Statuts et constitutions de la Congrégation de Jésus et Marie · Saint Jean Eudes
Partie première
Chapitre VI : Quel est l'Esprit de cette Congrégation
Afin que les enfants de la Congrégation ne tombent pas dans le reproche que Notre-Seigneur a fait à ceux auxquels il a dit: Nescitis cujus spiritus estis 518, il est bon qu'ils sachent quel est l'Esprit de la même Congrégation.
Le Fils de Dieu en étant le chef, elle doit être animée et conduite par son Esprit, et n'en doit point avoir d'autre que celui-là. Il est vrai que tous les chrétiens, étant membres de Jésus-Christ, doivent être animés de son Esprit; mais les Ecclésiastiques le doivent posséder avec plénitude pour le communiquer aux autres.
C'est pourquoi l'Esprit de notre Congrégation doit être:
Un Esprit de religion, de piété, d'amour, de confiance au regard de Dieu, et de soumission et abandon à toutes ses saintes volontés.
Un Esprit d'estime et de vénération au regard de toutes les choses de Dieu, de tous les mystères de la vie de son Fils Jésus-Christ Notre-Seigneur et de sa très sainte Mère, et de toutes les fonctions cléricales et sacerdotales, pour en parler, pour les honorer et pour les traiter digne Deo.
Un Esprit d'amour particulier pour la croix.
Un Esprit de soumission et de dilection singulière au regard de la sainte Église et de toutes ses lois, cérémonies et usages, comme au regard de celle qui est l'Épouse du Fils de Dieu, et qui ne fait rien que par le mouvement et la conduite de son Esprit qui la possède et la gouverne en toutes choses.
Un Esprit de respect et d'obéissance au regard de Messeigneurs les Illustrissimes Prélats et de tous les Pasteurs de la même Église, comme aussi des Rois, Gouverneurs, Juges et Magistrats.
Un Esprit d'amour, de révérence et d'assujétissement au regard de la Congrégation, de tous ses ordres, règles et usages, et des Supérieurs qui nous y sont donnés pour nous gouverner.
Un Esprit d'affection cordiale, simple, sincère et respectueuse au regard de tous les sujets de la Congrégation.
Un Esprit d'estime, de charité et d'union intime au regard de tous les saints Ordres et Congrégations qui sont dans l'Église, et de tous leurs statuts, exercices et manières de vie.
Nous avons dit dans l'Introduction que ces belles explications sur l'imitation de Jésus et de Marie sont empruntées à peu près textuellement au Cardinal de Bérulle. voir ses Oeuvres, Édit. Migne, col. 1626.
Rapprocher de ce chapitre la lettre du P. Eudes à M. Manoury (1651) sur l'esprit qu'il faut inculquer aux novices durant le temps de la Probation. Le P. Eudes y renvoie au royaume de Jésus, dont il veut que le Maître des novices, « recommande beaucoup la lecture et la pratique. » C'est, à ses yeux, le meilleur livre à étudier pour se former à l'esprit de la Congrégation. Voir cette lettre à M. Manoury dans Martine-Lecointe, I, p. 341. On la trouvera également parmi les lettres du Vénérable que nous publierons dans le tome X des Oeuvres.
Luc. IX, 55.
Un Esprit d'honneur et de bienveillance spéciale au regard de tous les Ecclésiastiques.
Un Esprit de zèle très ardent pour le salut des âmes, qui ont toutes coûté le précieux sang du Fils de Dieu.
Un Esprit de patience, de mansuétude et de bénignité au regard de toutes sortes de personnes.
Un Esprit de miséricorde et de charité au regard de ceux qui nous haïssent, ou méprisent, ou offensent en quelque façon que ce soit.
Un Esprit d'amour tendre et fort au regard des pauvres, que Notre-Seigneur nous a recommandés comme lui-même.
Un Esprit de haine et d'inimitié irréconciliable au regard du péché.
Un Esprit d'aversion, de mépris et de dégagement au regard du monde, de ses vanités, de ses plaisirs et de ses fausses richesses, de son esprit, de sa conduite, de ses maximes et de ses modes, comme au regard de celui qui est excommunié de la bouche de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui est son ennemi.
Un Esprit d'abnégation, de mortification, de pureté, de sobriété, et surtout de modestie, de simplicité et d'humilité au regard de soi-même.
Voilà quel doit être l'Esprit de la Congrégation. Quiconque n'aura point cet Esprit, ou du moins ne désirera et tâchera de l'avoir, ne sera point du nombre de ses vrais enfants.
Et partant, qu'un chacun ait grand soin de le demander beaucoup à Dieu. Et pour se disposer à le recevoir, qu'il s'efforce de renoncer entièrement à l'esprit du monde et à son propre esprit, et de se donner souvent à l'Esprit de Jésus.
Source du texte : Bibliothèque Saint Libère
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