aveugles. Il leur dit donc : « Un aveugle peut-il conduire un autre aveugle ? » S’il arrive à quelques-uns d’atteindre au même degré de vertu que ceux qui les enseignent, qu’ils se contentent de cette mesure, et marchent toujours sur les traces de leurs maîtres ; car, dit Notre-Seigneur : « Le disciple n’est pas au-dessus du maître ». Aussi saint Paul dit aux Philippiens : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus-Christ » (Ph 3,17 1Co 4,16). Pourquoi donc voulez-vous juger les autres, alors que Jésus-Christ ne juge pas ? Car il n’est pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver (Jn 3). - Théophyl. Ou encore, si vous jugez les autres, et que vous soyez coupable des mêmes fautes, ne ressemblez-vous pas à l’aveugle qui conduit un autre aveugle ? Comment le conduirez-vous au bien, alors que vous suivez la voie du mal ? Le disciple n’est point au-dessus du maître. Si donc vous ne savez éviter le péché, vous qui vous décernez le titre de maître et de conducteur, que deviendra celui qui devient votre disciple et se place sous votre conduite ? Car tout disciple sera parfait, s’il est comme son maître. - Bède. Ou bien le sens de ces paroles dépend des enseignements qui précèdent, où Notre-Seigneur recommande de donner l’aumône et de pardonner les injures. Si vous vous laissez aveugler par la colère contre celui qui vous fait violence, et par l’avarice à l’égard de celui qui vous demande du secours, comment, dans cette disposition coupable de votre âme, pourrez-vous les guérir de leurs propres vices ? Voyez Jésus-Christ, notre Maître ; il était Dieu, il pouvait venger les injures qui lui étaient faites, et cependant il a préféré adoucir la fureur de ses ennemis en les supportant avec patience ; n’est-il donc pas nécessaire que ses disciples, qui ne sont que des hommes, suivent la même règle de perfection. - S. Aug. (Quest. évang., 2, 9). Ou bien encore, Notre-Seigneur, par ces paroles : « Est-ce qu’un aveugle peut conduire un autre aveugle ? » veut leur ôter l’espoir de recevoir des lévites cette mesure dont il a dit : « Ils verseront dans votre sein », etc. En effet, ils payaient les décimes à ceux que le Sauveur appelle des aveugles, parce qu’ils ne recevaient pas l’Évangile. Il veut donc que le peuple commence à attendre cette récompense des disciples du Seigneur, qu’il déclare être ses imitateurs en disant : « Le disciple n’est point au-dessus du maître ».

    Théophyl. Le Seigneur ajoute une autre parabole qui a le même objet : « Pourquoi voyez-vous une paille (c’est-à-dire une faute légère) dans l’œil de votre frère, tandis que vous n’apercevez pas la poutre, (c’est-à-dire les fautes énormes) qui sont dans votre œil ? » - Bède. Cette comparaison fait suite à la précédente, où le Sauveur nous déclare qu’un aveugle ne peut servir de guide à un autre aveugle, (c’est-à-dire qu’un pécheur ne peut être repris par un autre pécheur) ; Notre-Seigneur ajoute donc : « Comment pouvez-vous dire à votre frère : Mon frère, laissez-moi ôter la paille de votre œil, vous qui ne voyez pas la poutre qui est dans le vôtre ? » - S. Cyr. C’est-à-dire : Comment celui dont la conscience est chargée de crimes énormes (figurés par la poutre) peut-il condamner celui qui n’en a que de légers, ou même qui n’en a aucun à se reprocher ? car c’est ce que la paille signifie. - Théophyl. Cette leçon s’adresse à tous, mais surtout aux docteurs qui punissent sévèrement, dans leurs disciples, les moindres fautes, tout en s’accordant le bénéfice de l’impunité pour les plus grandes ; c’est ce qui leur attire de la part du Seigneur le reproche d’hypocrisie, parce qu’ils jugent sévèrement les péchés d’autrui pour faire ressortir leur propre justice : « Hypocrites, ôtez d’abord la poutre de votre œil », etc. - S. Cyr. C’est-à-dire purifiez-vous d’abord de ces crimes énormes qui souillent votre conscience, et alors vous pourrez vous montrer zélé pour corriger votre frère de ses fautes légères. - S. Bas. (hom. 9 sur l’Hexam). La connaissance de soi-même est en effet de la dernière importance ; l’œil qui considère les choses extérieures, ne peut voir ce qui se passe en lui-même ; ainsi en est-il de notre esprit, lorsqu’il est prompt à juger les péchés d’autrui, il devient lent à découvrir ses propres défauts.

    Lc 6, 43-45

    Bède. Notre-Seigneur continue à parler ici contre les hypocrites : « L’arbre qui produit de mauvais fruits, n’est pas bon », etc. ; paroles dont voici le sens : Si vous voulez avoir une vertu véritable et sincère, montrez-vous dans les œuvres ce que vous êtes en paroles ; car l’hypocrite qui se couvre du masque de la vertu, n’est cependant pas vertueux, s’il fait le mal ; et s’il ose reprendre un innocent, ses reproches ne le rendent pas pour cela mauvais, puisqu’il fait le bien. - Tite de Bost. Que ces paroles ne favorisent point votre négligence, un arbre est soumis aux lois qui régissent la nature végétale ; pour vous, au contraire, vous avez l’usage de votre libre arbitre ; tout arbre stérile a été créé pour une fin particulière ; pour vous, vous avez été créé pour pratiquer la vertu. - S. Isid. (Liv. 4, lettre 81). Ce n’est point le repentir, mais la persévérance dans le mal, que le Sauveur condamne par ces paroles ; tant que la disposition de l’âme reste mauvaise, elle ne peut produire de bons fruits ; mais si elle se tourne du côté du bien, alors elle produit des fruits de vertu. La nature de l’arbre s’appelle en nous l’affection, aussi elle peut ce qui est impossible à un arbre mauvais, c’est-à-dire produire de bons fruits.

    S. Chrys. (Hom. 43 sur S. Matth). Quoique le fruit naisse de l’arbre, il le fait néanmoins connaître, en ce sens, que la nature, l’espèce d’un arbre se distinguent par ses fruits. - S. Cyr. Ainsi la vie de tout homme est l’expression véritable de ses mœurs, car ce n’est point aux ornements extérieurs, aux dehors d’une feinte humilité qu’on reconnaît l’éclat du vrai bonheur, mais par les œuvres que chacun opère ; vérité que le Sauveur confirme par ces paroles : « On ne cueille point de figues sur des épines ». - S. Ambr. Ce n’est point parmi les épines de ce monde qu’on peut trouver ce figuier qui est l’image de la résurrection, parce que les seconds fruits en sont meilleurs que les premiers, ou encore, parce que, selon ces paroles du livre des Cantiques (Ct 2,13) : « Les figuiers ont donné leurs premières figues », les fruits qu’ils ont donnés au temps de la synagogue, n’étaient ni mûrs, ni durables, ni utiles ; ou bien encore, parce que notre vie ne parvient pas à sa maturité dans ce corps mortel, mais seulement dans sa résurrection. Nous devons donc rejeter loin de nous les sollicitudes de la terre qui déchirent l’âme et consument l’esprit, afin d’obtenir par nos soins assidus des fruits d’une maturité parfaite. Ainsi ces paroles se rapportent à la vie présente et à la résurrection, et les suivantes à l’âme et au corps. « On ne vendange point de raisin sur des ronces », c’est-à-dire, que le péché ne peut faire produire aucun fruit à l’âme qui, semblable au raisin, se corrompt si elle est trop près de la terre, et ne peut mûrir que dans les hauteurs ; ou bien que personne ne peut échapper à la damnation de la chair, s’il n’est racheté par Jésus-Christ, qui, comme le raisin, a été suspendu sur le bois. - Bède. Ou bien encore, les épines et les ronces signifient les soucis du siècle et les atteintes perçantes des vices, tandis que les figues et le raisin représentent les douceurs de la vie nouvelle et l’ardeur de la charité. Or, on ne cueille point de figues sur les épines, ni de raisin sur les ronces, parce que l’âme qui est encore courbée sous le poids des habitudes du vieil homme, peut bien avoir l’apparence trompeuse de la fécondité, mais ne peut produire les fruits de l’homme nouveau. Remarquons encore que, de même que la branche féconde de la vigne, s’appuie et s’enlace aux buissons, de sorte que les épines supportent et conservent pour l’usage de l’homme, un fruit qui n’est pas le leur ; ainsi les paroles ou les actions des méchants peuvent quelquefois être utiles aux bons, ce qui doit être attribué, non à la volonté des méchants, mais aux desseins providentiels de Dieu qui sait tirer le bien du mal.

    S. Cyr. Après avoir montré que le bon et le méchant peuvent se reconnaître à leurs œuvres, comme on reconnaît un arbre à ses fruits, Notre-Seigneur enseigne la même vérité sous une autre figure : « L’homme bon tire le bien du bon trésor de son cœur, et l’homme mauvais tire le mal du mauvais trésor de son cœur ». - Bède. Le trésor du cœur est comme la racine de l’arbre ; celui donc qui possède dans son cœur un trésor de patience et d’amour parfait, produit des fruits excellents en aimant ses ennemis et en pratiquant tous les divins enseignements qui précèdent ; mais celui qui n’a dans son cœur qu’un trésor de méchanceté, agit d’une manière tout opposée. - S. Bas. De plus, la nature des paroles est un indice certain de l’état du cœur d’où elles sortent, et en révèle clairement les dispositions les plus intimes : « Car la bouche parle de l’abondance du cœur ». - S. Chrys. (hom. 43 sur S. Matth). Lorsque la source intérieure du mal est abondante, par une conséquence naturelle, les paroles mauvaises s’exhalent des lèvres ; aussi quand vous entendez un homme proférer des paroles coupables, ne croyez pas que la méchanceté de son cœur est simplement égale à la malignité de ses discours, mais concluez sans crainte de vous tromper, que la source est beaucoup plus abondante que le ruisseau. - Bède. Par les paroles qui sortent de la bouche, Notre-Seigneur a voulu désigner tout ce qui prend sa source dans notre cœur, c’est-à-dire, les paroles, les actions ou les pensées, car c’est la coutume des Écritures, d’employer les paroles pour les actes.

    L'évangile du jour avec les Pères, chaque matin

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